jeudi, mai 14, 2026
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Tension irano-américaine dans le Golfe : D. Trump maintient le flou sur ses intensions

by Perspectives Med
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Tension irano-américaine dans le Golfe : D. Trump maintient le flou sur ses intensions

« Nous allons avoir une longue discussion à ce sujet. Pour être honnête, je pense qu’il a été relativement correct. Regardez le blocus, il n’y a eu aucun problème. Ils tirent une grande partie de leur pétrole de cette région. Nous n’avons eu aucun problème, et il a été un ami », a déclaré Donald Trump à des journalistes à la Maison Blanche avant son départ pour Pékin. La Chine demeure de loin le principal acheteur de pétrole iranien, absorbant environ 90 % des exportations de brut de Téhéran, selon les données du groupe de renseignement maritime Windward.

Pékin affiche cependant une volonté croissante de défier ouvertement les sanctions US visant le pétrole iranien. Plus tôt ce mois-ci, les autorités chinoises ont demandé à plusieurs entreprises d’ignorer les sanctions imposées par Washington contre cinq raffineries chinoises accusées de faciliter le commerce du pétrole iranien.

Interrogé sur un éventuel rôle de Xi Jinping auprès de Téhéran, D. Trump a balayé cette hypothèse. « Je ne pense pas que nous ayons besoin d’aide avec l’Iran. Nous gagnerons d’une manière ou d’une autre. Nous gagnerons pacifiquement ou autrement », a-t-il lancé.

Plus tôt dans la journée, Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a appelé le Pakistan à intensifier ses efforts de médiation et à contribuer à « régler de manière appropriée » les questions liées à l’ouverture du détroit d’Ormuz, selon l’agence d’État chinoise Xinhua. Ces déclarations ont été faites lors d’un entretien téléphonique avec Ishaq Dar, son homologue pakistanais, alors qu’Islamabad poursuit ses efforts pour organiser un deuxième cycle de discussions directes entre Washington et Téhéran. Les deux ministres ont également souligné l’importance de préserver un cessez-le-feu « durable » entre les États-Unis et l’Iran et de garantir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, selon un communiqué du ministère pakistanais des Affaires étrangères.

Le Pakistan avait déjà joué un rôle clé en obtenant, le 8 avril, une trêve de deux semaines entre Washington et Téhéran. Celle-ci avait été suivie de discussions directes à Islamabad les 11 et 12 avril, réunissant de hauts responsables des deux pays, sans déboucher sur un accord pour mettre fin au conflit. Depuis, les deux camps multiplient propositions et contre-propositions afin de trouver un terrain d’entente susceptible de relancer les négociations, dans un contexte où la guerre continue de perturber les approvisionnements énergétiques mondiaux et le quotidien de plusieurs pays de la région.

A Téhéran, Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a affirmé mardi que la fin de la guerre, la levée du blocus et celle des sanctions constituaient les « exigences minimales » de tout accord de paix sérieux, accusant les États-Unis de privilégier la pression à la diplomatie. Dans un message publié sur X, le diplomate iranien a estimé qu’une « véritable paix » ne pouvait être construite sur « l’humiliation, les menaces et des concessions imposées ».

« Lorsqu’une partie directement impliquée dans la guerre, le blocus, les sanctions et les menaces de recours à la force rejette la réponse de l’Iran simplement parce qu’il ne s’agit pas d’un document de capitulation, il devient clair que la véritable question n’est pas la paix, mais l’imposition d’une volonté politique par la pression et les menaces », a-t-il écrit. Selon K. Gharibabadi, Téhéran a réaffirmé des « principes clairs », parmi lesquels un arrêt permanent de la guerre, la prévention de toute reprise du conflit, des compensations, la levée du blocus et des sanctions jugées illégales, ainsi que le respect des droits de l’Iran. « Il ne s’agit pas d’exigences maximalistes ; ce sont les conditions minimales nécessaires à tout accord sérieux et durable conforme à la Charte des Nations unies pour mettre fin à une crise provoquée par un usage illégal de la force », a-t-il ajouté.

Le vice-ministre iranien a également dénoncé ce qu’il a qualifié de contradictions dans les politiques occidentales. « On ne peut pas parler de cessez-le-feu tout en maintenant un blocus, évoquer la diplomatie tout en renforçant les sanctions, ni prétendre soutenir la stabilité régionale tout en apportant un soutien politique et militaire à un régime qui est à l’origine de l’agression et de l’instabilité », a-t-il écrit. « Une telle approche n’est pas une négociation ; c’est la poursuite d’une politique coercitive sous un langage diplomatique », a-t-il ajouté.

A signaler que le Sénat américain a rejeté mercredi de justesse une résolution qui visait à ordonner le retrait des forces américaines engagées dans le conflit contre l’Iran, la majorité républicaine se refusant à limiter les pouvoirs militaires de D. Trump. Le texte, similaire à d’autres résolutions portées par l’opposition démocrate ces dernières semaines, a récolté 49 voix pour (dont trois sénateurs républicains) et 50 contre. Pour la première fois depuis le début de la guerre, Lisa Murkowski, sénatrice républicaine, a voté pour demander un retrait des troupes américaines face à l’Iran. « Nous pensions obtenir davantage de clarté de la part du gouvernement pour savoir où nous en sommes (dans le conflit) et je n’en ai pas reçu », a-t-elle affirmé au média Punchbowl News après le vote.

