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Gaz méditerranéen pour l’UE : Washington écarte l’alternative Chypre, Grèce et Israël

La construction d’un gazoduc en Méditerranée orientale pour fournir à l’Union européenne une alternative au gaz russe prendrait trop de temps et serait trop coûteuse, a estimé jeudi 7 avril, à Nicosie, Victoria Nuland, numéro trois de la diplomatie US. Pour les Eurodéputés, la pression sur Moscou ne doit pas se relâcher, eux qui appellent au boycott et du gaz et du charbon russe.

Ce projet annoncé en 2016 et objet en janvier 2020 d’un accord «historique» entre Israël, Chypre et la Grèce, vise à relier à l’Europe les champs gaziers offshore situés entre l’entité sioniste et Chypre. L’achèvement de ce gigantesque chantier, d’un coût de 6 milliards d’euros, est prévu pour 2025, mais aucun financement n’a pour l’instant été garanti.

Fortement soutenu par l’administration du président américain d’alors, Donald Trump, le gazoduc ne semble plus susciter l’enthousiasme de l’actuelle administration US. «Nous considérons qu’il est trop cher, sans viabilité économique et qu’il prendra trop de temps», a résumé la sous-secrétaire d’Etat des Affaires politiques américaines, V. Nuland, à l’issue d’une rencontre à Nicosie avec le président chypriote, Nicos Anastasiades. «Quand nous songeons aux hydrocarbures, à la fois dans un contexte américain et européen, nous espérons une transition rapide, et franchement, nous n’avons pas dix ans devant nous », a-t-elle affirmé. «Donc ce que nous recherchons (…), ce sont d’autres options pouvant nous donner davantage de gaz, de pétrole avec une période de transition courte», a-t-elle ajouté.

L’intervention militaire en Ukraine le 24 février par la Russie, principal fournisseur en gaz de l’UE, rend cruciale la quête d’alternatives aux hydrocarbures russes, a-t-elle estimé. «Les pays dans cette zone ont compris que dépendre du pétrole et du gaz russes constituait un très mauvais pari», a dit V. Nuland, ajoutant que ces pays souhaitaient également une transition vers une énergie plus verte.

Washington continue néanmoins à soutenir d’autres projets impliquant la Grèce, Chypre et Israël, comme l’EuroAsia Interconnector, a assuré la diplomate US. Ce câble électrique sous-marin de 1.208 kilomètres doit relier Chypre à la Grèce et Israël et permettre à l’île méditerranéenne, membre de l’UE, de sortir de son isolement énergétique, pour un coût total de 2,5 milliards d’euros.

Haro sur les énergies russes !

Ces déclarations de la diplomate US faites depuis Nicosie interviennent alors que le Parlement européen a réclamé dans une résolution adoptée, jeudi, l’imposition d’un embargo « total et immédiat » sur les importations « de pétrole, de charbon de combustible nucléaire et de gaz » russes. La résolution a été votée par 513 eurodéputés (22 voix contre, 19 abstentions). « C’est un moment très important et une étape significative. La position du Parlement est claire et envoie le plus fort des messages de soutien à ceux qui se trouvent sur la ligne de front », a commenté la présidente de l’institution, Roberta Metsola, après le vote de cette résolution non contraignante.

La Commission européenne a proposé mardi aux Vingt-Sept d’accentuer les sanctions en arrêtant les achats de charbon russe, qui représentent 45% du total des importations de charbon de l’UE, et en fermant les ports européens aux bateaux russes.

Les modalités de ce 5e train de sanctions sont actuellement discutées entre les représentants des Etats membres. Le Parlement exige donc d’aller plus loin, mais un embargo éventuel sur le pétrole russe (25% du total des importations européennes de pétrole) et le gaz russe (45% du total) fait l’objet d’âpres discussions entre les États membres, Berlin ayant exprimé publiquement ses réticences. Le sujet doit être discuté lundi lors de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères.

Avec cette résolution, les eurodéputés demandent également « d’intensifier les livraisons d’armes à l’Ukraine », ce que Dmytro Kouleba, ministre ukrainien des Affaires étrangères, a encore réclamé jeudi lors d’un déplacement au siège de l’Otan à Bruxelles. Jusqu’ici, les 27 se sont mis d’accord sur une enveloppe d’un milliard d’euros pour fournir des armements à Kiev. « Cela peut paraître beaucoup, mais un milliard d’euros, c’est ce que nous payons chaque jour à Poutine pour l’énergie qu’il nous fournit », avait souligné mercredi Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.

Le Parlement a aussi invité l’UE à couper l’accès des banques russes au système financier international Swift (7 établissements sont pour l’instant privés d’accès) et à interdire le transport routier et maritime de marchandises vers la Russie. Il a réclamé que « toutes les mesures nécessaires » soient prises pour que « les actes de Vladimir Poutine et d’Alexandre Loukachenko », le président bélarusse, « soient poursuivis comme crimes de guerre et crimes contre l’humanité ».

Les eurodéputés se sont également prononcés pour la création d’un « fonds analogue au plan Marshall » pour reconstruire l’Ukraine après la guerre.

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