Dans le sillage des appels royaux, F-Z El Mansouri est revenue sur la gouvernance territoriale et la régionalisation avancée, chantier qu’elle entend concrétiser dans l’objectif de réaliser un progrès significatif dans la gestion régionale, en poursuivant la mise en œuvre de la loi organique sur les régions. Cela inclut une redéfinition des compétences régionales basée sur l’efficacité, la modernisation des mécanismes de mise en œuvre des projets, le renforcement des ressources financières régionales et leur autonomie, avec un transfert financier annuel de 12 milliards de dirhams dès 2027. Mais la cheffe d’orchestre n’a pas achevé la partition en prenant en charge l’offre d’autonomie large promue par le pays pour dégager une issue à la tension autour du dossier saharien. Le fil d’Ariane a ainsi été perdu dans le brouillamini de la déclaration d’investiture alors qu’un gouvernement fort et responsable ne saurait s’accommoder des à-peu-près conventionnels.
En matière d’intégrité publique, celle qui se plait à rappeler qu’elle est « la fille des Salihine » a souligné l’importance d’achever le cadre national de l’intégrité via l’article 36 de la Constitution, criminaliser l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts. Ces actions incluent le renforcement obligatoire de la déclaration de patrimoine et la criminalisation des divulgations à des fins privées. Une réforme structurelle sera lancée pour réguler les marchés, combattre les monopoles, et réexaminer les marchés publics, en collaboration avec le Conseil de la concurrence. F.Z. El Mansouri qui a rappelé son engagement dans ce cadre n’a pas manqué de rappeler la nécessité de démanteler le meccano des rentes. Dès lors, la commande publique deviendra un levier de production en imposant aux adjudicataires de consacrer 30 % de la valeur des marchés à des PME marocaines, a-t-elle rappelé.
Pour contrer la hausse du coût de la vie et consolider l’État social, une stratégie vise à ramener les prix alimentaires à des niveaux raisonnables. Elle comprend des plans d’approvisionnement en produits stratégiques, la réforme des circuits de distribution de viande et de poisson, et la connexion directe entre producteurs et consommateurs par la création de sociétés régionales et de plateformes de commercialisation mutualisées. Que n’a-t-on pas entendu en la matière sans le moindre effet !
Dans le programme social projeté, l’Exécutif prévoit une allocation automatique couvrant jusqu’à 100 dirhams de la facture mensuelle d’électricité pour les ménages éligibles, sans démarches administratives. Une réforme progressive de l’impôt sur le revenu est également envisagée pour augmenter les salaires et encourager l’emploi déclaré. Le gouvernement s’engage à accélérer la couverture sanitaire universelle et doubler l’aide sociale directe de 500 à 1 000 dirhams d’ici la fin du mandat, tout en élargissant l’accès aux allocations chômage.
En ce qui concerne les retraites, une réforme structurelle complète, discutée dans le cadre du dialogue social, vise à assurer la viabilité financière et à étendre la protection aux catégories sans pension. Cela inclut une augmentation progressive de la pension minimale à 3 000 dirhams dans tous les régimes et le versement aux veuves de la totalité de la pension du conjoint décédé, tout en préservant les droits des orphelins et ayants droit.
Dans l’éducation et la formation, l’accent est mis sur une transformation en profondeur pour dépasser la simple généralisation de l’accès et préparer des générations compétentes et innovantes. Le plan vise à ce que 80 % des élèves maîtrisent les apprentissages fondamentaux d’ici 2031 grâce à la généralisation des «écoles pionnières», un référentiel national contraignant et un soutien scolaire développé. L’objectif est aussi de réduire le décrochage scolaire à zéro d’ici 2030.
En matière de logement et d’aménagement du territoire, l’Exécutif prévoit la création d’une offre nationale de logements locatifs, une réorientation vers des habitats adaptés, la réduction de leur coût, l’amélioration de la qualité des quartiers et la diminution des disparités territoriales. L’élimination de l’habitat insalubre est aussi prioritaire, avec un programme spécial pour le logement rural visant 100 000 logements durant le mandat, appuyé par une aide directe de 40 000 dirhams pour les ménages éligibles et un soutien technique gratuit. Une nouvelle loi sur l’aménagement rural simplifiera les procédures de construction et régularisera les bâtiments conformes aux normes de sécurité. Voilà qui donne à réfléchir à l’heure où dans ce lourd déficit, la responsabilité de F-Z. El Mansouri est engagée es qualité de ministre en charge du dossier dans le précédent gouvernement Aziz Akhannouch.
F-Z. El Mansouri est revenue, enfin, sur les 2,9 millions de jeunes sans emploi ni formation et le chômage des jeunes excédant 29 %. Dès 2027, un programme national d’autonomisation sociale formera 100 000 jeunes annuellement et offrira à 100 000 autres une première expérience professionnelle. Les capacités de formation atteindront entre 150 000 et 200 000 bénéficiaires par an, accompagnant 60 000 entreprises pour faciliter leur accès au financement et aux marchés. Un pass de mobilité professionnelle sera instauré pour soutenir les travailleurs éloignés de leur domicile, grâce à des logements locatifs à prix accessibles. Une impression de déjà vu marque déjà les esprits…
En tout cas, on ne saurait que partager le sentiment mitigé autour de la sortie de F-Z. El Mansouri. Car face à autant d’engagements socio-économiques, les moyens budgétaires à mobiliser en face de chacun des chantiers à reprendre et/ou à entreprendre, n’ont pas été égrenés. Ce qui rend flou un discours d’investiture qui a tenu en haleine, près d’une heure durant, l’opinion publique. Celle-là même qui, dans sa grande majorité, n’arrive même pas à joindre les deux bouts pour survivre au coût de la vie… Voilà pourquoi le grand oral de la cheffe du gouvernement est devenu petit aux yeux de ceux qui attendaient plus d’un gouvernement critiqué déjà pour ses composantes pléthoriques et mal-agencées. Attendons pour voir !
A signaler par ailleurs que dans le sillage du limogeage de la ministre istiqlalienne, le nouvel Exécutif qui peine encore à prendre ses marques essuie toujours les tirs décochés contre certains de ses membres. Ainsi, on signale qu’une source proche de Fatima Saadi, ministre déléguée chargée du Logement et de la Politique de la ville, a démenti les informations relayées par certaines plateformes de réseaux sociaux et certains médias faisant état d’un jugement rendu à son encontre dans le cadre d’une affaire remontant à une dizaine d’années. Elle a affirmé que les informations diffusées à ce sujet sont « totalement infondées ». La même source a précisé que les informations faisant état de poursuites judiciaires contre Saadi ou d’une condamnation pour « appropriation du bien d’autrui » ne reposent sur aucun fondement. Elle estime que ces allégations reposent sur une déformation des faits liés à un ancien dossier et sur leur présentation hors de leur contexte réel.
La même source a révélé que l’affaire remonte à la période durant laquelle F. Saadi présidait le conseil communal de la ville d’Al Hoceima, assurant que les faits concernés étaient liés à des opérations de libération du domaine public et à l’application des dispositions légales en vigueur, dans le cadre de l’exercice de ses fonctions et de ses responsabilités communales à l’époque. Dès lors, assure-t-on, la ministre en question n’a fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire dans cette affaire, un jugement définitif prononçant son acquittement des faits qui lui étaient reprochés faisant foi. Et cerise sur le gâteau, les frais de justice étant à la charge de la partie plaignante !

