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Drame ferroviaire en Grèce : La privatisation du rail mise à l’index

Le trafic ferroviaire a été paralysé par une grève jeudi en Grèce où les manifestations de colère se multiplient deux jours après la collision frontale meurtrière entre deux trains, malgré le mea culpa du gouvernement qui a reconnu des défaillances « chroniques » dans les chemins de fer.
Drame ferroviaire en Grèce

Des heurts ont opposé, vendredi soir, les forces anti-émeutes et un petit groupe de manifestants dans le centre d’Athènes en marge d’une manifestation à la mémoire des 57 personnes tuées mardi 28 février dans la collision frontale de deux trains. Les forces anti-émeutes ont lancé des gaz lacrymogènes vers un groupe de manifestants qui ont lancé des pierres contre des policiers lors d’un rassemblement sur la place Syntagma, où se trouve le Parlement, rapporte l’AFP.

« Ce n’est pas une erreur, mais un crime ». La Une du Journal des rédacteurs de jeudi résumait à elle seule le choc et surtout la fureur qui prévalent en Grèce deux jours après la collision mortelle qui a fait 57 morts. Les deux trains – l’un de marchandises, l’autre de passagers – ont en effet circulé plusieurs kilomètres sur la même voie reliant Athènes à Thessalonique, les deux plus grandes villes grecques, avant de se heurter de plein fouet mardi peu avant minuit. 

Après un premier rassemblement houleux la veille, des centaines de personnes ont ainsi protesté ce soir devant le siège à Athènes d’Hellenic Train, une entreprise achetée en 2017 par le groupe public italien Ferrovie Dello Stato Italiane dans le cadre du programme de privatisations exigé par les créanciers de la Grèce pendant la crise économique (2009-2018).

Des habitants de Larissa, ville près de laquelle s’est produite la catastrophe, ont aussi manifesté, portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « La privatisation tue. » Quelque 2 000 manifestants se sont également rassemblés à Thessalonique. La manifestation a donné lieu à des jets de pierre et de cocktails Molotov. « Le calme est désormais revenu », a néanmoins précisé dans la soirée un porte-parole de la police.

Ces différents rassemblements se sont tenus alors que la journée a été marquée par une grève des cheminots pour dénoncer « le manque de respect dont ont fait preuve les gouvernements au fil du temps envers les chemins de fer grecs, ce qui a conduit » à cette catastrophe. Aucun train n’a circulé. Le mouvement a été reconduit pour la journée de vendredi. « Malheureusement, nos demandes constantes de recrutement de personnel permanent, de meilleure formation, mais surtout d’adoption des technologies de sécurité modernes ont toutes été définitivement jetées à la poubelle », ont déploré les syndicats. Kostas Genidounias, président du syndicat des conducteurs de train OSE, a mis en exergue le manque de sécurité sur la ligne où est survenue la collision. « Toute la signalisation est faite manuellement. C’est depuis l’an 2000 que les systèmes ne fonctionnent pas », s’est-il emporté.

Les représentants syndicaux de la compagnie des chemins de fer Hellenic Train avaient à cet égard tiré la sonnette d’alarme il y a trois semaines. « Nous n’allons pas attendre l’accident qui arrivera pour voir les responsables verser des larmes de crocodile », avaient-ils mis en garde.

« Les retards pris dans la modernisation des chemins de fer trouvent leur origine dans les pathologies chroniques du secteur public grec, dans des décennies de faiblesse », a admis jeudi le porte-parole du gouvernement, Yannis Oikonomou. Le nouveau ministre des Transports, Giorgos Gerapetritis, a quant à lui présenté ses excuses aux familles des victimes, tout en faisant « une autocritique complète du système politique et de l’État ». L’ancien ministre, Kostas Karamanlis, avait donné sa démission la veille. « Jusqu’à 2010, il y avait une certaine modernisation de la signalisation du réseau ferroviaire, mais pendant la crise financière, les systèmes de sécurité ont commencé à s’effondrer », a rappelé Panagiotis Terezakis, un conseiller de l’administration des chemins de fer grecs. « La mise à niveau des systèmes a repris au moment de la privatisation », a déclaré ce responsable.

Quant au chef de gare, âgé de 59 ans, poursuivi pour « homicides par négligence » et pour avoir provoqué des « blessures corporelles », il risque la prison à vie si sa culpabilité est établie. Le porte-parole du gouvernement a assuré jeudi que « l’erreur » avait « été avouée par le chef de gare lui-même » et son avocat a confirmé qu’il « reconnaissait ce qu’il avait fait ».

Mais à la Fédération européenne des travailleurs des transports, Cristina Tilling, membre de son conseil d’administration, trouve que c’est injuste de pointer seul le chef de gare dans cet accident.

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