Dans la capitale, la grève générale s’est installée avec un mot d’ordre suivi plus ou moins largement selon les secteurs. Du côté du transport public, tout est à l’arrêt à Dakar. Au siège de la compagnie nationale « Dakar demm Dikk », les bus sont restés au dépôt et aucun chauffeur ne roule. À l’hôpital public Abass Ndao, au cœur de la capitale et très fréquenté, seul le service minimum des urgences est garanti, et toutes les opérations ont été reprogrammées.
Depuis le début de semaine, le gouvernement multiplie les offensives pour faire lever la grève, qui est jugée « illicite » et, partant, exposant les travailleurs à des retenues sur salaire. Les syndicats ont aussi été appelés à faire preuve de patriotisme à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse organisés à Dakar dans dix jours.
Mardi 20 octobre, le gouverneur de Dakar a aussi annoncé la réquisition de centaines d’agents de la Société nationale d’électricité (Senelec), aussi concernée par l’appel à la grève. Cette mesure est prévue par la loi, mais le syndicat de la société estime qu’elle est abusive, car elle cible des postes non essentiels. « C’est une réquisition abusive qui porte sur la moitié du personnel pour briser l’élan de grève », a noté Mohamed Abib Aidara, secrétaire général du syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec). A Dakar Dem Dikk, société nationale de transport, en plus de la réquisition, la direction a eu recours à l’armée pour assurer les dessertes urbaines et interurbaines qu’effectuent au quotidien la société.
Les syndicats dénoncent des pressions et des tentatives d’intimidation et appellent à maintenir le mot d’ordre ces prochaines heures. Les travailleurs réclament le versement de leur indemnité logement, la révision du nouveau Code du travail et des mesures contre la cherté de vie.
Parmi les principales revendications syndicales figurent le relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans, la baisse des prix des denrées de première nécessité, de l’eau, de l’électricité et des hydrocarbures, la réintégration sans condition des travailleurs licenciés, l’amélioration de la gouvernance de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal et de la Caisse de sécurité sociale.
Le Front syndical a réaffirmé mardi sa détermination pour ce mouvement d’humeur à travers lequel il entend mettre l’État devant ses responsabilités afin de s’assumer pleinement. « Nous ne reculerons pas. Le mot d’ordre de 72 heures de grève va s’opérer. Nous n’avons jamais refusé le dialogue. Nous avons tendu la main au gouvernement du Sénégal et sommes ainsi à l’écoute. La balle est dans leur camp », a indiqué Mody Guiro, secrétaire général de la confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) et président du FSDT. Ce dernier s’est félicité pour sa part de la mobilisation de ses membres et les a incités à maintenir le cap.
Le climat social est tendu depuis quelques années. Une accalmie précaire est intervenue suite à la signature, le 1er mai 2025, du pacte national de stabilité sociale entre 24 centrales syndicales, 4 organisations patronales et le gouvernement. Cet accord fixait un plan d’action sur 10 axes pour renforcer le dialogue social, l’emploi, la protection sociale et la réforme de l’administration. C’est le retard dans l’exécution qui est principalement à l’origine de la grève générale portée par 13 centrales syndicales sur 24 signataires.

