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Face à la fébrilité militariste de l’Europe : La main de fer dans un gant de velours de V. Poutine

by Perspectives Med
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Face à la fébrilité militariste de l’Europe : La main de fer dans un gant de velours de V. Poutine

La rencontre cette année est consacrée au thème « Un monde polycentrique : mode d’emploi ». La session réunit 140 experts de 42 pays pour débattre des nouvelles dynamiques des relations internationales et des défis d’un ordre mondial multipolaire. Défiant l’Occident, il a taclé ses responsables en affirmant : « Nous suivons de près la militarisation de l’Europe, et il en va de notre sécurité. »

À partir de 2023, et à la demande des Etats-Unis, les pays membres de l’OTAN vont devoir augmenter leurs dépenses de défense et de sécurité pour parvenir à investir 5% (dont 3,5% uniquement pour la défense) de leur produit intérieur brut (PIB) chaque année. Ce qui équivaut à 1.350 milliards de dollars. 23 pays sur les 27 de l’Union européenne membres de l’Otan sont partants dans cette initiative, à l’exception de l’Autriche, Chypre, l’Irlande et Malte).

« La réponse aux menaces sera, pour le moins, très convaincante. Je dis bien la réponse. Nous n’avons nous-même jamais initié une confrontation militaire », a relevé V. Poutine tout en ajoutant que « chaque puissance a ses limites, et nous assisterons à des confrontations entre pays pour servir leurs intérêts. Nos adversaires ont tout fait pour nous soumettre par des sanctions, mais toutes les tentatives visant à dicter aux autres pays ce qu’ils devraient faire ont échoué. »

Le maitre du Kremlin a qualifié d’« absurdité » les affirmations selon lesquelles la Russie préparerait une attaque contre l’OTAN. Il a dénoncé le « mantra » de certains responsables européens évoquant une guerre imminente avec Moscou, y voyant une tentative de masquer les fractures internes du continent par la création d’un ennemi extérieur.

Pour le président russe, l’échec de l’hégémonie n’est qu’une question de temps : la multipolarité est née directement des tentatives de l’Occident de préserver son emprise sur le monde. Plus personne, a-t-il insisté, n’est prêt à jouer selon des règles dictées « depuis l’autre côté des océans ». L’humanité a eu, selon lui, une réelle opportunité de faire progresser les relations internationales. Mais les pays occidentaux n’ont pas résisté à la tentation d’un pouvoir absolu.

Quête d’équilibre

Le dirigeant russe a par ailleurs accusé l’Europe d’empêcher un règlement de la guerre en Ukraine et de mener « une escalade permanente » du conflit, tout en soulignant que son pays était ouvert à la coopération avec les pays occidentaux.

Mais il a insisté qu’il ne souhaitait pas laisser faire la politique du diktat. « Aucune force au monde ne dictera à chacun ce qu’il doit faire », a-t-il fait valoir. Dans ce contexte, a-t-il noté que « les pays occidentaux tentent d’imposer leur hégémonie absolue, et toute décision unilatérale dans le monde qui ne prendrait pas en compte les intérêts d’autrui est impossible. Nous avons démontré notre efficacité en résistant à des défis sans précédent. »

Selon lui, ceux qui ont poussé l’Ukraine à la confrontation avec la Russie n’en ont cure non seulement des intérêts russes, mais aussi de ceux du peuple ukrainien, qu’ils considéraient comme une simple variable sacrificielle. « La tragédie ukrainienne demeure une douleur partagée par les Ukrainiens comme par les Russes », a-t-il déploré.

Revenant sur les origines du conflit, il a accusé « ceux qui se sont considérés comme vainqueurs » à la fin de la Guerre froide d’avoir voulu imposer « à tous des conceptions unilatérales et subjectives de la sécurité ».

« C’est devenu la véritable cause originelle non seulement du conflit ukrainien, mais aussi de nombreux autres conflits graves » du début du XXIe siècle, a-t-il soutenu, en défendant un « monde multipolaire » face à l’Occident.

Alors que le président américain Donald Trump a tenté, à son retour au pouvoir, de se rapprocher de Moscou pour trouver une issue à la guerre en Ukraine, V. Poutine a eu un ton plus doux à l’égard de Washington. « Nos pays, c’est connu, on a pas mal de divergences. Nos points de vue sur de nombreux problèmes mondiaux ne convergent pas. Pour de grandes puissances, c’est normal », a-t-il affirmé, estimant par ailleurs que l’administration Trump était guidée par « les intérêts de son pays » et avait une « approche rationnelle ». Il a affirmé que la restauration de relations complètes avec Washington faisait partie des intérêts nationaux de la Russie.

V. Poutine a décrit la situation internationale actuelle comme un espace créatif, marqué par une pluralité d’acteurs. Selon lui, jamais la scène mondiale n’avait compté autant d’États désireux d’exercer une influence. Il a souligné que toute décision durable ne peut reposer que sur des accords acceptés par tous, ou du moins par la majorité, faute de quoi elle est inapplicable. Il a par ailleurs reconnu que l’Organisation des Nations unies rencontrait de nombreuses difficultés, tout en affirmant qu’aucune alternative crédible n’existait aujourd’hui. Selon lui, le monde est entré dans une longue phase de recherche d’équilibre, qui se déroule souvent « à tâtons ».

Le président russe a rappelé que l’ONU avait intégré une grande diversité de cultures et de traditions, devenant ainsi multipolaire bien avant que le monde ne le devienne. Il a insisté sur l’importance d’adapter l’organisation aux réalités contemporaines, sans en dénaturer le sens initial.

