La Russie et la Biélorussie ont achevé le 21 mai une vaste série d’exercices conjoints des forces nucléaires stratégiques, mobilisant unités de missiles, aviation stratégique et composantes navales. Selon le ministère russe de la Défense, cette dernière journée d’exercices a vu le déploiement opérationnel des systèmes balistiques mobiles Iars sur des itinéraires de patrouille de combat, ainsi que leur installation sur des positions de campagne. Les Forces aérospatiales russes se sont également entraînées à l’armement de missiles hypersoniques Kinjal avec des ogives spéciales. Des chasseurs MiG-31 ont effectué des vols vers des zones de patrouille désignées dans le cadre des scénarios d’alerte nucléaire. Par ailleurs, des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins des flottes du Nord et du Pacifique ont rejoint des zones de service de combat afin d’effectuer des patrouilles stratégiques en mer.
Des exercices conjoints à grande échelle des forces nucléaires de la Russie et de la Biélorussie se sont déroulés du 19 au 21 mai. Le 20 mai, au deuxième jour des exercices stratégiques, les unités de missiles ont accompli des missions d’entraînement consistant à réceptionner des munitions spéciales destinées au système de missiles opérationnel et tactique Iskander-M et à équiper les lanceurs. Après le chargement des missiles sur les lanceurs et les véhicules de transport, le personnel s’est déplacé discrètement vers une nouvelle zone afin de se préparer aux tirs de missiles. Le ministère biélorusse de la Défense a, de son côté, indiqué que l’aviation avait participé à plusieurs vols d’entraînement au combat. Après avoir équipé les appareils de munitions spéciales, les équipages ont simulé des frappes contre un adversaire fictif avant de regagner leurs bases.
D’après Moscou, ces exercices ont mobilisé plus de 64 000 militaires, plus de 7 800 équipements militaires, plus de 200 lanceurs de missiles, 140 aéronefs, 73 navires de surface et 13 sous-marins, dont huit nucléaires.
Les présidents russe et biélorusse ont supervisé un exercice simulant l’utilisation d’armes nucléaires stratégiques et tactiques. Vladimir Poutine a insisté sur le rôle de la « triade nucléaire » comme « garant fiable de la souveraineté », tandis qu’Alexandre Loukachenko a réaffirmé la vocation défensive de ces manœuvres. Les présidents russe et biélorusse se sont entretenus par vidéoconférence lors d’un exercice conjoint impliquant des unités militaires chargées de l’utilisation opérationnelle des armes nucléaires et du soutien nucléaire. Le maitre du Kremlin a souligné qu’il s’agissait du premier exercice conjoint des armées russe et biélorusse consacré à la gestion des forces nucléaires stratégiques et tactiques.
Le président russe a affirmé que l’emploi de telles armes ne pouvait constituer qu’une mesure d’extrême urgence destinée à garantir la sécurité nationale des deux États. « Compte tenu des tensions croissantes dans le monde, de l’émergence de nouvelles menaces et de nouveaux risques, notre triade nucléaire, comme auparavant, doit servir de garant fiable de la souveraineté de l’Union Russie-Biélorussie, garantir l’accomplissement des objectifs de dissuasion stratégique, maintenir la parité nucléaire et l’équilibre des forces au niveau mondial », a-t-il déclaré.
V. Poutine a précisé que cet exercice conjoint devait permettre de travailler sur un large éventail de scénarios, notamment la coordination et les procédures de commandement liées à l’utilisation d’armes nucléaires, y compris celles déployées sur le territoire biélorusse. Des tirs d’essai de missiles balistiques et de missiles de croisière étaient également prévus dans le cadre des manœuvres. A. Loukachenko a, pour sa part, souligné que la Russie et la Biélorussie « ne menacent personne », tout en assurant qu’elles étaient prêtes à défendre « par tous les moyens » leur patrie commune. Le président biélorusse a ajouté que les forces armées des deux pays organisaient désormais chaque trimestre des exercices conjoints impliquant leurs forces nucléaires.
V. Poutine a également affirmé que Moscou n’avait aucune intention de s’engager dans une course aux armements. Il a assuré que la triade nucléaire russe resterait à un niveau de dissuasion suffisant. Lors d’une vidéoconférence, le chef d’état-major général des forces armées russes, Valéry Guérassimov, a détaillé la deuxième phase des exercices nucléaires conjoints russo-biélorusses, mobilisant des composantes terrestres, navales et aériennes. Selon lui, les manœuvres ont notamment inclus le tir d’un missile balistique intercontinental Iars depuis une base expérimentale, le lancement de missiles hypersoniques Tsircon depuis une frégate opérant en mer de Barents ainsi que le tir de missiles balistiques intercontinentaux Sinéva depuis un sous-marin nucléaire stratégique. Des bombardiers stratégiques Tu-95MS ont également participé aux exercices en effectuant des tirs de missiles de croisière hypersoniques air-sol. Des chasseurs MiG-31 ont, de leur côté, lancé un missile hypersonique du système Kinjal.
V. Guérassimov a affirmé que toutes les missions avaient été menées à bien et que l’ensemble des missiles avait atteint ses cibles, validant ainsi les performances opérationnelles attendues.
A signaler que Marco Rubio, chef de la diplomatie américaine a retrouvé, vendredi 22 mai, ses homologues de l’Otan en Suède. Une réunion tendue puisque Washington a annoncé cette semaine sa décision de retirer quelque 5 000 soldats stationnés en Europe. D’autres annonces portant sur un désengagement américain plus large pourraient suivre.
Pour les européens, Allemand et Polonais en tête, la réunion d’Helsingborg (Suède), ce 21 et 22 mai 2026, sera potentiellement lourde de conséquences. Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan, a indiqué qu’il pourrait y a voir vendredi, une annonce concernant le « modèle de force », c’est-à-dire le nombre de troupes susceptibles d’être mobilisées en cas de crise.
Et tous les regards se tournent vers Washington qui entend réduire drastiquement son empreinte européenne. Une diminution qui correspond – par exemple – à environ 15% des 36 000 soldats stationnés en Allemagne. Autre mauvaise surprise, l’annonce, il y a quelques jours, du report de l’envoi d’une brigade de 4 000 soldats américains en Pologne. Une baisse des effectifs qui n’aura pas d’impact sur les plans de défense, soutient le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême de l’Alliance. En effet, 76 000 GI’s devraient rester en Europe. Mais le doute plane sur la fiabilité des États-Unis, car la baisse des effectifs américains s’accompagne aussi de retards de livraisons de plusieurs années sur des armements critiques comme les missiles de croisière Tomahawk et Patriot pour la défense sol-air.
Faute de feuille de route claire sur l’avenir de l’Alliance, l’Europe redoute que les USA fassent durablement défaut et laisse derrière eux des trous capacitaires difficiles à combler.
