Devant l’hémicycle à Strasbourg, en France, à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union européenne, U. Von der Leyen a passé en revue les défis auxquels l’UE reste confrontée, et déroulé la « feuille de route » qu’elle entend suivre jusqu’à la fin de son mandat. Elle a insisté sur la nécessité, pour les 27 États membres, de mettre en œuvre le pacte sur la migration, qui renforce le contrôle des frontières extérieures et accélère les procédures d’expulsion. Elle a également évoqué de nouvelles mesures destinées à permettre à l’Union européenne de réagir en urgence à d’éventuelles crises futures similaires à celle de Sebta.
Conservatrice allemande qui résiste à sa destitution en dépit des casseroles qu’elle traine derrière elle, U. Von der Leyen s’est gardée de toute référence au Maroc au sujet de l’entrée massive de migrants dans la ville à la fin du mois de juillet dernier. « Toutes nos frontières extérieures sont des frontières européennes. C’est pourquoi je veux m’adresser directement au peuple espagnol. La frontière de Sebta est une frontière européenne, parce que Sebta est espagnole », a-t-elle ajouté.
La veille mardi, Magnus Brunner, commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, avait averti que la « priorité » dans la crise de Sebta restait le « retour de tous » les migrants entrés irrégulièrement depuis le Maroc les 30 et 31 juillet et se trouvant encore dans la ville. Bruxelles affirme avoir maintenu, dès les premiers instants de ces arrivées massives, un contact continu avec les autorités espagnoles, et a également salué la coopération du Maroc.
Face à ce ton des plus solennels, des voix dissonantes avaient retenti la veille mardi dans les couloirs de l’hémicycle. « Sebta n’est pas l’Espagne, Sebta n’est pas l’Europe » a lancée l’eurodéputée italienne Ilaria Salis lors d’une session dédiée à la crise migratoire de juillet dernier. Membre du groupe de La Gauche, I. Salis a défendu sa position en soulignant que le Préside revendiqué par le Maroc, comme Melilla d’ailleurs, se situe géographiquement en Afrique et représente « un vestige du colonialisme européen ». Elle a aussi accusé les partis de droite et d’extrême droite d’instrumentaliser la crise migratoire dans l’enclave à des fins de « propagande raciste et nationaliste ».
Ses propos ont trouvé écho chez une autre parlementaire européenne. La Suédoise Abir Al-Sahlani, membre de Renew Europe, qui a également remis en question la place de Sebta dans l’espace européen. Elle a lancé : « Savez-vous seulement où se situe géographiquement Sebta ? Et quelle est la différence entre être en Europe et faire partie de l’Union européenne ? »
Ces déclarations ont provoqué de vives réactions dans les médias espagnols, qui y voient une remise en cause du soutien traditionnel du Parlement européen à la position de Madrid sur Sebta et Melilla. Leur portée est d’autant plus commentée qu’elles viennent d’élues appartenant à des groupes non classés parmi les forces eurosceptiques, souvent qualifiées de proches du Maroc. I. Salis siège au sein du groupe de La Gauche, auquel appartient notamment Sumar, la coalition espagnole de gauche radicale. A. Al-Sahlani, quant à elle, est membre de Renew Europe, regroupant des formations libérales et centristes européennes. Des eurodéputés du Parti nationaliste basque (PNV), indépendantistes, adhèrent également à ce groupe.
Force est de rappeler que des parlementaires américains avaient publiquement contesté l’appartenance des Présides à l’Espagne. À la mi-juillet, la commission des crédits de la Chambre des représentants américaine avait qualifié les villes marocaines sous occupation espagnole de territoires situés au Maroc dans un rapport sur le projet de loi de finances 2027 pour la sécurité nationale, le département d’État et les programmes connexes. Le rapport, référencé 119-631, avait été adopté par la Chambre des représentants le 15 juillet par 217 voix contre 209. La commission, présidée par le républicain Mario Diaz-Balart, proche du secrétaire d’État Marco Rubio, y rappelait que ces villes font toujours l’objet d’une revendication persistante du Maroc. Le document soutenait également les efforts du département d’État US visant à promouvoir le dialogue diplomatique entre Rabat et Madrid sur le futur statut des Présides occupés et des îles qui s’y rattachent.

