Dans la soirée du samedi 29 mars, les troupes israéliennes ont lancé des opérations terrestres dans le secteur d’al-Janina, à Rafah. Les responsables de Tsahal justifient cette opération par la volonté « d’étendre la zone de sécurité dans le sud de la bande de Gaza » et « de démanteler les infrastructures des terroristes du Hamas ».
Selon le communiqué israélien, Tel-Aviv aurait éliminé « des dizaines de terroristes » ainsi que des entrepôts d’armes, des lance-roquettes et des bases militaires. Israël a repris ses opérations terrestres le 19 mars dans la bande de Gaza afin d’étendre son contrôle sur le corridor « stratégique » de Netzarim qui traverse l’enclave. Cette manœuvre prétendument « ciblée » viserait, selon l’armée israélienne, à créer une zone tampon partielle entre le nord et le sud de la bande de Gaza.
Dans la journée, c’est à Khan Younes que l’armée sioniste a signalé des combats contre la résistance palestinienne. Une attaque au mortier a été menée contre ses éléments « sans faire de victimes », alors qu’un véhicule blindé et un bulldozer D-9 ont été visés par des engins explosifs.
Le destin des civils dans l’enclave palestinienne est toujours incertain avec les déplacements forcés ponctués de frappes militaires génocidaires. La fermeture des divers passages face aux aides condamne les Gazaouis qui refusent de quitter leur territoire, réduit à plus de 80% en ruines par les bombes US, à la soif et à la faim. Poursuivant de la sorte la chronique génocidaire menée par Tel-Aviv avec l’appui agissant de l’administration Trump.
Exécution d’urgentistes
On signale par ailleurs que l’armée israélienne a exécuté neuf urgentistes palestiniens et tué un bénévole de la World Central Kitchen. Les 9 médecins étaient portés disparus depuis cinq jours après la progression de l’armée israélienne dans l’ouest de Rafah. Leur sort restait inconnu jusqu’à ce que des équipes de secours, coordonnées avec la Croix-Rouge, pénètrent dans la zone. Elles ont découvert que les soldats israéliens ont exécuté les médecins disparus et les ont enterrés près de la caserne. Les soldats ont également détruit toutes les ambulances du Croissant-Rouge palestinien et de la Protection civile sur le site.
Le Croissant-Rouge palestinien a signalé la disparition des urgentistes depuis plusieurs jours. Lundi, l’organisation a perdu le contact avec quatre ambulances durant une mission de sauvetage dans le quartier de Tel Sultan, à Rafah. L’armée israélienne a attaqué les véhicules, puis a encerclé la zone, coupant toute communication, alors que des exécutions de masse étaient signalées dans le secteur.
Le Croissant-Rouge a exprimé les plus vives inquiétudes pour la sécurité de ses équipes et a tenu Israël pour entièrement responsable. Il a appelé à une intervention internationale urgente pour permettre aux équipes de secours d’entrer à Tel Sultan afin de localiser les médecins disparus. Cependant, toutes les tentatives des organisations internationales ont échoué en raison des restrictions imposées par Israël.
Depuis le début du génocide, Israël a tué 19 médecins palestiniens alors qu’ils étaient en mission humanitaire. Par ailleurs, la World Central Kitchen a confirmé qu’un de ses bénévoles à Gaza a été tué après qu’un raid israélien a frappé la zone près de l’une de ses cuisines durant la distribution de repas jeudi. L’attaque a également fait six blessés alors que les bombardements incessants d’Israël continuent de paralyser les opérations humanitaires dans le territoire assiégé.
« Jalal a été assassiné et six autres personnes ont été blessées », a déclaré WCK. « Nous continuerons à soutenir les cantines communautaires dans toute la région et à faire fonctionner nos cuisines de campagne dans la mesure du possible, en fonction des évaluations quotidiennes », a ajouté le groupe, fondé par le célèbre chef José Andrés. « Nous espérons que la paix sera rétablie pour tous et qu’un cessez-le-feu durable sera conclu ».
