Basé à Washington, le Stimson Center souligne que le Maroc a consolidé, ces dernières années, sa place dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, porté par les progrès réalisés dans l’automobile, les minerais critiques et les énergies renouvelables. Cette évolution traduit, selon le rapport, un passage vers une intégration économique à plus forte valeur ajoutée. Le document met également en avant les réformes sociales et numériques ambitieuses engagées par le royaume, présentées comme essentielles pour inscrire la croissance dans la durée.
Sur le dossier migratoire, le rapport estime que le Maroc n’est plus seulement un État tampon chargé de gérer les flux vers l’Europe. Il le décrit désormais comme un acteur régional proactif et un pôle de stabilité au carrefour de l’Europe et de l’Afrique. Le royaume aurait ainsi su exploiter sa position géographique pour faciliter les échanges, les investissements et la coopération sécuritaire entre les deux continents. Cette approche contribue, selon les analystes, à remodeler l’architecture stratégique du Maghreb à travers ce qu’ils qualifient de « transactionnalisme stratégique » : une politique étrangère fondée sur un alignement précis des intérêts, permettant au Maroc d’obtenir des soutiens diplomatiques et économiques en échange d’une coopération sur des dossiers prioritaires communs.
Le rapport relève également que le Maroc est passé du statut de plateforme manufacturière à bas coût à celui d’exportateur industriel à forte composante technologique, de leader des énergies vertes et de pôle émergent pour les matériaux destinés aux batteries. Désormais premier constructeur automobile d’Afrique et détenteur d’importantes réserves de phosphate, le royaume a aussi renforcé sa position comme partenaire fiable dans le secteur des énergies renouvelables.
Le Stimson Center met toutefois en garde contre plusieurs défis majeurs. Le Maroc doit faire face à une raréfaction de l’eau sans précédent, à un chômage élevé chez les jeunes, à l’extension de l’économie informelle ainsi qu’à la persistance de l’impasse géopolitique autour de la question du Sahara, qui continue de peser sur plusieurs axes de sa politique étrangère.
Le rapport estime que la trajectoire actuelle du Maroc repose sur trois dynamiques étroitement liées. La première est la transformation économique. L’essor d’écosystèmes d’exportation intégrés dans l’automobile, l’aéronautique et les minerais critiques a renforcé l’ancrage du royaume dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, tout en attirant des investissements réguliers venus d’Europe et du Golfe. Cette tendance intervient alors que les pays occidentaux cherchent de plus en plus à réduire leur dépendance vis-à-vis des chaînes de production chinoises.
La deuxième dynamique concerne la consolidation sociale. Le rapport présente la réforme de la protection sociale lancée en 2021, basée notamment sur la généralisation de la couverture maladie et des allocations familiales, comme l’une des politiques intérieures les plus ambitieuses menées au Maroc au cours des dernières décennies. Sa viabilité financière reste toutefois conditionnée à la progression des recettes et à la création d’emplois structurels.
La troisième dynamique, enfin, tient au repositionnement diplomatique du Maroc, particulièrement depuis la signature des accords d’Abraham en 2020 et l’adoption, en 2025, d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies centrée sur la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara.
En conclusion, le Stimson Center estime que la réussite de la Vision 2035 — une stratégie visant une croissance inclusive et durable à l’horizon 2035 — dépendra de la capacité du Maroc à préserver son élan économique, à créer des emplois pour les jeunes, à répondre aux défis climatiques et hydriques, et à garantir un développement plus inclusif. Le rapport ajoute que la position stratégique du Maroc, sa stabilité politique et la dynamique de ses réformes en font un acteur clé en Afrique du Nord et un pont entre les continents. La manière dont le royaume gérera les défis complexes des prochaines années déterminera, selon le Stimson Center, sa capacité à transformer les progrès accomplis en prospérité largement partagée et en résilience durable.