Il a résumé les défis actuels par une formule ironique, évoquant non pas des Nations « unies », mais des Nations « désunies ».

L’Europe décontenancée

De l’autre côté de la barrière, et face aux multiples incursions de drones de renseignements attribuées à la Russie, les dirigeants européens cherchent à mettre en place un « mur » anti-drones pour se protéger, mais le projet suscite interrogations et débat, rapporte l’AFP.

Au cours des trois derniers mois, la Lituanie, la Lettonie, le Danemark, la Norvège, la Roumanie, la Pologne, l’Estonie, l’Allemagne et la France ont tous vu des drones survoler leur territoire. Alors que les origines de certaines d’entre eux ne sont pas encore avérées, les Européens insistent pour accuser Moscou de vouloir tester leurs limites des capacités de décision, d’action et plus largement de défense.

Selon l’AFP, la réponse de l’Otan à l’incursion d’une vingtaine « de drones russes » en Pologne a mis en évidence les lacunes de l’arsenal de l’alliance face à cette menace. Pour abattre trois de ces drones, l’Alliance a dû mobiliser des missiles coûteux.

Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense, plaide depuis longtemps pour de nouvelles solutions face à cette menace, mais c’est la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui la première a évoqué l’idée d’un « mur de drones » le 10 septembre devant les eurodéputés.

Dans un premier temps, l’idée est de déployer davantage de capteurs, terrestres ou par satellite, le long de la frontière que l’Union européenne partage avec la Russie. L’Ukraine, experte en la matière, a déployé dès le début de la guerre, un système de capteurs acoustiques, a expliqué A. Kubilius. « Je pense que nous aussi pouvons faire cela assez rapidement », a-t-il affirmé à l’AFP.

L’Ukraine participera à l’élaboration de ce mur antidrones en Europe, a confirmé jeudi son président Volodymyr Zelensky. Après près de quatre ans de guerre, Kiev a mis sur pieds une industrie de drones et de systèmes antidrones unique en Europe. Selon un responsable européen, ce déploiement prendra au moins un an, avant la mise en œuvre, plus tard, de capacités d’interception.

D’après les experts, la technologie des drones évolue très rapidement, et les systèmes envisagés aujourd’hui risquent d’être obsolètes d’ici là. « Nous savons également que la technologie évolue si rapidement que nous ne pouvons pas avoir une seule idée et croire que cela résoudra tous nos problèmes », a ainsi reconnu mercredi Mette Frederiksen, Première ministre danoise, dont le pays a été survolé par de mystérieux drones, peu avant un sommet des dirigeants européens à Copenhague.

Il faudra « tirer les leçons » de ce que l’Ukraine a su mettre en place, de façon très pragmatique, a souligné cette semaine la présidence française.

Pas question de construire une nouvelle « ligne Maginot », a averti de son côté le Premier ministre estonien Kristen Michal, cité par un responsable européen. La France avait construit avant la Seconde guerre mondiale une ligne de défense le long de sa frontière avec l’Allemagne qui s’est avérée totalement inutile et a été contournée.

« Je me méfie parfois des termes un peu rapides » comme les « dômes de fer » ou les « murs de drones, les choses sont plus sophistiqués, plus complexes en réalité », a souligné mercredi le président français Emmanuel Macron.

Le « mur » antidrones a été longuement discuté mercredi par les dirigeants des 27 de l’UE, réunis à Copenhague. Et si beaucoup se sont dit favorables à sa mise en œuvre, certains ont exprimé des « réserves ». Selon un responsable européen, l’Allemagne s’est par exemple interrogée sur le coût de cette opération, même si le sujet du financement n’était pas à l’agenda de la réunion mercredi. Kubilius s’est montré rassurant, évoquant une fourchette « de plusieurs milliards d’euros, pas de centaines de milliards ». D’autres pays, loin de la frontière russe, redoutent d’être laissés pour compte, selon un responsable européen. La Commission européenne, là aussi, a cherché à rassurer en promettant une stratégie à « 360 degrés ». « Lorsque nous parlons du mur antidrones, nous parlons de toute l’Europe, pas seulement d’un unique pays », a également assuré jeudi V. Zelensky.

D’autres enfin s’interrogent sur la pertinence de confier à la Commission européenne le pilotage d’un projet de « mur » antidrones, alors que la défense est du ressort des Etats membres. Le sujet doit être à nouveau évoqué lors d’un prochain sommet européen fin octobre.

Réagissant aux accusations des dirigeants européens contre son pays, Vladislav Maslennikov, chef du département des affaires européennes au ministère russe des Affaires étrangères, les a qualifiées « d’hystérie ». « Il est évident que l’hystérie attisée par les membres de l’UE autour de l’intrusion de drones sur son territoire et l’annonce de projets de défense impliquant de grands noms ne poursuivent qu’un seul objectif : justifier auprès de l’opinion publique l’augmentation des dépenses militaires en Europe au détriment des projets socio-économiques et de la baisse du niveau de vie », a-t-il déclaré à Sputnik. Comme il a indiqué qu’il n’y avait aucune clarté concernant la longueur du « mur de drones » proposé et a averti que les ambitions personnelles et les jeux politiques des élites dirigeantes de l’UE conduiraient finalement « non pas à une diminution, mais à une augmentation des tensions militaires et politiques sur notre continent ».

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