La controverse a été relancée par des révélations de la presse britannique selon lesquelles le ministère des Affaires étrangères aurait accordé en janvier 2025 une habilitation de sécurité à Peter Mandelson malgré un avis défavorable du service chargé du contrôle des antécédents. Downing Street a reconnu que des responsables avaient agi « contre la recommandation » de ce service, tout en affirmant que ni le Premier ministre ni son gouvernement n’en avaient connaissance avant cette semaine.
Dans ce contexte, le chef du gouvernement a limogé le plus haut fonctionnaire du Foreign Office, Olly Robbins, ancien négociateur du Brexit, et doit s’exprimer lundi devant le Parlement. L’opposition a intensifié ses critiques. Kemi Badenoch, dirigeante conservatrice, a dénoncé une « malhonnêteté délibérée », appelant à la démission de Keir Starmer. Ed Davey, leader libéral-démocrate, a estimé que K. Starmer devait quitter ses fonctions s’il avait « induit le Parlement en erreur ». Nigel Farage, chef du parti Reform UK, a quant à lui qualifié le limogeage d’O. Robbins de « sacrifice » destiné à protéger le chef du gouvernement.
Dans le système parlementaire britannique, le fait de tromper sciemment les députés est considéré comme une faute grave pouvant entraîner la démission. Le cabinet du Premier ministre a toutefois rejeté ces accusations, assurant que « le processus a été respecté » et dénonçant un « échec de l’État ».
Cette crise intervient alors que K. Starmer est en déplacement à Paris pour une réunion consacrée à la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, zone stratégique du transport pétrolier mondial, dans un contexte de tensions accrues au Moyen-Orient.
Déjà fragilisé politiquement à l’approche d’élections locales début mai, le dirigeant travailliste voit cette affaire relancée après plusieurs semaines éclipsées par l’actualité internationale.
L’affaire Mandelson trouve son origine dans la nomination en février 2025 de cet ancien ministre comme ambassadeur à Washington, avant son limogeage en septembre de la même année. Downing Street l’avait alors accusé d’avoir « menti de manière répétée » sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, décédé en détention en 2019.
Des documents publiés en mars ont révélé que K. Starmer avait été averti d’un « risque réputationnel » lié à ces relations avant la nomination. Parallèlement, la police britannique a ouvert une enquête pénale. Le 23 février, P. Mandelson a été arrêté pour « suspicion de faute dans l’exercice de fonctions publiques », notamment pour avoir transmis des informations gouvernementales à Jeffrey Epstein, selon les enquêteurs. Il a été remis en liberté sous caution le lendemain dans l’attente de la poursuite des investigations.
Ces développements ont entraîné la démission de plusieurs conseillers du Premier ministre et ravivé des comparaisons avec l’Affaire Profumo, l’un des plus graves scandales politiques de l’histoire britannique. Longtemps figure influente du Parti travailliste, P. Mandelson, surnommé le « Prince des ténèbres » pour son rôle stratégique en coulisses, a depuis quitté ses fonctions politiques, mettant fin à une carrière de plusieurs décennies.
