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Gaza sous haute pression militaire et diplomatique : Le chef de l’ONU tente de forcer la main à Israël et ses alliés

Des combats acharnés se poursuivaient jeudi 7 décembre dans la bande de Gaza entre le Hamas et l'armée israélienne, qui a investi la grande ville de Khan Younès où elle annonce traquer Yahia Sinouar, chef militaire des Brigades Al-Qassam et architecte de l'attaque sanglante du 7 octobre contre Israël.
Gaza sous haute pression militaire et diplomatique : Le chef de l’ONU tente de forcer la main à Israël et ses alliés

Prédisant un « effondrement total de l’ordre public bientôt » à Gaza, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a de nouveau appelé à un cessez-le-feu humanitaire, s’attirant une fin de non-recevoir cinglante d’Israël. Washington, Londres et Paris se sont joints à Tel-Aviv pour protester contre l’initiative du chef de l’ONU auxquels les Israéliens avaient demandé de démissionner… Le gouvernement israélien a toutefois autorisé la livraison d’un « supplément minimal » de carburant à Gaza pour éviter un « effondrement humanitaire » et des épidémies.

Engagée depuis le 27 octobre dans une offensive terrestre contre le Hamas dans le nord de Gaza, en parallèle à sa campagne de frappes aériennes massives, Israël a étendu ses opérations au sol à l’ensemble du petit territoire palestinien surpeuplé, accusant des pertes non négligeables, aux dires de la résistance. La population civile est poussée à se déplacer vers un périmètre de plus en plus exigu à Rafah, le long de la frontière égyptienne.

À Khan Younès, la plus grande ville du sud de la bande de Gaza, fantassins, blindés et bulldozers israéliens ont atteint le centre-ville, selon des témoins. L’armée israélienne a affirmé le 6 décembre au soir avoir « percé les lignes défensives » du Hamas, « éliminé un certain nombre de terroristes » et détruit environ « 30 entrées de tunnels ». À la tombée de la nuit, d’épais nuages de fumée noire et des flammes ont continué de s’élever de Gaza.

Dans la journée, des traînées dessinées par des roquettes tirées vers Israël depuis Rafah, dans le sud du petit territoire palestinien, ont aussi émaillé le ciel. Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien contesté jusqu’au niveau du cabinet de guerre, a déclaré que les forces israéliennes « encerclaient la maison de [Yahya)] Sinouar », chef du Hamas, à Khan Younès. « Sinouar se cache sous terre », a affirmé ensuite Daniel Hagari, porte-parole de l’armée, en allusion aux tunnels sous Gaza. Y. Sinouar, 61 ans dont 23 passés dans des prisons israéliennes, est considéré comme l’architecte de l’attaque sans précédent du 7 octobre : ce jour-là, des centaines de commandos du Hamas infiltrés en Israël depuis Gaza avaient tué 1 200 personnes, en majorité des civils selon les autorités israéliennes, et pris quelque 240 personnes en otage. D’après le gouvernement israélien, 138 otages sont toujours retenus à Gaza, après la libération fin novembre dans le cadre d’une trêve de sept jours de 105 personnes enlevées, dont 80 en échange de 240 prisonniers palestiniens détenus par Israël. Y. Sinouar n’a pas été vu publiquement à Gaza depuis le 7 octobre.

Trois soldats israéliens ont été tués au combat le 6 décembre dans la bande de Gaza, selon l’armée. L’armée israélienne a aussi annoncé la découverte dans le nord du territoire, « au cœur de la population civile », près d’une clinique et d’une école, « d’un dépôt d’armes très important », y voyant une « preuve supplémentaire » de l’utilisation par le Hamas de « boucliers humains ». Elle a aussi dit avoir tué à ce jour « la moitié des commandants » du Hamas. Sur sa chaîne Telegram, le mouvement islamiste palestinien a affirmé que sa branche armée, les brigades al-Qassam, se battait « violemment contre les forces d’occupation sur toutes les lignes d’incursion dans la bande de Gaza ». Une trentaine de véhicules auraient été détruits dans la journée, outre le ciblage de fantassins engagés par l’armée sioniste. Les brigades al-Qassam assurent que durant les dernières 72 heures, leurs combattants ont détruit partiellement ou entièrement 79 véhicules israéliens sur les différents axes de la ville de Gaza. Plus, leurs snipers ont tiré sur deux soldats à l’aide d’un fusil de fabrication locale al-Ghoul au nord-est de la ville de Khan Younès. Et une force d’infanterie formée de 15 soldats a été ciblée à l’aide de 3 engins antipersonnel dans l’axe oriental de Khan Younès assurant qu’il y a des tués et des blessés dans leur rang. Les brigades Al Qods ont signalé, pour leur part, avoir engagé le combat contre une force d’infanterie tuant et blessant plusieurs soldats israéliens dans ke quartier Al-Zaytoun, à l’est de Gaza.

