Réunis à Bogota à l’occasion du sommet de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) ce 21 mars, les dirigeants de la région ont entendu Luiz Inácio Lula da Silva tenir un discours sur la souveraineté. Le président brésilien a dénoncé une attitude qu’il juge inacceptable, affirmant qu’« il n’est pas possible que quelqu’un pense être propriétaire d’autres pays ». Évoquant la situation de Cuba et du Venezuela, il a demandé si de telles pratiques pouvaient réellement être qualifiées de démocratiques.
À travers cette prise de parole, Lula a voulu rappeler une idée centrale : l’Amérique latine ne peut pas redevenir un territoire soumis aux intérêts d’une puissance étrangère. Il a dénoncé le retour d’une approche coloniale à l’égard des pays en développement, en rappelant que la région a déjà été dépouillée de ses richesses, qu’il s’agisse de l’or, de l’argent, des diamants ou des minerais. Selon lui, après avoir pris les ressources du passé, les mêmes ambitions se tournent désormais vers les minerais critiques et les terres rares. Son avertissement est sans ambiguïté : « Ils veulent nous coloniser à nouveau. »
Le discours du président brésilien s’inscrit dans un contexte de fortes tensions régionales. Lula a dénoncé la politique menée contre Cuba, alors que l’île traverse une crise énergétique majeure, aggravée par le blocus pétrolier. Une nouvelle panne électrique nationale a d’ailleurs touché le pays ce 22 mars, privant plus de dix millions de personnes d’électricité sur fond de pénuries. Le Venezuela est lui aussi au cœur de cette séquence. La référence à l’enlèvement de Nicolás Maduro le 3 janvier illustre, dans la lecture défendue par Brasilia, une montée de la pression contre Caracas. Pour Lula, ces actions dépassent le simple cadre diplomatique. Elles traduisent une volonté plus large de peser sur l’avenir politique et économique de l’ensemble de la région.
Le président brésilien replace cette situation dans une perspective historique plus large. En évoquant la doctrine Monroe de 1823, il renvoie à une vision longtemps dénoncée en Amérique latine, selon laquelle le continent serait une zone d’influence réservée à Washington. Son message est clair : les États de la région ne doivent tolérer ni atteinte à leur intégrité territoriale ni emprise extérieure sur leurs ressources stratégiques.
Cette prise de position a trouvé un écho immédiat en Colombie. Le président Gustavo Petro a lui aussi défendu l’idée que l’’Amérique latine n’est pas une « terre à conquérir » et qu’aucune logique impériale ne peut être imposée durablement à la région. Dans le prolongement de cette ligne, Lula dénonce une nouvelle phase d’ingérence visant des pays déjà marqués par une longue histoire de domination extérieure. Le chef de l’État brésilien a enfin élargi sa critique à l’ordre international, qu’il juge incapable d’empêcher les guerres et de garantir réellement la souveraineté des nations. Mais sur le plan régional, son message reste simple et lisible : face aux pressions politiques, économiques et stratégiques, l’Amérique latine veut s’affirmer comme un bloc souverain, et non comme un espace à reprendre en main.
Pour rappel, des enquêteurs cherchent à établir si G. Petro a eu des contacts avec des narcotrafiquants, et si son équipe de campagne présidentielle de 2022 a sollicité des financements auprès d’eux. Face à ces accusations, le président colombien a répondu sèchement sur les réseaux sociaux : il nie tout contact avec le monde du narcotrafic en précisant n’avoir jamais été accusé de quoi que ce soit dans son pays. « De toute ma vie, je n’ai jamais parlé avec un trafiquant de drogue », a réagi sur son compte X Gustavo Petro. « J’ai toujours dit à mes directeurs de campagne de n’accepter aucune donation provenant de banquiers, ni de narcotrafiquants », a-t-il dit, ajoutant qu’une enquête approfondie sur sa campagne présidentielle n’avait pas « révélé le moindre centime issu du trafic de drogue ».
Selon lui, ces enquêtes viennent « de la droite colombienne, de leurs amis qu’il a extradés, et de leurs amis du département d’État américain ». Pour Gustavo Petro, il ne s’agit pas d’une manœuvre de Donald Trump. Selon le New York Times, les enquêtes en sont à leurs débuts et rien n’indique pour l’instant qu’elles aboutiront à des inculpations. Ces enquêtes arrivent à un moment délicat où la Colombie est au milieu d’un processus électoral pour choisir un nouveau président en mai prochain. Certains craignent l’instrumentalisation des faits pour tenter d’influencer le résultat du scrutin.
L’ambassade de Colombie aux USA a exhorté dans un communiqué à prendre « avec prudence » ces informations au sujet du président Petro, soulignant qu’elles n’ont été confirmées ni annoncées publiquement par « aucune autorité compétente » américaine. « Les insinuations publiées n’ont pas de base légale ni factuelle », affirme l’ambassade, assurant que « le parcours du président Gustavo Petro a été marqué par une action soutenue, visible et souvent difficile contre l’illégalité, y compris contre les organisations criminelles transnationales impliquées dans le trafic de stupéfiants ».
Pour rappel, les relations houleuses entre Donald Trump et son homologue colombien se sont relativement apaisées ces derniers temps à la suite de leur rencontre, discrète, à Washington début février.
