Home MondeAsieAsie du sudThaïlandeLa frontière s’embrase entre la Cambodge et la Thaïlande : Un vieux litige frontalier met le feu aux poudres. Risque de dérapage au sud-est asiatique

La frontière s’embrase entre la Cambodge et la Thaïlande : Un vieux litige frontalier met le feu aux poudres. Risque de dérapage au sud-est asiatique

by Perspectives Med
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La frontière s’embrase entre la Cambodge et la Thaïlande : Un vieux litige frontalier met le feu aux poudres. Risque de dérapage au sud-est asiatique

Le différend frontalier prend une tournure de plus en plus inquiétante, rapportent les observateurs.  Les deux pays se sont mutuellement accusés d’avoir ouvert le feu en premier. L’incident a eu lieu près de vieux temples, au niveau de la province thaïlandaise de Surin (nord-est) et celle cambodgienne d’Oddar Meanchey (nord-ouest). « Vers 08h20 (01h20 TU), les forces cambodgiennes ont ouvert le feu en direction du flanc est du temple Prasat Ta Muen Thom, à environ 200 mètres de la base thaïlandaise », a annoncé l’armée thaïlandaise dans un communiqué.

La Thaïlande a aussi accusé le Cambodge d’avoir utilisé un drone sur le site contesté, vers 07h35, heure locale. « L’armée thaïlandaise a violé l’intégrité territoriale du Cambodge en lançant une attaque armée sur les forces cambodgiennes stationnées, a indiqué de son côté Maly Socheata, porte-parole du ministère cambodgien de la Défense. En guise de réponse, les forces armées cambodgiennes ont exercé leur droit légitime à l’autodéfense, en pleine conformité avec le droit international, pour repousser l’incursion thaïlandaise », a-t-elle poursuivi.

L’armée thaïlandaise a également dénoncé jeudi matin une « attaque ciblée contre des civils » par les forces cambodgiennes. Celle-ci aurait tué neuf personnes, dont un enfant de huit ans et fait quatorze blessés, avance-t-elle. Six personnes ont perdu la vie dans une attaque près d’une station-service de la province de Sisaket (nord-est), deux dans la province de Surin (nord-est), et une autre dans celle d’Ubon Ratchathani (nord-est). L’ambassade thaïlandaise au Cambodge a appelé ses concitoyens à quitter le pays « le plus tôt possible ».

Le Cambodge accuse la Thaïlande d’avoir lancé « une agression militaire non provoquée ». Le ministère khmer des Affaires étrangères a condamné dans « les termes les plus forts » l’action « inconsciente et hostile » de la Thaïlande, dans un communiqué. Le Premier ministre cambodgien réclame une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU après des affrontements d’une intensité rare avec la Thaïlande voisine. « Considérant les récentes agressions extrêmement graves de la Thaïlande, qui ont gravement menacé la paix et la stabilité dans la région, je vous demande sincèrement de convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour mettre fin à l’agression de la Thaïlande », a écrit Hun Manet dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, Asim Iftikhar Ahmad.

Les deux royaumes d’Asie du Sud-Est s’opposent de longue date sur le tracé de leur frontière commune, définie du temps de  l’Indochine  française, mais la crise en cours est la plus grave depuis près de quinze ans.

la mort de soldats khmers en pleine nuit, fin mai, dans une autre zone disputée de la frontière, surnommée le « Triangle d’émeraude », a mis le feu aux poudres entre Bangkok et Phnom Penh. Les deux capitales ont drastiquement réduit leurs échanges économiques et diplomatiques.

Le Cambodge a rétrogradé au « plus bas niveau » les relations diplomatiques avec son voisin, a rapporté jeudi l’agence cambodgienne d’informations AKP. La veille, Bangkok a rappelé son ambassadeur en place à Phnom Penh et expulsé celui cambodgien de son territoire, après qu’un soldat thaïlandais a perdu une jambe en marchant sur une mine à la frontière.

Une enquête de l’armée thaïlandaise a permis de déterminer que le Cambodge avait posé de nouvelles mines terrestres à la frontière, ont indiqué les autorités thaïlandaises. Le Cambodge a rejeté ces accusations, et indiqué que des zones frontalières restent infestées de mines actives datant de « guerres du passé ».

Phumtham Wechayachai, Premier ministre thaïlandais par intérim, a déclaré, jeudi, que « la situation exigeait une gestion prudente » et « d’agir conformément au droit international ». « Nous ferons de notre mieux pour protéger notre souveraineté », a-t-il noté.

Les tensions ont conduit le Cambodge à suspendre l’importation de certains produits thaïlandais, et la Thaïlande à restreindre les déplacements aux points de passage à la frontière. Côté cambodgien, Hun Manet, Premier ministre et fils de Hun Sen, a récemment annoncé la mise en place à partir de 2026 d’un service militaire obligatoire, qu’il souhaite de 24 mois, pour tous les jeunes âgés de 18 à 30 ans.

L’épisode moderne le plus violent lié à la frontière remonte à des affrontements qui ont éclaté autour du temple de Preah Vihear entre 2008 et 2011, qui ont fait au moins 28 morts et provoqué l’évacuation de dizaines de milliers de riverains. 

Les tensions à la frontière du Cambodge et la Thaïlande remontent au début du XXe siècle, en 1907. Le problème est la frontière commune de 800 kilomètres. Le tracé de cette frontière est défini pendant un traité entre et la Thaïlande, anciennement le Royaume de Siam, et la France qui colonisait le Cambodge. Et ce sont des temples de l’époque d’Angkor qui cristallisent les divisions. Durant le tracé de la frontière, la Thaïlande revendiquait vivement quatre temples khmers qui reviennent finalement au territoire cambodgien.  En 2008, l’inscription du temple khmer de Preah Vihear à l’Unesco avait relancé les tensions, et les aéroports de Bangkok avait été bloqués par des manifestants nationalistes.

Le Cambodge avait demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) de trancher. Et en 2013, la CIJ a donné raison au Cambodge et demandé à la Thaïlande de se retirer du territoire autour de l’édifice.

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