La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a annoncé l’organisation d’un sit-in national le 9 avril à Rabat, devant le siège de l’instance dirigée par Ahmed Rahhou, pour protester contre ses recommandations appelant à l’ouverture du capital des officines.
Cette mobilisation marque le début d’un mouvement que les syndicats annoncent déjà comme « escalade ouverte ». L’objectif affiché est double : défendre l’indépendance du pharmacien et alerter sur « les risques que ces orientations feraient peser sur la santé publique ».
Dans un communiqué, la Confédération exprime un rejet catégorique de toute réforme visant à permettre l’ouverture des capitaux des officines à des investisseurs externes. Une telle évolution est perçue comme une remise en cause directe du modèle actuel, fondé sur l’exercice libéral et la responsabilité individuelle du pharmacien.
Au cœur de la contestation, les conclusions du rapport publié le 16 mars 2026 par le Conseil de la concurrence. Pour les syndicats, ces recommandations dépassent le simple cadre technique et traduisent un basculement vers une logique de libéralisation jugée incompatible avec la spécificité du secteur pharmaceutique.
Les professionnels dénoncent notamment une approche qui, selon eux, ignore les réalités du terrain et les besoins du système de santé national. Ils estiment que la pharmacie ne peut être assimilée à une activité commerciale classique, dans la mesure où elle touche directement à la sécurité sanitaire et à l’accès aux médicaments.
Au-delà de la question du capital, c’est toute la transformation du métier qui inquiète. Les syndicats redoutent l’émergence d’un modèle dans lequel le pharmacien deviendrait un simple salarié, soumis à des logiques financières et privé de son autonomie décisionnelle. Une évolution qui, selon eux, ouvrirait la voie à une concentration du marché, au détriment des petites et moyennes officines, une fragilisation du maillage territorial, l’accentuation des disparités dans l’accès aux médicaments, et la disparition progressive des pharmacies de proximité. Les professionnels, excédés par l’oukase du Conseil de la concurrence, craignent une perte de confiance du public envers des structures historiquement perçues comme un maillon essentiel du système de soins, et se mobilisent. Ils inscrivent leur mouvement dans une dimension plus globale. Pour eux, la bataille dépasse les intérêts corporatistes : il s’agit de s’opposer à une « marchandisation » du médicament et de préserver la dimension sanitaire d’un secteur stratégique.
