Moscou estime que de telles armes ne peuvent pas être utilisées par l’armée ukrainienne sans une implication directe de personnel américain. « Les Tomahawk, sans logiciels ni systèmes de lancement, ne sont que des carcasses », a insisté S. Riabkov, soulignant que leur emploi nécessiterait « le déploiement actif de militaires américains ». Le diplomate a également indiqué que la Russie exhorte Washington à faire preuve de « lucidité et de responsabilité ». Il a ajouté : « Nous appelons la direction américaine et les militaires à évaluer sobrement la profondeur et la gravité des conséquences de cette décision. » Selon Riabkov, « les menaces et le chantage à l’encontre de la Russie sont voués à l’échec ».
Le président russe avait déjà alerté sur ce sujet le 2 octobre, lors du forum Valdaï : « Il est impossible d’utiliser les Tomahawk sans l’implication directe de militaires américains ; ce serait une escalade nouvelle, d’un niveau qualitatif inédit, y compris dans nos relations bilatérales. » Le vice-ministre a par ailleurs constaté l’échec du « puissant élan » amorcé lors du sommet Russie–États-Unis à Anchorage, en Alaska. D’après lui, cet effort vers une solution pacifique au conflit ukrainien a été saboté « par les adversaires de la paix, notamment ceux qui veulent la guerre jusqu’au dernier Ukrainien, en particulier parmi les Européens ». S. Riabkov accuse les pays de l’Union européenne d’avoir joué un rôle destructeur dans le processus de règlement. En parallèle, il a confirmé que la Russie n’a pas encore reçu de réponse officielle des États-Unis à la proposition du maitre du Kremlin concernant le respect mutuel, pour un an supplémentaire, des limitations prévues dans le traité New START. Il a précisé que cette initiative n’est pas liée aux Tomahawk : « Ce sont des dossiers distincts », a-t-il affirmé devant les journalistes. La Russie, dit-il, « se passera de la réponse américaine si celle-ci ne vient pas ».
Le diplomate russe a également évoqué d’autres dossiers tendus. Il a dénoncé les discussions au sein de l’UE sur les restrictions de circulation des diplomates russes et a promis une réponse « strictement symétrique » si de telles mesures étaient adoptées. « Nous vivrons sans leurs permissions ou interdictions. Cela n’a rien à voir avec la réalité », a-t-il déclaré, qualifiant ces initiatives de provocations inutiles. S. Riabkov a résumé l’état général des relations entre Moscou et Washington par une métaphore puissante : « Le bâtiment des relations russo-américaines est en train de s’effondrer, et les fissures atteignent déjà les fondations. »
La veille, le Kremlin avait réaffirmé que toute livraison de missiles Tomahawk par les États-Unis à l’Ukraine serait considérée comme une provocation majeure. Moscou prévient qu’une telle décision ne changerait rien pour les forces de Kiev, tandis que Washington s’interroge sur sa capacité à contrôler l’usage de ces armes.
Maria Zakharova a accusé, mardi, l’Union européenne et l’OTAN de « couvrir les attaques de Kiev » contre des infrastructures nucléaires civiles, devenant ainsi leurs « complices directs ». Elle a rappelé que, sans le soutien politique, militaire et financier de ces pays, de telles provocations seraient impossibles. Alexeï Likhatchev, directeur général de Rosatom, avait déjà mis en garde contre « l’élargissement de la géographie des provocations ukrainiennes » visant les centrales nucléaires russes. Il avait aussi alerté sur le risque humanitaire croissant, notamment à Zaporojié, où des attaques fréquentes provoquent des coupures d’électricité, mettant en péril la vie des civils, les hôpitaux et l’approvisionnement en eau. Dans ce climat tendu, le président Vladimir Poutine a évoqué, lors du Club de Valdaï, le principe de réciprocité, laissant entendre que la Russie pourrait revoir sa stratégie face à ces provocations croissantes. S’il a exclu toute frappe contre des centrales nucléaires ukrainiennes, Moscou n’écarte plus la possibilité de frapper les infrastructures de production et de logistique servant à ces attaques, a souligné Andreï Kartapolov, chef du comité de défense à la Douma. Malgré les preuves et les avertissements répétés de Moscou, les agences internationales comme l’AIEA évitent toujours de pointer directement la responsabilité de Kiev. Pourtant, comme le rappellent les nombreux incidents rapportés ces derniers mois, la menace d’une catastrophe nucléaire devient chaque jour plus tangible.
A rappeler que l’entreprise française Thales, spécialisée dans la défense, a confirmé l’envoi de roquettes à l’Ukraine, selon le média Business Insider. Ces munitions, d’un calibre de 70 mm, sont dotées de l’ogive spéciale FZ123, destinée à être utilisée contre des drones. En Russie, les réactions sont claires. Le ministère des Affaires étrangères a déjà rappelé que les livraisons d’armes par l’Occident ne faisaient que prolonger le conflit et empêcher un règlement diplomatique. Sergueï Lavrov a déclaré que tout convoi contenant de l’armement destiné à l’Ukraine deviendrait une « cible légitime » pour les forces russes. Le Kremlin souligne que cette militarisation du conflit ne change rien sur le champ de bataille et ne fait qu’accroître l’implication directe des pays de l’OTAN. Le fait que Thales coopère désormais publiquement avec Kiev sur le sol ukrainien est donc perçu comme une escalade. Business Insider indique par ailleurs que la roquette FZ123 suscite un intérêt croissant en Europe. Alain Quevrin, directeur national de Thales Belgique, évoque une multiplication des demandes après les incursions de drones récemment signalées en Pologne, au Danemark et en Roumanie.
