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Bouillonnement social au Maroc : Sortir de la quadrature du cercle

by Perspectives Med
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Bouillonnement social au Maroc : Sortir de la quadrature du cercle

Ceux qui tablent sur l’essoufflement des mobilisations des jeunes à travers les provinces du pays ont tout faux. Ni la gestion sécuritaire ponctuée d’interventions musclées des forces de l’ordre et d’arrestations, ni les appels au calme lancés par des instances partisanes au motif que le message a été reçu « cinq sur cinq », ne semblent avoir entamé en rien la détermination des jeunes à faire bouger les lignes. Si le gouvernement actuel s’est empressé, après une période de flottement, à clamer son ouverture au dialogue avec les contestataires, cela ne semble pas avoir suffi : les manifestants exigent le départ du chef de l’Exécutif et la fin de l’attelage à trois. Et s’en tiennent au cahier revendicatif adressé à qui de droit pour décider de la marche à suivre. La pause pourrait s’apparenter donc à la prise de suffisamment d’élan pour mieux sauter… Ce n’est pas pour rien que la GENZ212 s’accroche à la démission du gouvernement, la reddition des comptes et la lutte contre la corruption, la réforme en profondeur des secteurs de la santé et de l’éducation, piliers vermoulus d’un Etat social, et la relaxe de tous les détenus des récentes vagues de contestation… On prête à ce mouvement d’avoir franchi, à titre préventif, un autre stade dans sa contestation en appelant au boycott d’une liste de produits et services assurés par des entreprises liées au puissant groupe Aqua.

Tout cela confirme si besoin est de l’incapacité des décideurs gouvernementaux à répondre à la demande pressante d’une génération en colère. La parade de plusieurs responsables, assurée sur les plateaux des chaines publiques, est tout sauf convaincante. La GENZ 212 a sonné le glas et le réveil des responsables qui péroraient sur les succès socio-économiques cumulés au fils des années du mandat gouvernemental est dur ! La main tendue par l’Exécutif, groggy au point de vois ses ténors se défausser les uns sur les autres, est snobée par les jeunes. Un pis-aller ? Nul ne pourrait apporter une quelconque réponse aussi convaincante que décisive. C’est la raison pour laquelle les yeux restent braqués sur l’enceinte parlementaire où, vendredi, une adresse royale devrait nécessairement défricher le terrain de la contestation. Car l’affaire est grave pour le Royaume qui se trouve à un point de bascule. Les promesses avancées par les divers ministres qui se relaient auprès des médias publics ne sauraient endormir davantage une jeunesse capable de chiffrer la richesse nationale, de dessiner la courbe de la croissance et de lire en creux l’appauvrissement induit par l’inflation faussement maitrisée… le modèle suivi, aussi bien en matière socio-économique qu’en terme de gouvernance aura donc atteint ses limites. D’où l’exigence latente d’une nécessaire redistribution équitable des biens.

Si Nizar Barak, patron istiqlalien, et Fatima Zahra Mansouri, co-leader du PAM, ont choisi de s’afficher en assumant les insuccès placardés par la GENZ, Aziz Akhannouch a choisi, lui, de s’emmurer dans le silence. Une position altière qui rebute les jeunes et les pousse à exiger plus. Et ce ne sont pas les promesses égrenées par un Mustapha Baitas, qui au nom du RNI a été propulsé porte-parole de l’Exécutif, qui changeront en quoi que ce soit les choses. En alignant les dizaines de milliards dévolus aux secteurs prioritaires tout en reconnaissant l’incapacité de ces allocations à générer l’effet immédiat, il s’est enfermé dans le piège de l’inconsistance. Même s’il a tenté de se rattraper en assurant quant au coup d’accélérateur attendu instamment avec la ré-allocation de quelques milliards de plus…

Démonétisé, l’Exécutif qui symbolise le pouvoir, est la proie d’une stigmatisation qui ira crescendo. Jamais les rapports incestueux entre politique et argent n’ont pris aussi fortement sur une opinion nationale qui, la main sur le cœur, croit encore en une sortie de l’ornière actuelle par le haut. Les défis sont incommensurables, cela va de soi. Mais il faut bien démarrer quelque part pour faire avancer le Shmilblick. Attendons pour voir…

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