J. Andrés a republié le message en ajoutant que « les habitants de Gaza doivent pouvoir connaître un avenir sans attaques israéliennes contre les civils, les humanitaires, les enfants… tout comme le peuple d’Israël mérite de vivre sans crainte des attaques du Hamas. Assez… Construisons la paix… libérons les otages, rétablissons le cessez-le-feu et la libre circulation de l’aide humanitaire… et espérons en des lendemains meilleurs ».
La frappe de cette semaine est survenue moins d’un an après qu’une frappe israélienne a tué sept bénévoles de World Vision le 1er avril 2024.
Il y a environ une semaine, l’ONU a confirmé qu’un de ses travailleurs humanitaires internationaux a été tué par un « engin explosif » au centre d’hébergement de l’ONU dans le centre de Gaza, et que cinq autres ont été blessés. Le ministère palestinien de la Santé à Gaza a imputé l’attaque à l’armée israélienne, ce que l’armée a nié, affirmant ne pas avoir procédé à une frappe aérienne à proximité du centre d’accueil. Cependant, une enquête de CNN a révélé l’implication d’Israël dans l’attaque, confirmant que les fragments d’armes trouvés sur les lieux correspondent au M339, un obus de char israélien. La situation des travailleurs humanitaires à Gaza continue de se détériorer. Farhan Haq, porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, a confirmé qu’au moins 280 membres du personnel de l’ONU ont été tués à Gaza depuis le début du génocide israélien le 7 octobre 2023.
Depuis le 18 mars, Israël a intensifié ses frappes aériennes sur Gaza, tuant et blessant des centaines de personnes. Malgré un accord de cessez-le-feu négocié en janvier, Israël a repris ses attaques, accentuant encore les souffrances des civils.
L’assaut en cours sur Gaza, soutenu par les États-Unis et l’Europe, a fait plus de 164 000 victimes palestiniennes, dont des milliers de disparus. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants.
Colère en Israël
Des milliers d’Israéliens continuent de manifester aux côtés des familles de captifs israéliens détenus dans la bande de Gaza pour réclamer le retour au cessez-le-feu. Dans la journée, on signale qu’une vidéo diffusée par la résistance palestinienne montrait un captif israélien qui appelait son gouvernement à l’aide. La vidéo, de plus de trois minutes, dont la date d’enregistrement ne peut être vérifiée, montre l’otage s’exprimant en hébreu devant la caméra et levant à plusieurs reprises les mains, réclamant à être libéré.
La réponse, on l’a compris, s’est traduite par une nouvelle campagne israélienne contre Rafah au moment où le Hamas aurait exprimé son accord pour larelance des négociations. Les médias israéliens avaient annoncé que l’armée a lancé une offensive de grande envergure contre la bande de Gaza au moment où les quartiers Shouja’iyeh et Zaytoune à Gaza city ont été pilonnés à l’artillerie. Le Hamas a par ailleurs réaffirmé son refus catégorique de « tous les projets de déplacement, d’implantation et de la patrie alternative et nous restons attachés aux constantes nationales ».
Par ailleurs, sondage réalisé par la chaîne israélienne Channel 12 a montré que 70 % des Israéliens ne font pas confiance au gouvernement du Premier ministre et pensent qu’il donne la priorité à ses intérêts politiques plutôt qu’aux intérêts d’Israël et de ses colons.
Selon le sondage, 66 % des Israéliens pensent que le gouvernement se soucie davantage des juifs religieux et des segments de sa coalition au pouvoir. L’étude a également montré que 50 % des Israéliens s’opposent aux récentes lois relatives au système judiciaire.
Dans un autre sondage réalisé par le journal israélien Maariv, ils sont 66% des Israéliens à exprimer leur insatisfaction de la manière dont Benyamin Netanyahu s’acquitte de ses fonctions de Premier ministre, dont 48% d’entre eux étant extrêmement insatisfaits. Seuls 31% d’entre eux ont dit être satisfaits de sa performance et 3% n’ont pas donné d’opinion.
Dans le même contexte, un sondage réalisé par l’Institut FactoSR il y a quelques jours pour le journal israélien Israel Hayom concluait qu’environ 70 % des Israéliens estiment que l’objectif le plus important désormais est « le retour de tous les captifs israéliens dans la bande de Gaza ».