« Toute la ville subit des destructions et des bombardements incessants. Beaucoup de gens arrivent du nord dans des conditions désastreuses, sans abri, à la recherche de leurs enfants », a raconté à l’AFP Hassan Al-Qadi, un habitant de Khan Younès déplacé plus au sud à Rafah, ville frontalière avec l’Égypte. Face au bilan qui s’alourdit, au manque de vivres et aux milliers de déplacés totalement démunis, A. Guterres, patron de l’ONU a mis en garde contre un « effondrement total de l’ordre public bientôt » à Gaza. Il a employé pour la première fois de son mandat une procédure rare, l’article 99 de la Charte des Nations unies, qui lui permet d’« attirer l’attention » du Conseil de sécurité sur un dossier qui « pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationale ». Selon plusieurs diplomates, le Conseil de sécurité devrait se réunir le 8 décembre pour examiner cet appel. « Le mandat de Guterres est un danger pour la paix mondiale », a rétorqué sur X (ex-Twitter) Eli Cohen, chef de la diplomatie israélienne, en estimant que l’activation de l’article 99 et l’appel à un cessez-le-feu constituaient « un soutien à l’organisation terroriste Hamas ». Selon le ministère de la Santé à Gaza, 16 248 personnes, pour plus de 70% des femmes, des enfants et des adolescents, ont été tuées depuis le 27 octobre dans la bande de Gaza par les bombardements israéliens lancés en représailles de l’attaque du 7 octobre.

Israël a promis d’anéantir le mouvement islamiste palestinien au pouvoir à Gaza depuis 2007, classé organisation terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et Israël. Le gouvernement israélien a toutefois approuvé le 6 décembre une « livraison minimale de carburant – nécessaire pour éviter un effondrement humanitaire et l’apparition d’épidémies – dans le sud de la bande de Gaza », a annoncé sur X le bureau du Premier ministre. La quantité livrée sera « déterminée au fur et à mesure » en fonction de la situation humanitaire, a-t-il ajouté. L’annonce israélienne intervient deux jours après l’appel de leur principal allié, les États-Unis, à laisser davantage de carburant entrer à Gaza. Selon l’ONU, 1,9 million de personnes, soit environ 85% la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées par les bombardements israéliens. L’ONU a calculé que 30% du territoire tombe désormais sous le coup des ordres d’évacuation quotidiens israéliens, et juge « impossible » de mettre en place des zones sécurisées pour accueillir les civils fuyant les combats.

La ville de Rafah, à la frontière avec l’Egypte, est le seul endroit où de l’aide humanitaire est encore distribuée, en quantité limitée, selon l’ONU. Le 6 décembre, 80 camions transportant des vivres et du carburant y ont accédé, contre 170 par jour en moyenne pendant la trêve en vigueur du 24 au 30 novembre et 500 avant le 7 octobre, a indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) dans son point quotidien. Des Palestiniens ayant fui Khan Younès, à moins de dix kilomètres, y ont monté un camp avec des moyens de fortune – toiles pour des tentes, bâches en plastique, lattes de bois. Des branches ramassées ici et là permettent de faire du feu et de préparer dans des gamelles de la semoule, leur unique nourriture. Des déplacés errent avec leur bidon à la recherche d’eau. « Nous sommes arrivés ici, sans abri, il a plu sur nous cette nuit, il n’y a rien à manger, pas de pain, pas de farine », raconte à l’AFP Ghassan Bakr. « Nous sommes dévastés, mentalement dépassés », se désole Amal Mahdi, qui a survécu à un raid. « Nous avons besoin que quelqu’un nous soutienne, trouve une solution pour nous sortir de cette situation.»

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