La profession entend désormais attendre la formation du prochain gouvernement et l’identité du futur ministre de la Justice avant de décider de la suite à donner à ses revendications.
La tension avait débuté le 15 juin 2026, avec une suspension générale des prestations professionnelles, initialement annoncée pour une semaine avant d’être prolongée à plusieurs reprises. Lors de sa dernière réunion, le 20 septembre, l’Association avait décidé de poursuivre la mobilisation jusqu’au 7 octobre, date désormais retenue pour un « retrait temporaire » du mouvement. Un calendrier présenté comme symbolique, puisqu’il intervient à quelques jours de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire et après les élections législatives du 23 septembre.
Pour les représentants de la profession, cette décision ne signifie pas la fin du différend autour de la loi 66.23. Abdelkebir Tabih, membre élu du bureau de l’Association des barreaux du Maroc, estime que la suspension du mouvement ouvre plutôt « d’autres chemins de travail ». Selon lui, le dossier de la profession ne constitue pas une question insurmontable et nécessite désormais de retrouver les conditions permettant d’aboutir à une solution.
La profession entend ainsi connaître les orientations de la nouvelle majorité aux affaires et la place qu’elle accordera au dossier de l’avocature. Le prochain ministre de la Justice devra notamment se positionner sur les dispositions contestées de la loi 66.23 et sur les garanties que les avocats estiment nécessaires à l’exercice de leur profession. La suspension de la grève peut être interprétée comme une volonté de laisser place à une nouvelle phase de dialogue avec la prochaine équipe gouvernementale. Le fond du désaccord porte notamment sur les dispositions que les avocats considèrent comme essentielles à l’indépendance et à l’autonomie de leur profession.
Tabih estime que le cadre juridique de l’avocature repose sur des principes anciens qu’il conviendrait, selon lui, de préserver tout en les faisant évoluer. Il fait notamment référence au dahir de 1993 relatif à la profession et rappelle que plusieurs garanties touchant à l’indépendance, à l’immunité et à l’autogestion de la profession trouvent leur origine dans ce texte. A ses yeux, le débat actuel doit donc s’inscrire dans cette continuité institutionnelle, avec l’objectif d’« améliorer et développer » le dispositif existant plutôt que de remettre en cause ses fondements.
La profession met aussi en avant une autre problématique : celle des diplômés en droit qui se tournent vers l’avocature alors que les capacités de recrutement de l’État restent limitées. Le développement de la profession doit également tenir compte de cette réalité, rappelle-t-il tout en estimant qu’il serait difficile de restreindre davantage un secteur qui accueille une partie des diplômés que l’administration publique ne peut absorber.
Ainsi, cinq mois après l’arrêt de travail effectif qui a paralysé les tribunaux, la profession opte pour la suspension momentanée du mouvement de protestation sans fermer la porte à de nouvelles actions.

