Dans ses déclarations, D. Trump a évoqué ce qu’il considère comme un changement profond au sein de la direction iranienne, estimant que les responsables précédents ont été remplacés par des figures plus faciles à aborder. « Il y a eu un changement total de régime parce que les anciens dirigeants ne sont plus là et nous avons affaire à un tout nouveau groupe de personnes », a-t-il déclaré, ajoutant qu’elles étaient « beaucoup plus raisonnables ».
Concernant le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah Ali Khamenei, Donald Trump a indiqué que ce dernier n’avait pas été vu publiquement et qu’il serait, selon lui, grièvement blessé. Il est probablement dans un état « extraordinairement grave ». Enfin, s’exprimant sur les frappes iraniennes visant des infrastructures régionales, notamment des attaques au Koweït et à Haïfa en Israël, Donald Trump a indiqué que la réponse américaine serait visible dans les prochains jours.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré lundi que Washington reprendrait à terme le contrôle du détroit d’Ormuz et rétablirait la liberté de navigation. « À terme, les États-Unis vont reprendre le contrôle des détroits et la liberté de navigation sera assurée, que ce soit par des escortes américaines ou par une escorte multinationale », a-t-il affirmé sur Fox News. Interrogé sur une éventuelle implication du groupe houthi au Yémen et sur la situation en mer Rouge, S. Bessent a relativisé les inquiétudes, soulignant que les Houthis avaient été « très discrets ».
Plusieurs missiles iraniens ont frappé, lundi, la ville de Haïfa, dans le nord de la Palestine occupée. Selon les médias israéliens, 10 missiles ont ciblé Haïfa et sa baie, s’abattant sur un complexe pétrolier ainsi que deux bâtiments à Kiryat Ata et Shefa Amr. Peu auparavant, le Corps des Gardiens de la Révolution Iraniens (CGRI) a annoncé que les représailles au ciblage des infrastructures nationales se poursuivent, à travers des frappes contre des sites industriels stratégiques appartenant à l’« ennemi américano-sioniste ».
Le commandant des forces aérospatiales des Gardiens de la révolution a affirmé que « le châtiment pour l’agression contre les infrastructures iraniennes est en cours », précisant que plusieurs complexes industriels dans la région ont été frappés. Parmi les cibles atteintes figurent des sites de l’industrie chimique à Ne’ot Hovav, une raffinerie de pétrole, ainsi que deux complexes sidérurgiques et deux sites de production d’aluminium. Il a souligné que ces opérations « douloureuses » allaient se poursuivre jusqu’à ce que la riposte aux attaques contre les infrastructures de l’Iran soit totale.
Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, a vivement critiqué la visite de Volodymyr Zelensky dans plusieurs États du Moyen-Orient, accusant le chef du régime de Kiev de chercher à « exploiter » les pays de la région. Il a appelé ces États à ne pas établir de lien entre la guerre en Ukraine et les frappes visant l’Iran. Auparavant, des communiques du CGRI avaient fait état de l’attaque de deux sites dans lesquels des experts ukrainiens étaient présentent en Israël et en Arabie saoudite.
Dans le cadre de la 87ème vague de l’opération « Promesse Tenue 4 », placée sous le slogan « Ya Aba Abdillah Al-Hussein » et dédiée au vaillant Amiral martyr Tangsiri ainsi qu’aux martyrs des forces navales des Gardiens de la Révolution, plusieurs cibles stratégiques ont été frappées, a affirmé le CGRI. « Les centres de commandement et de contrôle, les hangars de drones, les dépôts de soutien logistique et d’armement, ainsi que les lieux de repli des militaires terroristes et des pilotes américano-sionistes ont été visés dans diverses zones. Ces frappes ont notamment ciblé cinq bases américaines dans la région, ainsi que des centres militaires au sud, au centre et au nord de la Palestine occupée (incluant la baie de Haïfa, Kiryat Shmona, Tel-Aviv, Beer Sheva, Dimona, Al-Kharj, Jofayr, Victoria, entre autres).
L’attaque a été menée avec des missiles balistiques à propulsion liquide et solide de type Emad, Qiam et Khorramshahr-4, ainsi que des essaims de drones kamikazes, atteignant leurs objectifs avec efficacité. Cette opération conjointe, continue et multi-phases, a débuté à l’aube de la nuit dernière et se poursuit actuellement », a-t-on précisé de même source.
