Pékin n’entend pas se laisser déborder par l’offensive américaine. Des droits de douane de 34% supplémentaires sur toutes les importations américaines, soit une mesure exceptionnellement large, qui ne cible pas un secteur, mais l’ensemble des produits américains, ont été envisagés dans le cadre de la loi du Talion. Pékin engage de la sorte de vraies représailles commerciales.
En outre, seize entreprises américaines sont placées sous contrôle des exportations, et onze autres ajoutées à la liste noire des entités peu fiables. La Chine mobilise de la sorte tous ses leviers juridiques, avec des répercussions directes sur les chaînes d’approvisionnement high-tech et les secteurs liés à la défense.
La Chine est allé plus loin en imposant désormais des contrôles à l’exportation sur certaines terres rares stratégiques, comme le terbium ou le dysprosium, essentiels à l’électronique et aux industries militaires. Comme elle a également déposé une plainte à l’Organisation mondiale du commerce, se positionnant comme défenseur du multilatéralisme face à ce qu’elle qualifie d’« intimidation unilatérale » de l’Oncle Sam.
Cette escalade pourrait marquer un tournant. Contre-mesures américaines, durcissement chinois, un impact croissant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, voire une accélération du découplage économique entre les deux puissances.
New Delhi minore le dossier
Non loin de là, en Inde, autre puissance économique qui monte, avec des droits de douane fixés à 27 %, New Delhi bénéficie d’un traitement plus favorable que son voisin et néanmoins rival chinois, et le Vietnam, soumis à un taux encore plus élevé de 46 %. Le gouvernement indien voit le verre à moitié plein et, malgré sa proximité et son amitié affichée avec Washington, n’échappe pas aux droits de douane réciproque.
New Delhi veut à tout prix éviter une guerre commerciale. Le mois dernier déjà, le pays l’avait désamorcée en ouvrant le marché indien de la téléphonie à Elon Musk, bras droit de Donald Trump, avec l’implantation de Starlink. L’Inde a annoncé sa volonté d’abaisser ses droits de douane sur 23 milliards de dollars de produits américains. Certains secteurs sont moins touchés, comme les services informatiques, exempts de droits de douane, ou les médicaments génériques, soumis à des taxes très faibles. En 2024, les exportations de médicaments indiens vers les États-Unis ont atteint 7,3 milliards d’euros. En revanche, l’industrie automobile est sous pression. Après l’instauration de droits de douane de 25 % sur les voitures, l’enseigne Tata Motors a chuté de 4,68 %.
Après l’annonce des droits de douane de D. Trump, le gouvernement indien s’est montré prudent et a dit « examiner les conséquences » des nouvelles taxes et tenter d’y voir des « opportunités ». Notamment en termes de parts de marché à gagner face à des voisins concurrents comme la Chine, l’Indonésie ou le Vietnam, selon la Fédération des organisations d’exportations indiennes.