Esmaeil Baghaei a souligné face aux médias que « le détroit d’Ormuz et la région du Golfe Persique doivent tirer leur sécurité des pays riverains de cette voie navigable vitale », précisant que la proposition russe n’a pas été transmise dans son intégralité au public et qu’elle indique l’existence de plans portés par la Russie, la Chine et l’Iran afin d’instaurer la sécurité dans le détroit. Il a également réaffirmé l’appel de Téhéran adressé aux pays de la région afin de coopérer et d’œuvrer à la restauration de la confiance mutuelle, loin des ingérences extérieures, les invitant à bâtir un mécanisme sécuritaire s’ils sont désireux de stabiliser la sécurité et de prévenir toute exploitation extérieure.
Concernant la position vis-à-vis des États-Unis et des négociations, en réponse à une question sur le non-respect des engagements américains et l’intérêt des pourparlers, le diplomate a expliqué que « l’Iran n’insiste sur rien d’autre que la garantie des intérêts de son peuple ». Et d’ajouter : « Nous sommes habitués aux violations d’engagements de la part de Washington, et nous sommes tenus de garantir les intérêts de notre peuple par tous les moyens. La diplomatie fait partie de la défense, et nous tentons autant que possible d’employer la diplomatie et la politique pour désamorcer les tensions. »
Réagissant aux allégations américaines selon lesquelles l’Iran aurait été informé à l’avance de leur intention d’attaquer, E. Baghaei s’est indigné. « Croyez-vous vraiment à ces propos ? », affirmant que le bombardement des bases américaines situées sur les territoires de pays arabes s’inscrivait dans le cadre de la légitime défense. Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de ne pas prendre au sérieux les déclarations du Pentagone concernant l’enquête de Minab, dans la mesure où l’ensemble des attaques militaires américaines constituent un crime majeur.
Abordant la visite du ministre russe des Affaires étrangères à Téhéran et les questions nucléaires, E. Baghaei a souligné que l’Iran ne renoncera pas à ses principes, en particulier sur le dossier nucléaire car il est dans l’intérêt du peuple. Il a précisé que le dossier nucléaire n’était pas l’axe principal des entretiens, les réunions ayant plutôt porté sur des sujets d’intérêt commun tels que le Caucase et le détroit d’Ormuz, tout en affirmant que les relations entre les deux pays sont « très bonnes ».
Au sujet de l’Organisation de la coopération islamique et du dossier yéménite, le diplomate a exprimé le refus de l’Iran d’inclure toute clause ne servant pas les intérêts et l’unité de la nation islamique. Il a rappelé que la question du Yémen a fait l’objet de divergences entre pays musulmans, ce qui contredit la philosophie fondatrice de l’organisation et nuit à son unité, réitérant que la question yéménite peut être résolue par la voie diplomatique entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Toujours sur le plan régional et international, E. Baghaei a salué les relations positives avec le Pakistan et le Qatar, soulignant la nécessité de faire prévaloir la logique de bon voisinage et de faire face à l’escalade, à la colonisation et aux crimes israéliens dans la région. Commentant la situation en Azerbaïdjan, il a affirmé qu’il appartient au peuple azerbaïdjanais de déterminer la manière d’aborder la loi sur le voile, exprimant l’espoir de Téhéran de voir l’État d’Azerbaïdjan — lié à l’Iran par des relations fraternelles — respecter les droits de son peuple.
Glasnost à Washington
Dans une lettre adressée à l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain (CENTCOM), cinq sénateurs de la commission des Forces armées du Sénat demandent au département de la Défense de rendre publics les coûts des dommages causés aux installations militaires américaines par les attaques iraniennes. La lettre est signée notamment par les sénateurs Elizabeth Warren, Richard Blumenthal, Mazie Hirono, Tammy Duckworth et Gary Peters. Ils ont été informés de l’ampleur des dégâts lors d’un briefing classifié au cours duquel l’amiral Cooper leur a présenté une estimation qui n’a pas été rendue publique.
La pression exercée sur le Pentagone intervient alors que plusieurs estimations font état d’une facture considérable.
Le Bureau du budget au Congès (CBO), organisme non partisan du Congrès, évaluait en septembre le coût des opérations américaines contre l’Iran à 38 milliards de dollars, tout en soulignant que cette estimation n’incluait pas les dégâts subis par les bases et installations américaines. De son côté, une estimation du Pentagone communiquée au Congrès en septembre évaluait le coût de la guerre à 43,6 milliards de dollars au 3 septembre. Cette somme comprenait notamment les dépenses opérationnelles et les coûts de remplacement des munitions, aéronefs et autres équipements endommagés ou détruits, mais pas les réparations des bases américaines dans la région.
Les sénateurs estiment donc que le bilan financier présenté au public reste incomplet. Selon eux, les dégâts causés aux installations américaines pourraient représenter plusieurs dizaines de milliards de dollars supplémentaires. Les parlementaires demandent au Pentagone de communiquer une estimation non classifiée du coût des dégâts, ainsi que des informations sur les réparations envisagées et les dépenses nécessaires pour adapter ou reconstruire les installations touchées. « Il n’y a aucune raison de classer cette estimation », ont-ils notamment écrit, estimant que les contribuables américains doivent connaître l’ensemble des coûts liés au conflit. Ils ont fixé au 2 novembre la date limite pour obtenir une réponse publique du Pentagone.