Le CGRI a en outre condamné l’attaque inhabituelle et illégale de l’armée de l’entité sioniste contre les stations de dessalement d’eau au Koweït. « Il s’agit d’une preuve supplémentaire de la malveillance et de la barbarie de l’occupation sioniste », a-t-il affirmé. Poursuivant que « les Gardiens de la Révolution condamnent cet acte inhumain et déclarent que les bases militaires et les soldats américains, ainsi que les centres militaires et sécuritaires de l’entité sioniste en Palestine occupée, constituent des cibles légitimes », il a conclu qu’« il est impératif que les pays de la région d’Asie de l’Ouest restent vigilants face aux provocations américano-sionistes visant à déstabiliser et à épuiser la région ».
Rappelons que le CGRI avait auparavant annoncé le martyre le commandant de ses forces navales, l’Amiral Alireza Tangsiri, précisant qu’il a succombé à ses blessures alors qu’il accomplissait sa mission d’organisation des forces et de renforcement des défenses dans les îles et sur les côtes ayant fait l’objet d’agressions.
Résistance unie
En milieu d’après-midi de lundi, les tirs de missiles lancés simultanément depuis l’Iran et le Liban sur la ville de Haïfa, au nord du pays, frappant entre la raffinerie de pétrole confirment que les capacités balistiques iraniennes n’ont pas été décimées comme ne cessent de le répéter Washington et Tel Aviv. Leur succès à frapper leurs cibles, dont deux bâtiments à Kiryat Ata et Shafa ‘Amr renvoient à l’annonce faite le 28 mars dernier par l’armée iranienne d’avoir frappé le radar israélien Elta System, ce « qui devrait réduire les capacités ennemies d’interception des missiles et des drones », selon son communiqué.
Interrogé par la chaine qatarie al-Jazeera, l’expert militaire, le colonel Nidal Abou Zeid, estime que le moment choisi pour cibler Haïfa est directement lié à l’attaque contre le radar Elta, qu’il qualifie comme étant « l’un des systèmes de guerre électronique et de brouillage les plus importants ». Les dommages qui lui ont été causés ont entraîné « l’exposition de l’espace aérien de cette région », en conclut-il.
Le commentateur a ajouté que l’arrivée de ces missiles pour la deuxième fois reflète aussi « l’intérêt de l’Iran pour les cibles de grande valeur ».
La frappe sur Haïfa est survenue au lendemain d’une attaque contre l’usine chimique Adama, située dans la région de Ne’ot Hovav, près de Beersheba, dans le sud d’Israël. Une attaque revendiquée par le CGRI en riposte aux attaques contre les installations industrielles iraniennes. Selon le quotidien israélien Calcalist et la Radio-Télévision israélienne, la frappe de missiles iranienne de Beersheba a endommagé une centaine de maisons et provoqué une fuite de matières dangereuses provenant de l’usine. Les autorités israéliennes ont rapidement imposé un cordon de sécurité strict autour de l’usine et ont décidé d’évacuer la zone par mesure de précaution.
Abou Zeid considère que le message militaire véhiculé par ces frappes confirme que l’Iran « est toujours capable de poursuivre sa mission », ce qui contredit le discours israélien et américain concernant la destruction des capacités balistiques iraniennes. Selon lui, l’Iran conserve ses capacités de missiles malgré les récentes frappes visant ses sites, notamment ceux connus sous le nom de « villes de missiles ». Il estime toutefois que la diminution du rythme des tirs de missiles iraniens pouvait être le résultat de pressions militaires ou d’une réorganisation des efforts de combat, selon ses propres termes.
La télévision iranienne a rapporté que cinq salves de missiles ont été lancées vers Israël depuis ce matin, tandis que le journal israélien Israel Hayom a indiqué que trois salves de missiles iraniens ont été lancées vers Israël en l’espace d’une heure.
L’expert d’al-Jazeera a également déclaré que le ciblage de Haïfa révèle que le nord d’Israël est devenu « plus exposé » après les dégâts causés aux radars, en conjonction avec de nouvelles tactiques sur le terrain, reflétant un changement dans la nature de la confrontation vers une plus grande complexité et une escalade. En plus du ciblage d’Alta, il attribue également le succès des frappes à la tactique de distraction des systèmes de défense aérienne israéliens en lançant simultanément des missiles depuis le sud du Liban, ce qui a contribué à ce que les missiles atteignent leurs cibles.
L’attaque menée contre Haïfa lundi a été réalisée par des tirs simultanés depuis l’Iran et le Sud-Liban. Le chef de la force al-Qods du CGRI le général Esmail Qaani a déclaré lundi que « la salle des opérations du Front de la Résistance est désormais devenue Une ».
Selon l’expert militaire d’al-Jazeera, il existe des indices d’utilisation de missiles à fragmentation depuis le sud du Liban, ce qui constitue un développement remarquable si cela se confirme, car cela indique que le Hezbollah a commencé à utiliser des outils non conventionnels susceptibles de perturber les systèmes de défense aérienne israéliens.
