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Routes de la soie : Les Chinois paient le prix fort au Pakistan

« Le bus a plongé dans un ravin après l’explosion et a causé de lourdes pertes. Un ingénieur chinois et un soldat sont portés disparus. Une opération de sauvetage est lancée et le gouvernement tout entier a été mobilisé pour secourir les blessés par ambulance aérienne », a déclaré à Reuters un haut fonctionnaire pakistanais sous le sceau de l’anonymat. Il n’est pas possible de dire dans l’immédiat si l’explosion a été causée par un engin explosif placé à l’intérieur du bus ou sur le bord de route.
Selon un responsable, le car transportait une trentaine d’ingénieurs chinois sur le site du barrage de Dasu, dans le Kohistan, où ils travaillent sur un projet hydroélectrique qui fait partie du corridor économique Chine-Pakistan.
Se disant «bouleversée» par l’explosion de l’autocar, Pékin a appelé à «châtier sévèrement» les auteurs de «l’attentat». Interrogé lors d’un point presse, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a dit «condamner l’attentat». «La Chine a demandé au Pakistan de faire toute la lumière sur cette affaire, d’arrêter les auteurs et de les châtier sévèrement», a déclaré L. Zhao, invitant Islamabad «à protéger sérieusement» la sécurité des Chinois dans le pays.
Cet attentat est le deuxième du genre, depuis le début de l’an, contre des intérêts chinois dans ce pays qui fait partie de son projet phare Ceinture et Route, ou les Nouvelles routes de la Soie, dit aussi OBOR.
En avril déjà, un attentat avait visé l’hôtel où séjournait l’ambassadeur de Chine dans le sud-ouest du Pakistan, faisant au moins quatre morts et des dizaines de blessés. Il a été revendiqué par le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), les taliban pakistanais.
Cet attentat est aussi le cinquième antichinois depuis 2019. En juin 2020, la Bourse de Karachi, en partie propriété d’entreprises chinoises, avait été prise pour cible (au moins 4 morts).
Un an auparavant, en mai 2019, avait été attaqué l’hôtel de luxe surplombant le port en eaux profondes de Gwadar, causant la mort d’au moins huit personnes. Ce port a été construit avec 85% de financement chinois.
Six mois auparavant, un assaut contre le consulat de Chine de Karachi, la plus grande ville du Pakistan et sa capitale économique et financière, avait coûté la vie à au moins quatre personnes.
Ces attaques avaient été revendiquées par l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), qui s’était justifiée en invoquant la mainmise sur les ressources locales par Islamabad et la Chine.
La sécurité des employés chinois travaillant sur les différents projets d’infrastructure au Pakistan est depuis longtemps une préoccupation pour Pékin, qui a investi des milliards de dollars ces dernières années dans ce pays, dans plus de 50 projets.
Cette relation n’est pas sans désenchanter les Etats-Unis qui voient d’un mauvais œil son allié collaborer avec son ennemi économique numéro un. D’autant plus que depuis l’élection de Imran Khan en 2018, celui se démarque de plus en plus de Washington.
Au lendemain, il avait alors assuré qu’il n’envisageait pas de suivre les politiques bellicistes des Américains.
Alors que les États-Unis préparaient leur retrait d’Afghanistan, il leur a refusé d’avoir des bases militaires dans son pays, de lui en céder et d’utiliser son pays pour mener des opérations dans la région.

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