Les dernières évaluations satellitaires de l’ONU révèlent l’ampleur des transformations dans l’ensemble du secteur. Une analyse du Centre satellitaire des Nations Unies (UNOSAT), basée sur des images prises le 16 juin 2026, estime qu’environ 200 000 bâtiments, soit près de 82 % des bâtiments de la bande de Gaza, ont été détruits ou endommagés.
Rafah, qui comptait autrefois quelque 250 000 habitants, figure parmi les zones les plus durement touchées. Les images satellites analysées par Planet Labs montrent que la majeure partie de cette ville du sud de la bande de Gaza a été détruite. Les forces israéliennes continueraient par ailleurs de démolir les structures restantes et de déblayer les décombres, même après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Dans le nord de la bande de Gaza, une grande partie de Jabaliya a également été réduite en ruines. Les images satellites révèlent d’importantes destructions aux abords du complexe hospitalier Al-Awda et de plusieurs écoles gérées par l’ONU. Jabaliya, qui abritait autrefois le plus grand camp de réfugiés de la bande de Gaza et comptait plus de 100 000 habitants, a subi des destructions généralisées.
Beit Hanoun, ainsi que le quartier de Shijaiya, dans la ville de Gaza, ont eux aussi été en grande partie rasés, leurs immeubles résidentiels et leurs complexes d’habitation réduits à l’état de ruines.
Dans un rapport publié en février, un expert mandaté par l’ONU a averti que l’ampleur des destructions de logements et d’infrastructures civiles à Gaza était sans précédent dans l’histoire des conflits modernes et pourrait constituer des crimes contre l’humanité, voire un génocide au regard du droit international.
Ces destructions s’étendent aux zones actuellement sous contrôle militaire israélien, qui représentent environ 60 % de la bande de Gaza. Au moins 50 positions militaires israéliennes ont été recensées dans ces secteurs, dont 18 ont été établies depuis le début du cessez-le-feu. Plusieurs d’entre elles ont été installées sur les sites d’anciens quartiers résidentiels.
À Beni Suhaila, dans le sud de Gaza, une zone autrefois densément peuplée a été transformée en terrain vague, traversé par des pistes en terre qui ont remplacé les anciennes rues. Une nouvelle base militaire israélienne a également été établie à l’emplacement de l’ancien principal carrefour de la ville.
Morts et blessés par milliers
Ces destructions ne représentent qu’une facette du désastre qui frappe les quelque deux millions de Palestiniens de Gaza. Plus d’une personne sur dix parmi la population présente avant la guerre a été tuée ou blessée, tandis que les ordres d’évacuation et les opérations militaires israéliennes répétées ont contraint la majeure partie de la population à se déplacer à plusieurs reprises.
Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Santé de Gaza, les attaques israéliennes ont tué au moins 74 000 Palestiniens et blessé plus de 174 000 autres depuis le début de la guerre génocidaire contre le territoire assiégé, le 7 octobre 2023.
Bien que le cessez-le-feu ait mis fin à l’offensive israélienne de grande ampleur et aux bombardements les plus intenses, les frappes israéliennes contre des tentes, des véhicules et des bâtiments se poursuivent. Israël prétend que ces attaques visent des membres du Hamas, tandis que les responsables palestiniens et les organisations de défense des droits humains soulignent que les civils continuent d’être les principales victimes des violences.
La capacité des Palestiniens à reconstruire reste également fortement compromise. Israël empêche l’entrée à Gaza de la plupart des matériaux de construction, tandis qu’un vaste plan de reconstruction prévu dans l’accord de cessez-le-feu n’a pas encore pu être mis en œuvre. Les conséquences humanitaires demeurent graves. La plupart des Palestiniens restent tributaires de l’aide internationale, tandis que les perspectives d’emploi demeurent extrêmement limitées.
Les témoins ciblés en Cisjordanie
En Cisjordanie occupée, Jaafar Ashtiyeh, photographe palestinien expérimenté de 58 ans, a été blessé à la tête et au torse et a été emmené à l’hôpital en ambulance, selon son collègue John Wessels, chef photo de l’AFP pour Israël et les Territoires palestiniens qui se trouvait avec lui au moment de l’attaque. « Nous condamnons fermement cette attaque grave, une de plus, contre des journalistes qui tentent de rendre compte des événements en Cisjordanie et exigeons l’ouverture d’une enquête approfondie », a réagi Phil Chetwynd, directeur de l’information de l’AFP.
- Ashtiyeh et J. Wessels se trouvaient près de la localité d’Aqraba, dans le nord de la Cisjordanie occupée, pour un reportage sur le début de la récolte annuelle des olives marquée par des attaques de colons juifs contre des Palestiniens. Alors qu’ils assistaient à l’arrestation d’un Palestinien par un soldat israélien, un véhicule tout-terrain s’est soudain approché et l’un de ses passagers a ouvert le feu en direction des journalistes et des Palestiniens qui se trouvaient là.
Au moins six personnes ont ensuite couru vers les journalistes de l’AFP en tirant des coups de feu. Alors que J. Ashtiyeh tentait de remonter dans le véhicule de l’AFP pour quitter les lieux, deux assaillants l’ont agrippé avant de lui asséner des coups de crosse. « Je l’entendais crier », a témoigné J. Wessels, qui a été mis en joue par un assaillant. Les agresseurs ont par ailleurs volé l’appareil photo de J. Ashtiyeh.
Le photographe de l’AFP, qui est Palestinien, est désormais hospitalisé à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Il a passé des radiographies qui n’ont révélé aucune fracture, mais il restera hospitalisé sous surveillance médicale, a déclaré son fils, Zain Jaafar.
« Il est inacceptable que des journalistes soient frappés et dépouillés par des colons armés sous les yeux de membres des forces de sécurité israéliennes qui n’ont même pas essayé d’intervenir », a dénoncé P. Chetwynd. L’AFP a contacté l’armée israélienne au sujet de cette attaque.
L’Association de la presse étrangère (FPA), qui représente les médias internationaux en Israël et dans les territoires palestiniens, s’est dite « profondément inquiète ».
« Les autorités israéliennes doivent enquêter pour déterminer pourquoi les soldats présents dans la zone ne sont pas intervenus lors de cette attaque visant des journalistes clairement identifiés », a-t-elle déclaré. « Cette attaque constitue une tentative flagrante d’intimider la presse et d’entraver la couverture précise de la situation en Cisjordanie. Les médias internationaux ont la responsabilité de rendre compte de tous les points de vue et ne se laisseront pas dissuader par des agressions physiques ou des menaces », ajoute le communiqué.
Reporters sans frontières (RSF) a de son côté condamné l’attaque « avec la plus grande fermeté ».
« Les attaques de colons israéliens contre des journalistes, menées en toute impunité, deviennent de plus en plus fréquentes en Cisjordanie », a dénoncé RSF.
Les autorités israéliennes ont détenu 19 journalistes en Cisjordanie occupée, dont un collaborateur de l’AFP, depuis le 7 octobre 2023, selon RSF, dont le siège est à Paris. Depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza en 2023, les violences ont explosé en Cisjordanie occupée, où les attaques commises par des colons juifs contre des Palestiniens sont quasi quotidiennes. Plusieurs journalistes palestiniens et étrangers y ont été attaqués. En juillet, une équipe de la chaîne américaine CNN avait ainsi été agressée par des colons près de Ramallah.
Quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d’environ 3 millions de Palestiniens. Plus de 1100 Palestiniens y ont été tués depuis octobre 2023, en majorité par des soldats israéliens.

