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Nouvelle ambassadrice US à Niamey : Washington joue la carte de l’apaisement

Au Niger, une nouvelle ambassadrice américaine devrait arriver pour prendre son poste à Niamey d’ici la fin de semaine. L’annonce faite mercredi 16 août par le Département d’État US, confirme si besoin est que Washington évalue à sa manière les rapports avec la junte nigérienne.
Nouvelle ambassadrice US à Niamey : Washington joue la carte de l’apaisement

La nomination de Kathleen Fitzgibbon a été confirmée par le Sénat le 27 juillet, au lendemain du coup d’État. Il s’agit d’une diplomate d’expérience avec plusieurs années en poste en Afrique. Son arrivée confirmerait la position plus souple des Américains vis-à-vis de la junte.

Le département d’Etat se veut pourtant clair. « L’arrivée de l’ambassadrice n’est pas le signe d’un changement de politique. Notre position reste la même », a indiqué Vedant Patel. Pour le porte-parole adjoint, Washington demande toujours la libération du président renversé Mohamed Bazoum et le respect de l’ordre constitutionnel.

D’ailleurs, K. Fitzgibbon ne présentera pas ses lettres de créances à la junte, document permettant d’officialiser la nomination d’un représentant étranger. Pour autant, selon des experts, les États-Unis ne font pas partie du camp des « durs » et sont même rétifs à toute intervention armée pour chasser la junte. « Nous continuons à pousser pour une solution diplomatique », a rappelé V. Patel. L’ambassadrice, plusieurs fois en poste en Afrique, aidera d’ailleurs cette politique.

La ligne des Américains est jugée élastique. Ils ont envoyé Victoria Nuland, numéro 2 du Département d’État, à Niamey début août. Elle y a rencontré le nouveau chef d’état-major nommé par la junte, le général Barmou, formé par Washington, avec qui les Américains veulent maintenir un canal de communication. L’arrivée de l’ambassadrice procèderait donc de cette position.

Les États-Unis ont aussi des intérêts qu’ils veulent conserver comme une base de drones près d’Agadez, et 1 100 soldats déployés. Le tout pour surveiller le Sahel. Le Wall Street Journal a même révélé récemment que des commandos américains partageaient des avant-postes avec les soldats du général Barmou, à Ouallam et Diffa.

Washington souhaite donc garder ce dispositif, car un départ pourrait permettre au groupe Wagner de combler le vide.

A signaler aussi qu’après avoir été reportée le 12 août, la réunion des chefs d’état-major des armées des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) s’est tenue finalement jeudi 17 août à Accra, au Ghana. Durant deux jours, ils devront finaliser le plan d’une éventuelle intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger. Mais cette option présente plusieurs fragilités.

La conférence qui s’est tenue au siège du ministère de la Défense et des forces armées ghanéennes, a réuni, en plus des chefs d’état-major, le commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de la Cédéao, le Ghanéen Abdel Fatau Moussa. Il était présent à la réunion qui a dessiné les contours de la force d’attente, début août à Abuja.

Au sujet du regroupement et du déploiement des unités, les effectifs des pays contributeurs comme le Sénégal, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Nigeria sont maintenant connus avec précision. Il reste à organiser leur déplacement vers les zones où elles seront positionnées et valider définitivement l’itinéraire que vont emprunter les soldats des pays qui n’ont pas de frontière avec le Niger.

Même si l’option diplomatique reste possible et même encouragée par certaines voix ces derniers jours, un haut gradé de la force d’attente informe que le commandement n’a pas reçu de contre-ordre de la Cédéao. En clair, « la réactivation et le déploiement » sont toujours d’actualité.

Si l’option d’une intervention armée reste possible, ses partisans paraissent de plus en plus isolés. Ils font face à trois difficultés. D’abord, une certaine fragilité politique, avec des divisions internes : le Cap-Vert, État membre, a fait part de son opposition à une intervention. Ailleurs, de vifs débats nationaux agitent les 15 de la Cédéao. Le Sénat du Nigeria a, par exemple, marqué son opposition.

L’Union africaine pourrait également condamner l’usage de la force, même si aucun communiqué officiel n’a été publié à ce stade. La Cédéao est certes autonome, mais cela n’en reste pas moins une prise de distance nette avec l’organisation ouest-africaine. Enfin, les États-Unis, par la voix du département de la Défense, ont aussi répété vouloir favoriser un règlement pacifique de la crise, « par la voie diplomatique ».

Une fragilité juridique également, car une telle opération se ferait sur des bases incertaines pour intervenir. La Cédéao doit, en théorie, obtenir un mandat des Nations unies. Enfin, une fragilité opérationnelle : un déploiement serait extrêmement complexe à mener au vu des résistances des différents acteurs. Et c’est justement ce sur quoi les discussions devraient porter à Accra : l’élaboration d’une stratégie militaire et d’un plan d’action.

Si l’option militaire reste sur la table, la voie du dialogue et de la diplomatie avec le régime au pouvoir à Niamey est privilégiée, avec un risque majeur pour la Cédéao en cas d’échec : observer, impuissante et pour la quatrième fois de rang, un régime militaire prendre ses quartiers au palais présidentiel.

A signaler que la situation au Niger déborde aussi en Afrique centrale. Ali Bongo Odimba, président du Gabon et chef en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac), a dépêché mardi dernier un émissaire auprès du président nigérian, Bola Tinubu, qui préside aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le même émissaire s’est rendu mercredi à Niamey, où il a été reçu par le général Abdourahamane Tiani.

Abuja était la première étape du mini-périple de l’émissaire de la Ceeac. Le ministre des Affaires étrangères du Gabon était porteur d’un message de soutien à B. Tinubu, président de la (Cédéao). Le diplomate gabonais a félicité l’institution sous-régionale pour les mesures prises afin de restaurer la démocratie au Niger, avant d’ajouter que « toute crise en Afrique de l’ouest affecte l’Afrique centrale, raison pour laquelle il faut un retour rapide à l’ordre constitutionnel au Niger ».

Après la capitale du Nigeria, l’émissaire de la Ceeac s’est rendu à Niamey. Il a été reçu par le chef de la junte, le général A. Tiani, à qui il a remis un message du président A. Bongo : la Cédéao et la Ceeac ont le même objectif, à savoir faire en sorte que les militaires à Niamey retournent le plus vite dans les casernes. Pour les deux organisations, l’ingérence militaire dans la gouvernance démocratique est inacceptable.

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