« Espagnols et Finlandais forment la frontière extérieure de l’Union européenne », a annoncé le souverain espagnol lors de sa visite à Helsinki, précisant qu’il évoquait « la frontière » au singulier. Selon lui, « notre frontière est une pour tous les citoyens de l’UE, et les menaces, quelles que soient leur origine et leurs objectifs, concernent l’ensemble des États membres ». Dès lors, il a réaffirmé que la protection de cette « frontière commune est de la responsabilité de toute l’Union, dans un esprit de solidarité et d’efficacité, au service et au bénéfice de tous ».
Felipe VI a averti que la capacité des Européens à le faire, ainsi que leur prise de conscience de l’importance de cet « effort collectif », ne concernent pas uniquement la sécurité d’un pays puisque « l’avenir même du projet européen en dépend également. »
Face à ces déclarations qui rappellent la propension du voisin du Nord à entretenir son passé colonial, le Maroc qui n’a pas réagi à ces déclarations interpelle quant à la nature de son flegme. Plus, Rabat multiplie les signes d’apaisement en ayant pris les mesures idoines pour faciliter le retour volontaire des migrants entrés à Sebta en juillet. Selon des sources policières espagnoles, une coopération se poursuit avec les autorités marocaines afin de simplifier cette démarche. Plus de 1 200 personnes ont déjà le choix de rentrer lors de l’évacuation du camp El Trampolín, et plusieurs autres en ont fait de même mardi.
Ces migrants ont préféré rentrer au Maroc plutôt que d’être transférés vers le centre d’accueil temporaire pour étrangers, où ils auraient dû se soumettre des procédures administratives d’identification. Outre leur accueil, le Maroc a mis en place des services de transport pour certains rapatriés, conduits depuis Fnideq vers leurs villes d’origine via des autobus spécialement affrétés, précisent ces mêmes sources.
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, avait réitéré à José Manuel Albares, son homologue espagnol, lors d’une rencontre à New York le 24 septembre, la « pleine coopération de Rabat » pour faciliter le retour des migrants présents à Sebta.
Déserteurs marocains
En parallèle, la Police nationale espagnole aurait identifié la présence de militaires marocains parmi les migrants installés sur la plage d’El Trampolín lors d’une opération d’évacuation, rapporte ABC qui cite des sources policières. Selon le quotidien, « ils ont admis appartenir à l’armée marocaine, mais ont déclaré avoir déserté le service militaire, craignant des représailles en cas de retour au pays ».
Les mêmes sources indiquent que ces individus utilisaient des sacs de couchage militaires. Leur récit a éveillé les soupçons des policiers, certains d’entre eux paraissant particulièrement attentifs au déroulement de l’opération et au matériel utilisé. Le journal précise que plusieurs ont échappé aux procédures d’identification avant de retourner au Maroc.
Environ 300 agents des unités d’intervention de la police ont participé à l’évacuation de la plage, où plus de 3 000 personnes s’étaient réfugiées, soutenues par la Garde civile et l’armée. Les migrants ont été transportés en bus vers une zone proche de la frontière, où il leur a été proposé soit de rentrer au Maroc, soit de rester à Sebta en attendant l’examen de leur situation et d’éventuels arrêtés d’expulsion.
Les évacuations à El Trampolín et Benítez ont conduit au retour volontaire de plus de 1 200 personnes. Parallèlement, les autorités accélèrent le traitement des dossiers au centre de séjour temporaire pour étrangers à El Tarajal et l’identification des mineurs encore dans les rues. La police repère aussi des groupes cachés dans des zones rocheuses pour échapper à l’enregistrement de leurs données. Dans le quartier d’El Príncipe, les autorités traquent des individus soupçonnés d’héberger des migrants dans des appartements surpeuplés contre rémunération. Le journal souligne que certains réseaux combinent hébergement et promesses de passage vers l’Espagne continentale, pour 6 000 à 8 000 euros, tandis que d’autres louent ou vendent leurs documents d’identité pour permettre à des individus de voyager par mer vers d’autres régions espagnoles.

