Le Maroc dispose d’un atout rarement réuni à cette échelle : un potentiel renouvelable parmi les plus compétitifs au monde et une façade portuaire située au cœur des grandes routes maritimes mondiales. Dans un rapport publié en 2025, la Banque mondiale analyse comment cette combinaison peut placer les ports marocains au cœur de l’économie émergente de l’hydrogène vert, en particulier pour la décarbonation du transport maritime international.
L’étude s’inscrit dans un contexte de durcissement accéléré des règles climatiques. L’Organisation maritime internationale vise la neutralité carbone du shipping mondial à l’horizon 2050, tandis que l’Union européenne impose déjà des contraintes croissantes via son système d’échange de quotas d’émission. Dans ce cadre, les carburants dérivés de l’hydrogène vert – principalement l’ammoniac et le méthanol – s’imposent comme les principales alternatives aux fiouls fossiles. La Banque mondiale estime que le Maroc figure parmi les pays capables de produire ces carburants à des coûts inférieurs à ceux de nombreux concurrents, grâce à la qualité de ses ressources solaires et éoliennes.
Le rapport se concentre sur quatre ports : Tanger Med sur la Méditerranée, et Mohammedia, Jorf Lasfar et la zone de Tan-Tan sur l’Atlantique. Leur rôle ne se limite pas au ravitaillement des navires. Selon la Banque mondiale, les ports marocains peuvent remplir une triple fonction : plateformes de soutage pour le transport maritime, pôles d’approvisionnement pour l’industrie nationale et portes d’exportation vers l’Europe. À l’horizon 2050, la demande liée aux navires faisant escale dans les ports marocains pourrait atteindre près de 2,8 millions de tonnes d’équivalent hydrogène, avec une concentration très marquée à Tanger Med, déjà premier hub de soutage du pays.
L’analyse met en évidence la complémentarité des sites. Tan-Tan se distingue par les coûts de production d’hydrogène vert les plus bas, inférieurs de 25 à 38 % à ceux observés près des autres ports. Mohammedia bénéficie d’un avantage rare: la proximité de cavités salines susceptibles d’accueillir un stockage massif et peu coûteux d’hydrogène. Jorf Lasfar, déjà structuré autour des activités de l’OCP, apparaît comme un point d’ancrage naturel pour la demande industrielle, notamment pour l’ammoniac destiné aux engrais. Tanger Med, enfin, concentre l’essentiel du trafic maritime et des volumes potentiels de soutage.
À partir de ces constats, la Banque mondiale propose un scénario intégré dans lequel la production serait concentrée dans le sud, le stockage mutualisé à Mohammedia, et la distribution assurée vers Tanger Med et Jorf Lasfar, avec une capacité d’exportation vers les grands ports européens. Ce schéma permettrait de réduire les coûts globaux tout en sécurisant les débouchés.
Le rapport souligne toutefois que la compétitivité économique reste conditionnée à l’action publique. Aujourd’hui, les carburants verts demeurent environ trois fois plus chers que les combustibles fossiles. La Banque mondiale insiste sur la nécessité de cadres réglementaires clairs, d’infrastructures communes – pipelines, stockage, dessalement – et de mécanismes financiers capables de combler l’écart de coût initial. À ce prix, les ports marocains pourraient devenir l’un des pivots méditerranéens de la transition énergétique maritime, au service à la fois de l’économie nationale et des marchés internationaux, selon la Banque mondiale.