Les Européens distants
Le Premier ministre britannique a réaffirmé lundi que le Royaume-Uni ne se laissera pas « entraîner » dans le conflit au Moyen-Orient, invoquant l’intérêt national. « Je prendrai toujours des décisions dans l’intérêt national. C’est pourquoi nous ne nous laissons pas entraîner dans le conflit au Moyen-Orient, et c’est pourquoi nous nous battons pour protéger votre niveau de vie », a déclaré Keir Starmer sur X, le réseau social américain.
Interpellant les partis d’opposition sur leur position concernant la guerre en cours avec l’Iran, il a affirmé que le gouvernement travailliste répondait avec « espoir et fierté ». La semaine dernière, K. Starmer avait déclaré qu’il existait une « nette divergence » de vues entre lui et le président américain D. Trump. « Mon sentiment est qu’une grande partie de ce qui est dit et fait vise à faire pression sur moi pour que je change d’avis, mais je ne le ferai pas », a-t-il confié à Sky News.
Par ailleurs, le Premier ministre doit présider mardi une réunion d’urgence du comité COBRA consacrée à la guerre avec l’Iran. Il doit également tenir, plus tard lundi, une table ronde avec des dirigeants du secteur de l’énergie.
Ses propos interviennent dans un contexte de tensions entre les deux alliés transatlantiques, alors que le président américain a renouvelé ses critiques à l’égard du Royaume-Uni pour avoir initialement refusé d’autoriser l’armée américaine à utiliser les bases britanniques lors des premières frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le 28 février. Le Royaume-Uni a finalement autorisé cet accès dans le cadre d’actions qualifiées de « défensives », alors que l’Iran lançait des missiles et des drones à travers le Golfe. Mais K. Starmer a depuis insisté sur le fait que Londres ne participera pas à la guerre contre l’Iran.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé lundi à une cessation rapide de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, mettant en garde contre les conséquences économiques pour l’Europe en cas d’escalade régionale. « Si cette guerre dégénère en un conflit régional majeur, elle pourrait peser sur l’Allemagne et l’Europe encore davantage que ce que nous avons connu récemment lors de la pandémie de COVID-19 ou au début de la guerre en Ukraine (février 2022) », a déclaré F. Merz lors d’une conférence de presse conjointe à Berlin avec le président syrien Ahmed al-Charaa. Selon lui, leur rencontre a porté sur les développements récents au Moyen-Orient et les risques liés à un conflit prolongé ou élargi. « Je peux dire que le président al-Charaa partage mon scepticisme, et le nôtre, quant aux objectifs stratégiques de cette guerre », a ajouté le chancelier. « Nous espérons pouvoir trouver des moyens, et peut-être en discuter avec les gouvernements américain et israélien, pour mettre fin à ce conflit le plus rapidement possible. Mais il ne sera clair que dans les prochains jours, voire semaines, dans quelle mesure cela est réalisable. »
F. Merz a également réaffirmé sa position selon laquelle l’impasse vieille de plusieurs décennies autour du programme nucléaire iranien et les activités déstabilisatrices de Téhéran dans la région « ne peuvent être résolues uniquement par la force militaire ».
De son côté, l’Espagne a annoncé, lundi, la fermeture de son espace aérien aux avions américains engagés dans la guerre contre l’Iran, marquant son opposition à l’intervention menée par les États-Unis et Israël dans la région. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a indiqué que l’utilisation des bases américaines situées en Espagne n’était « pas autorisée » dans le cadre de ce conflit, ajoutant que l’espace aérien espagnol ne pouvait pas non plus être utilisé pour des opérations liées à la guerre en Iran.
Cette décision intervient alors que le gouvernement espagnol, de gauche, a exprimé son opposition ferme aux frappes américano-israéliennes contre Téhéran, dans un contexte d’escalade militaire au Moyen-Orient. Selon des informations relayées par le quotidien El Pais, Madrid entend ainsi éviter toute implication indirecte dans les opérations militaires en cours.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a exprimé lundi l’inquiétude persistante de l’Union européenne (UE) face à la prolongation de la guerre au Moyen-Orient, dans le contexte des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. « L’UE est profondément préoccupée par la prolongation du conflit et son impact mondial croissant », a écrit Costa sur le réseau social américain X, après un entretien téléphonique avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
Il a également souhaité au Pakistan « plein succès » dans ses efforts en faveur de la paix. « L’UE soutient tous les efforts de médiation. Seuls le dialogue et la diplomatie peuvent ramener la paix et la stabilité au Moyen-Orient, dans le plein respect de la Charte des Nations unies et du droit international », a-t-il ajouté.