D’après la Constitution américaine, seul le Congrès est habilité à déclarer la guerre et les démocrates souhaitent ainsi réaffirmer l’autorité du pouvoir législatif sur cette question face au pouvoir exécutif représenté par D. Trump. Si la loi permet au président de déclencher des hostilités pour répondre à une menace imminente, elle exige cependant qu’il obtienne l’autorisation du Congrès sous 60 jours. Or, début mai, D.Trump est passé outre cette date limite en argumentant qu’en raison du cessez-le-feu en cours avec l’Iran, le conflit était terminé.

Les démocrates contestent cet argument et rétorquent que des forces américaines sont toujours engagées sur place pour faire respecter un blocus des ports iraniens. Plusieurs élus républicains avaient affirmé que, passé ce délai de 60 jours, ils pourraient commencer à exiger de l’exécutif qu’il obtienne une autorisation du Congrès. Mais malgré les voix de trois sénateurs républicains, trop peu de membres de la majorité se sont joints aux démocrates mercredi pour que la résolution soit adoptée. « Nombre de nos collègues sont mal à l’aise avec leur position actuelle, mais ils sont aussi mal à l’aise avec l’idée de se mettre Trump à dos », a affirmé à la presse avant le vote Jeff Merkley, sénateur démocrate  et auteur de la résolution.

Pour le sénateur démocrate Tim Kaine, ces élus républicains « auront une autre chance de voter la semaine prochaine, et la semaine d’après ».

« Nous allons forcer un vote sur cette question chaque semaine jusqu’à ce que le Sénat dise que nous ne devrions pas être en guerre. Et je pense que ce jour viendra bientôt », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le New York Times a révélé que des évaluations secrètes du renseignement américain, préparées au début de ce mois, indiquent que l’Iran a rétabli l’accès à la majorité de ses sites de missiles, de ses plateformes de lancement et de ses installations souterraines. Cela contredit les déclarations publiques de l’administration du président Donald Trump concernant la destruction des capacités militaires iraniennes.

Selon des personnes familières avec ces évaluations, l’Iran a recouvré la capacité opérationnelle d’accéder à 30 des 33 sites de missiles le long du détroit d’Ormuz, ce qui pourrait représenter une menace pour les navires de guerre américains et les pétroliers transitant par le détroit. Les évaluations précisent que les Iraniens sont désormais capables — à des degrés divers selon l’ampleur des dommages subis par chaque site — d’utiliser des lanceurs mobiles à l’intérieur de ces zones pour déplacer les missiles vers d’autres positions, tandis que, dans certains cas, les missiles peuvent être tirés directement depuis les plateformes des installations elles-mêmes. Selon ces rapports, seuls trois sites le long du détroit demeurent totalement inaccessibles.

Par ailleurs, les évaluations indiquent que l’Iran conserve environ 70 % de ses lanceurs mobiles à travers le pays, ainsi qu’environ 70 % de son stock de missiles préexistant à la guerre. Cela inclut des missiles balistiques capables de cibler d’autres pays de la région, en plus d’une quantité moindre de missiles de croisière utilisés contre des cibles à courte portée, sur terre ou en mer.

Les agences de renseignement militaire, s’appuyant sur des données collectées via diverses sources incluant l’imagerie satellite, rapportent que l’Iran a rétabli l’accès à environ 90 % de ses installations souterraines de stockage et de lancement de missiles à l’échelle nationale, actuellement évaluées comme fonctionnant « partiellement ou totalement ». Ces conclusions sapent des mois de déclarations publiques de D. Trump et de son secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, qui prétendaient que l’armée iranienne avait été « détruite » et ne représentait plus une menace.

Dans ce contexte, le général Reza Talaï, porte-parole du ministère iranien de la Défense, a réitéré que toute menace ou agression contre son pays ferait l’objet d’une réponse immédiate et cinglante, ajoutant que « l’Iran a prouvé sa capacité à défendre son peuple tant sur le plan diplomatique que sur le terrain ». Cela intervient alors que les négociations irano-américaines, médiatisées par le Pakistan, sont dans l’impasse après le rejet par D. Trump de la dernière réponse iranienne et le maintien du blocus des ports iraniens.

A rappeler que l’armée américaine a affirmé mercredi avoir détourné 67 navires commerciaux tentant d’entrer ou de sortir des ports iraniens dans le cadre du blocus naval imposé par Washington contre le trafic maritime iranien. « Il y a quatre semaines, le CENTCOM a commencé à mettre en œuvre le blocus des navires entrant et sortant des ports iraniens », a indiqué le Commandement central américain (CENTCOM) sur le réseau social américain X. L’armée américaine a également précisé avoir « autorisé le passage de 15 navires transportant une aide humanitaire » et « neutralisé 4 autres afin d’assurer le respect » des mesures imposées.

Le CENTCOM a par ailleurs indiqué qu’en début de semaine, ses forces avaient contraint deux navires commerciaux à rebrousser chemin après des communications radio et des tirs de sommation à l’arme légère. Selon l’armée américaine, cet épisode « démontre clairement que l’application des mesures américaines reste pleinement en vigueur ». Vendredi dernier, le CENTCOM avait affirmé avoir empêché 70 pétroliers d’entrer ou de quitter les ports iraniens. Selon l’armée américaine, ces navires représentaient une capacité de transport de plus de 166 millions de barils de pétrole iranien, d’une valeur estimée à plus de 13 milliards de dollars.

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