La ministre a affirmé que les perspectives de croissance de l’économie mondiale demeurent entourées d’incertitudes majeures, ce qui appelle, selon elle, à davantage de vigilance et d’anticipation. Elle a relevé, parmi les principaux facteurs de risque, l’intensification des guerres commerciales qui bouleversent actuellement les échanges internationaux. «Nous avons suivi de près les discussions entre les États‑Unis et plusieurs partenaires à propos des taux de droits de douane », a-t-elle expliqué.
Intervenant devant les commissions des finances des deux Chambres du Parlement pour présenter le cadre général d’élaboration du projet de loi de finances 2026, la ministre a souligné que l’analyse des tarifs appliqués par Washington montre que le Maroc bénéficie d’une situation relativement favorable. Le taux moyen imposé sur les échanges avec les États‑Unis, évalué à 10,6 %, reste en effet gérable. Elle a toutefois noté que l’Europe, principal partenaire économique du Royaume, sera soumise à une pression bien plus marquée.
N. Fettah a précisé que le Maroc suit attentivement les négociations commerciales entre Bruxelles et Washington, car les conclusions de ces discussions auront inévitablement des répercussions sur l’économie nationale à travers leurs effets sur les flux commerciaux avec l’Europe.
La ministre a rappelé que le taux global des droits de douane appliqué aux produits marocains, actuellement de 13,6 %, demeure inférieur à celui de plusieurs autres économies concurrentes, notamment la Chine avec 41,4 %, la Tunisie avec 27,4 % et la Turquie avec 15,8 %. L’impact direct de ces nouveaux tarifs sur l’économie marocaine devrait rester limité, dans la mesure où les exportations marocaines vers les États‑Unis ne représentent que 3 % du total. Elle a toutefois averti que les effets indirects liés au ralentissement attendu de l’économie européenne pourraient amplifier ces répercussions.
Lors de son exposé, la responsable a souligné que l’escalade des droits de douane dans le contexte actuel des guerres commerciales risque de freiner la croissance mondiale, de perturber les chaînes d’approvisionnement et d’alimenter les tensions inflationnistes. Elle a par ailleurs mis en garde contre les risques liés à la fragmentation des politiques économiques, susceptibles de provoquer des mouvements de capitaux volatils et d’accroître la volatilité des marchés des changes.
La ministre a également attiré l’attention sur les pressions liées à l’endettement. Dans un environnement marqué par un resserrement des conditions financières internationales, la probabilité de crises de la dette s’accroît, en particulier pour les pays qui recourent massivement à l’emprunt extérieur.
Elle a enfin indiqué que l’économie mondiale subit actuellement des chocs négatifs résultant de l’intensification des tensions géopolitiques, de l’instauration de nouvelles barrières tarifaires par l’administration américaine et de l’incertitude qui pèse sur les politiques économiques à l’échelle planétaire.
Selon les projections, la croissance mondiale devrait ralentir à 2,8 % en 2025 contre 3,3 % en 2024, dans un contexte de contraction des échanges internationaux sous l’effet de la montée du protectionnisme, de la multiplication des différends commerciaux bilatéraux et de la détérioration du climat des affaires. Les prévisions régionales demeurent contrastées. Aux États‑Unis, le ralentissement de la croissance se confirme, aggravé par l’impact négatif des nouvelles politiques tarifaires sur la confiance des investisseurs et sur la consommation des ménages.
Dans la zone euro, les perspectives se dégradent également en raison des effets des mesures commerciales américaines et de l’incertitude ambiante. Les économies émergentes ne sont pas épargnées et enregistrent un fléchissement général, accentué par les tensions commerciales, les changements politiques et la volatilité des taux de change, en particulier en Chine où le ralentissement devrait se prolonger en 2025.