Cette demande intervient également alors que le bilan humain des opérations américaines continue d’évoluer. Selon les données citées par les sénateurs, jusqu’à 23 militaires américains ont été tués et 861 blessés depuis le début de la guerre. Au-delà des dépenses militaires immédiates, le CBO a également estimé que le conflit pourrait continuer à peser sur les finances américaines et sur l’économie, tandis que le remplacement des munitions détruites pourrait prendre plusieurs années.
En outre, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, est arrivé à Téhéran ce mardi à la tête d’une délégation de responsables pakistanais pour rencontrer de hauts responsables iraniens CGRI. Le déplacement de Asim Munir qui intervient dans le sillage du séjour de S. Lavrov à Téhéran, confirme que l’Iran ne manque d’amis. La frontière entre les deux pays, agitée de soubresauts chaotiques épisodiques, permet au commerce sino-américain de prospérer sans accrocs. Un courant d’échanges qui rejoint celui déjà établi entre Moscou et Téhéran.
A signaler que des mines posées par la force navale des Gardiens ont explosé dans le couloir illégal au sud du détroit d’Ormuz, provoquant l’incendie de deux pétroliers contrevenants et leur immobilisation. Cette force navale prévient que la traversée de la voie truffée de mines est illégale et n’aboutira qu’à la destruction des biens des contrevenants. La nuit dernière, les forces de défense aérienne des Gardiens de la révolution ont détruit un appareil MQ-9 de l’armée américaine alors qu’il surveillait les conditions météorologiques dans le détroit d’Ormuz.
- Hegseth à Tel-Aviv
D’ailleurs, Axios a rapporté que Pete Hegseth, ministre américain de la guerre, a effectué une « visite non annoncée en Israël » lundi et a rencontré le chef du gouvernement d’occupation à la base aérienne d’Ovda, dans le sud des territoires occupés. Selon ce site, cette visite secrète intervient 8 jours avant les élections israéliennes, « sur fond de discussions israélo-américaines concernant la possibilité d’une reprise d’opérations militaires d’envergure contre l’Iran ». La Chaîne 13 israélienne a indiqué que « Hegseth s’est entretenu avec Netanyahu pendant deux heures lors de sa visite en Israël, en présence d’autres responsables ». D’après Axios, citant deux sources informées, « la rencontre a eu lieu sur la base d’Ovda, où sont déployés des avions de chasse et des ravitailleurs américains ».
Selon des rapports israéliens, cette réunion a été élargie à la « participation de parties étrangères ». Ces rapports précisent que « de hauts responsables des Émirats arabes unis ont participé à la réunion entre Netanyahu et le ministre américain de la Défense ».
Aucun commentaire immédiat n’a été émis par le Pentagone ou l’ambassade d’Israël à Washington, « tandis qu’il n’apparaît pas clairement si les deux parties ont abordé les détails d’une éventuelle action militaire contre l’Iran », selon Reuters. Donald Trump avait précédemment annoncé qu’il « ne reprendrait pas la guerre contre l’Iran avant les élections américaines de mi-mandat », prévues le 3 novembre, d’après l’agence Associated Press.
Les informations concernant cette visite surviennent au lendemain de l’annonce par le président américain de son soutien à B. Netanyahu pour les élections de la Knesset prévues la semaine prochaine. D. Trump a lié son soutien à B. Netanyahu à la « coopération face à l’Iran », estimant que « sa défaite pourrait placer Washington devant la responsabilité de poursuivre seule la confrontation avec Téhéran ».
Le journal Maariv a cité des sources politiques affirmant que des sondages approfondis transmis à D. Trump ont influencé le moment choisi pour cette annonce. Des sources au sein du parti du Likoud ont déclaré que cette annonce était « attendue » et qu’elles ne doutaient pas que D. Trump se tiendrait aux côtés de son protégé à l’approche des élections. Elles ont expliqué que le moment avait été choisi pour donner à ce soutien l’impact le plus fort possible au cours des derniers jours de la campagne électorale. Les sondages d’opinion indiquent que la coalition menée par B. Netanyahu pourrait perdre sa majorité gouvernementale, bien que l’opposition soit susceptible d’éprouver des difficultés à former un gouvernement alternatif.
Dans ce contexte, le locataire de la Maison Blanche a déclaré dans un entretien accordé à la Chaîne 12 israélienne après l’annonce de son soutien à B. Netanyahu : « Peut-être que je pourrais travailler avec un autre candidat, et peut-être pas », avant de demander : « Pourquoi devrais-je prendre ce risque ? ». En revanche, le vice-président américain, JD Vance, s’est abstenu de déclarer son soutien à B. Netanyahu, affirmant qu’il ne souhaitait pas s’immiscer dans les élections israéliennes.
« Je soutiens les candidats américains, c’est ce sur quoi je me concentre pour les élections de mi-mandat », ajoutant : « Je ne suis pas contre son soutien, mais je ne le soutiens pas non plus, et je ne m’immisce pas dans les élections israéliennes », a-t-il révélé à la plateforme médiatique 2WAY.

