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Ecoutes généralisées : Amnesty épingle la DGST

by Perspectives Med
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Ecoutes généralisées : Amnesty épingle la DGST

Dévoilé jeudi 1er octobre, le rapport de l’organisation désigne la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) comme « l’entité responsable du déploiement du logiciel espion Pegasus au Maroc ». Les autorités marocaines ont à plusieurs reprises nié avoir utilisé des logiciels espions contre des citoyens.

Intitulé « Nous commençons par le verdict : au coeur de la machine de surveillance du Maroc », le rapport s’appuie sur le témoignage d’un ancien employé présumé de la DGST, identifié sous le pseudonyme de Safir (la même source citée par des médias européens il y a quelques mois), ainsi que sur des analyses médico-légales numériques, des documents ayant fuité et des entretiens avec dix personnes présentées comme des cibles de surveillance. L’ONG affirme avoir corroboré des éléments clés de son témoignage grâce à des sources indépendantes et à des preuves techniques.

« Notre rapport offre le tableau le plus détaillé à ce jour des outils déployés par les autorités marocaines, tels que des logiciels espions de pointe, des systèmes d’écoute audio et des traceurs destinés à espionner des journalistes, des défenseurs des droits humains et d’autres personnes », relève Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty.

Selon le récit de l’ONG, les personnes visées étaient « filmées et enregistrées secrètement, en détention, dans leurs bureaux et leurs voitures, dans des cafés, et même jusque dans leurs chambres ». L’organisation affirme également, sur la foi des confidences de Safir que « des boutiques de téléphonie ont été mises à contribution pour vendre des téléphones portables préinfectés par des logiciels espions par des agents de la DGST » et que des voisins ont été recrutés comme informateurs.

Amnesty indique que ses recherches forensiques ont permis d’identifier plusieurs méthodes d’infection des appareils, notamment des liens malveillants, des attaques ne nécessitant aucune action de la cible et des « attaques par injection réseau ». « Nous avons infecté tellement de cybercafés avec des logiciels espions à commande à distance (RCS). Les agents de terrain nous indiquent quel cybercafé fréquente la cible, et nous avions une visibilité sur ce qu’elle faisait parce que nous avions auparavant infecté toutes les machines qui s’y trouvaient », a confié le dénommé Safir.

Concernant le journaliste Omar Radi, Amnesty cite l’allégation de Safir selon laquelle des microphones auraient été « implantés dans les luminaires de son appartement ». Le rapport affirme également que le militant Fouad Abdelmoumni a été « filmé clandestinement chez lui avec sa fiancée, puis la vidéo diffusée sur WhatsApp » en 2021. Selon Amnesty, Safir a décrit cette affaire comme un « cas d’école » d’opération de surveillance menée par la DGST.

« Les outils qu’ils utilisent sont très variés, mais l’objectif est clair : faire chanter, discréditer, humilier et, si nécessaire, faire injustement emprisonner celles et ceux qui s’expriment pour défendre les droits humains au Maroc », a déclaré Rebecca White, chercheuse au Security Lab d’Amnesty.

Amnesty affirme avoir relié 103 numéros de téléphone marocains à des personnes « sélectionnées comme cibles potentielles de Pegasus », dont 65 figures de la société civile. Le fait de figurer sur cette liste ne prouve pas qu’un téléphone ait été infecté. L’organisation indique également que des documents internes de NSO Group montrent que des employés de l’entreprise « ont mené des formations et effectué des tests démontrant de nouvelles capacités de leur logiciel espion au bénéfice des autorités marocaines ». Plus, ajoute l’ONG, les autorités marocaines n’ont pas répondu avant la publication du rapport. Memento Labs a indiqué ne disposer d’aucun contrat actif avec une quelconque agence marocaine, tandis que Verint a déclaré avoir cédé l’activité concernée en février 2021. Amnesty précise que les autres entreprises n’ont pas répondu.

L’organisation affirme que l’enquête a mobilisé 14 médias coordonnés par Forbidden Stories. Elle appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les abus présumés et à la suspension des exportations vers le Maroc de technologies de surveillance intrusives jusqu’à la mise en place de garanties efficaces en matière de droits humains.

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