Le mot d’ordre de la coalition d’associations réunies autour du cri de ralliement « No Kings » (« Pas de rois »), qui a déjà fait descendre dans la rue des millions de personnes à trois reprises depuis juin 2025, diffère cette fois. Il ne s’agit pas de former des cortèges massifs mais d’organiser à travers le pays une multitude d’événements aux formats variés — marches vers des bureaux de vote, concerts de klaxons, fêtes de quartier… — pour une « journée de mobilisation électorale non partisane », résume le collectif.
À l’approche d’élections législatives cruciales, programmées le 3 novembre et mal engagées pour le camp républicain de Donald Trump, l’enjeu est de « transformer le pouvoir du peuple en pouvoir électoral » et de « veiller à ce que chaque électeur connaisse les modalités de vote qui s’offrent à lui et ait la possibilité de faire entendre sa voix », poursuit-il.
Plus de 3.000 événements sont annoncés à travers les États-Unis. Comme autant de « milliers de célébrations joyeuses de notre droit de vote » où « nous partagerons des informations sur nos droits électoraux et nous organiserons ensemble pour voter de manière anticipée », explique Deirdre Schifeling, une des responsables de l’influente association de défense des droits civiques ACLU.
Aux États-Unis, les États permettent, avec des modalités, dates et conditions variables, le vote anticipé avant la date formelle des élections. Pour la coalition anti-Trump, profiter de cette fenêtre élargie participe à fluidifier le processus électoral, qu’il s’agisse d’un détail administratif à régler, d’éviter les longues files d’attente du jour J ou de s’épargner un empêchement de dernière minute. « Ce samedi sera une célébration de notre force collective. Marchez ensemble jusqu’aux urnes. Organisez des trajets communs. Venez accompagnés de vos voisins, vos amis, votre famille », appelle Alma Couverthie, de l’organisation Common Cause, en décrivant le vote comme « un acte de pouvoir, un acte d’engagement et un acte de joie ».
« Le meilleur moyen d’empêcher toute manœuvre douteuse de la part de ce gouvernement (Trump) après le jour de l’élection est de veiller à ce que notre participation soit massive, si claire et écrasante que notre victoire pour la démocratie soit impossible à remettre en cause », plaide-t-elle. C’est la quatrième journée de mobilisation organisée en moins d’un an et demi par la coalition « No Kings », qui s’est affirmée comme le mouvement de contestation le plus important depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche début 2025.
Foules croissantes
Ses trois premiers appels à manifester avaient réuni des foules croissantes à travers le pays — et même à l’étranger — les plaçant parmi les plus massives de l’histoire du pays. Coupes drastiques dans l’administration publique, offensive anti-immigration et méthodes brutales d’ICE, la police chargée de l’appliquer, opérations militaires décidées par D. Trump… Les organisateurs ont successivement revendiqué des cortèges de plus de cinq millions de personnes en juin 2025, sept millions en octobre dernier, et huit millions en mars, pour protester contre les politiques du président républicain. Pour transformer l’essai en faisant fructifier la mobilisation populaire jusque dans les urnes, priorité samedi aux initiatives locales.
Rien qu’à Washington, on prévoit, entre autres, un événement avec parapluies recouverts de messages encourageant à voter, un autre devant le Lincoln Memorial, monument emblématique de la capitale américaine, et un défilé depuis une université de la ville jusqu’au pied de la Cour suprême. À Philadelphie, des rassemblements devant plusieurs bureaux de vote s’organisent. À Chicago, on propose des ateliers créatifs à partager en famille ; à New York, un après-midi de « poésie, musique et art » ; dans un quartier de Los Angeles, un festival de musique. À Atlanta, on pourra se former au rôle d’observateur électoral, afin de veiller au bon déroulement des opérations de vote.
Menaces trumpiennes
Le locataire de la Maison Blanche a déclaré qu’il pourrait encore engager des poursuites pénales contre l’ancien président Clinton, l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et l’ancien président Barack Obama, affirmant détenir « de nombreuses informations » à leur sujet. Dans une interview accordée jeudi à Newsmax, D. Trump a déclaré qu’il aurait pu s’en prendre aux Clinton et à B. Obama par le passé, mais qu’il avait choisi de ne pas le faire, a rapporté le site d’information américain The Hill.
« J’aurais pu obtenir des informations compromettantes sur Hillary Clinton, j’aurais pu obtenir des informations compromettantes sur Bill Clinton, j’apprécie Bill Clinton », a poursuivi le président américain. « J’aurais pu obtenir des informations compromettantes sur Barack Hussein Obama, je le pourrais encore. Je pourrais obtenir des informations très compromettantes si je le voulais. J’ai refusé de m’en prendre à Hillary Clinton.» D. Trump n’a pas fourni plus de détails sur ses affirmations indiquant qu’il pourrait « les poursuivre pénalement » ou « détruire leur réputation ».
Interrogé sur la possibilité de s’en prendre aux anciens responsables gouvernementaux, le chef de l’Etat a laissé entendre qu’il ne le ferait probablement pas, mais il a évoqué l’éventualité d’une troisième procédure de destitution. « Je suppose que non, probablement pas, mais je pense que s’ils me destituent à nouveau… », a-t-il déclaré avant de changer de sujet.
Selon The Hill, le président et son administration ont été critiqués pour les enquêtes et poursuites pénales engagées contre les opposants politiques présumés de Trump. Le ministère de la Justice a engagé des poursuites contre la procureure générale de New York, Letitia James, qui avait remporté un procès civil contre Trump alors qu’il n’occupait pas la Maison-Blanche. L’ancien directeur du FBI, James Comey, a été inculpé à deux reprises, une première fois l’année dernière et une seconde fois en 2026. La première inculpation de J. Comey a été rejetée après qu’un juge a statué que le procureur avait été nommé illégalement. Le ministère de la Justice a également engagé des poursuites contre six élus démocrates qui avaient filmé une vidéo enjoignant des militaires à ne pas obéir à des ordres illégaux, mais un grand jury a refusé de les inculper.
L’administration Trump a enquêté sur d’autres personnes, notamment le sénateur Adam Schiff (démocrate de Californie), l’ancien président de la Réserve fédérale Jerome Powell et la membre du conseil des gouverneurs Lisa Cook, que Trump a tenté de limoger avant que la Cour suprême ne l’en empêche. Elle a réussi à poursuivre l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, qui a plaidé coupable en juin d’accusations de détention illégale de documents sensibles.

