Placée sous le thème « La justice territoriale, un enjeu national ; l’équité envers la montagne, une condition du développement », cette rencontre a débouché sur une série de recommandations visant à corriger ce que les participants considèrent comme un déséquilibre structurel entre la contribution des territoires montagneux à la richesse nationale et les services dont bénéficient leurs habitants.
La coalition estime, dans sa déclaration finale, que la question de la montagne doit désormais être intégrée au cœur des politiques législatives, budgétaires et de développement. Selon elle, les écarts persistants observés en matière d’accès aux services publics et aux opportunités économiques nécessitent une réponse structurelle et durable, dépassant le cadre des interventions ponctuelles. L’organisation préconise ainsi l’adoption de critères de répartition des ressources et des investissements prenant en compte les déficits accumulés, les risques climatiques ainsi que les surcoûts engendrés par le relief difficile et la dispersion de l’habitat. Les congressistes ont notamment insisté sur l’urgence d’améliorer l’accès à la santé, à l’éducation, à l’eau potable, au logement, aux transports, aux infrastructures numériques et aux programmes de désenclavement. Ils ont également souligné la nécessité de renforcer les ressources humaines dans les services publics, de lutter contre le décrochage scolaire et d’élargir les mécanismes de protection sociale.
Sur le volet économique, la coalition défend l’instauration de mécanismes juridiques et financiers permettant aux territoires montagneux de tirer davantage profit de l’exploitation de leurs ressources naturelles. Elle appelle également à une gestion plus transparente de ces ressources, associant les populations locales aux processus décisionnels et garantissant la protection de leurs droits fonciers.
Les recommandations du congrès incluent aussi la mise en œuvre d’une politique économique favorisant les produits du terroir, les coopératives, les petites entreprises et le tourisme durable en montagne. L’objectif affiché est de stimuler la création d’emplois, notamment pour les femmes et les jeunes, tout en limitant les phénomènes de migration contrainte.
Les participants ont par ailleurs insisté sur la nécessité de préserver les bassins hydrauliques, les forêts, les sols et la biodiversité, tout en renforçant les mécanismes de contrôle des atteintes environnementales. Ils plaident pour un financement plus équitable des politiques d’adaptation au changement climatique ainsi que pour la mise en place de dispositifs anticipatifs de prévention, d’alerte et de secours adaptés aux spécificités des territoires montagneux.
Mohammed Deych, président de la Coalition civile pour la montagne, a fait savoir « l’équité envers la montagne est une condition du développement », estimant qu’aucune politique de développement territorial intégré ne peut être envisagée sans une prise en compte effective des besoins spécifiques des régions montagneuses. Le responsable associatif a également insisté sur la nécessité de préserver ces espaces face aux effets du changement climatique, à la surexploitation des ressources naturelles et à la dégradation du patrimoine culturel et civilisationnel des montagnes marocaines.
La coalition a organisé son troisième congrès pour renouveler ses structures et remettre au goût du jour son plaidoyer en faveur de la justice territoriale, n’a pas manqué de situer ses revendications dans le nouveau contexte politique. Évoquant la nomination de Fatima-Zahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité (PAM), à la tête du gouvernement, M. Deych a estimé que la future cheffe de l’Exécutif dispose d’une connaissance particulière des enjeux de justice territoriale. Selon lui, son expérience à la tête du département de l’aménagement du territoire ainsi que sa présidence de la région Marrakech-Safi — dont plusieurs zones ont été affectées par le séisme du Haut Atlas — lui confèrent une compréhension directe des problématiques auxquelles sont confrontés les territoires montagneux.
Le président de la coalition a tenu à rappeler l’indépendance de son organisation vis-à-vis des partis politiques. « Nous sommes à égale distance de toutes les formations politiques. Nous nous intéressons aux politiques publiques dans une perspective citoyenne et non partisane », a-t-il affirmé. La coalition prévoit de poursuivre ses démarches auprès de la présidence du gouvernement, des ministères concernés et du Parlement. Elle entend notamment continuer la collecte des signatures nécessaires au dépôt d’une motion législative relative à une loi sur la montagne, tout en actualisant son mémorandum consacré à la politique publique qu’elle appelle de ses vœux.
Le congrès a également renouvelé sa solidarité avec les populations touchées par les catastrophes ayant frappé les régions montagneuses du pays, notamment les victimes du séisme du Haut Atlas, des inondations survenues de Taounate à Zagora ainsi que les victimes d’accidents miniers et leurs familles.
Les participants ont demandé le règlement des dossiers encore en suspens, la réparation des préjudices individuels, collectifs et territoriaux, ainsi qu’une accélération des opérations de reconstruction, de réhabilitation et d’indemnisation. Ils ont aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les travailleurs des mines, de clarifier les responsabilités et d’empêcher la répétition de tels drames. En outre, la coalition plaide pour une représentation accrue des femmes des zones montagneuses dans les institutions élues et les instances décisionnelles, ainsi qu’un renforcement de l’implication des jeunes. Elle appelle également au développement des mécanismes de concertation afin que les populations locales puissent contribuer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques de développement.
Le texte final insiste enfin sur le respect des libertés d’organisation, d’expression, de plaidoyer et de manifestation pacifique, tout en dénonçant toute forme de restriction visant les défenseurs des droits. La coalition réclame également une meilleure transparence dans l’accès à l’information publique, le suivi des dépenses et l’évaluation des politiques menées. Et appelle à renforcer la recherche scientifique et le rôle de l’Observatoire de la montagne, qu’elle considère comme un outil indépendant de suivi et d’évaluation de l’impact des politiques publiques sur les territoires montagneux.
Enfin, la Coalition invite le gouvernement, le Parlement, les collectivités territoriales, les partis politiques ainsi que les acteurs civils, scientifiques et économiques à instaurer un dialogue institutionnel permanent afin de transformer ces revendications en engagements législatifs et financiers concrets, soumis à des mécanismes de suivi et de reddition des comptes. Réaffirmant son indépendance, sa transparence et son fonctionnement démocratique, elle annonce également sa volonté de renforcer son ancrage territorial et d’élargir ses partenariats aux niveaux national, africain et international.

