Plus tôt mardi, Theo Francken, ministre belge de la Défense, avait souligné, lors d’une interview télévisée, la nécessité de continuer à soutenir l’Ukraine, estimant que la défense de son territoire servait les intérêts des pays occidentaux ainsi que la sécurité de l’Europe. Il a déclaré qu’il était parfois « difficile de comprendre la position de l’administration américaine » sur le conflit russo-ukrainien, tout en insistant sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et en tenant la Russie pour responsable de l’arrêt de la guerre.
Attaques ukrainiennes
Alexandre Novak, vice-Premier ministre russe, a accusé Kiev, jeudi, de ne montrer aucun signe d’ouverture à une trêve énergétique, malgré les appels de Volodymyr Zelensky à mettre le conflit en pause. Lors de la Semaine russe de l’énergie, le 14 octobre, il a dénoncé de nouvelles attaques ukrainiennes contre deux raffineries, tandis que le ministère russe de la Défense a annoncé avoir abattu 91 drones au-dessus de deux régions. « Selon les informations du ministère de l’Énergie et des entreprises concernées, le régime de Kiev a attaqué aujourd’hui deux raffineries de pétrole, situées dans les régions de Saratov et de Riazan. Nous constatons que la partie ukrainienne ne montre aucune volonté dans la direction d’une trêve énergétique », a-t-il déclaré.
De son côté, le ministère de la Défense a annoncé avoir abattu, au cours des 24 dernières heures, 23 drones au-dessus de la région de Riazan et 68 au-dessus de celle de Saratov. Les autorités militaires russes indiquent qu’il s’agit de la deuxième attaque la plus importante de ces derniers temps. Une trêve énergétique évoquée par Washington Donald Trump avait annoncé une trêve énergétique après un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine le 10 octobre. Moscou n’a pas confirmé cette information. Les deux présidents avaient également convenu d’un accord sur les livraisons de diesel russe, rendu possible par un assouplissement temporaire des sanctions américaines. L’objectif affiché est de faire baisser les prix mondiaux du carburant. D. Trump a reproché à V. Zelensky de poursuivre ces frappes contre les raffineries russes malgré les demandes répétées de Washington. Il a estimé que ces frappes menaçaient l’approvisionnement mondial en diesel et pénalisaient notamment les agriculteurs américains. D. Trump a même demandé à l’Ukraine d’élire un nouveau président.
Néanmoins, les modalités de la trêve énergétique restent floues. Selon Axios, qui cite un responsable de la Maison Blanche, Washington envisagerait d’abord un arrêt réciproque des frappes sur les raffineries. Si cette étape aboutissait, des discussions pourraient ensuite porter sur les centrales électriques et les réseaux énergétiques ukrainiens. Ce scénario rappelle le moratoire de 30 jours annoncé en mars 2025, à l’issue de négociations russo-américaines. Selon le ministère russe de la Défense, la Russie avait respecté ses engagements, tandis que l’Ukraine avait continué de frapper ses infrastructures énergétiques.
Ces deux dernières semaines, l’armée russe a repris ses bombardements sur des infrastructures énergétiques ukrainiennes, entraînant d’importantes coupures de courant et faisant craindre un nouvel hiver très éprouvant pour la population. Les frappes russes massives ont privé 600 000 personnes d’électricité en Ukraine. Trois personnes ont été tuées à Kiev, où des coupures d’électricité ont été constatées dans plusieurs quartiers, selon le maire de la capitale, Vitali Klitschko, et l’opérateur énergétique. Deux autres personnes ont péri dans la région centrale de Dnipropetrovsk et un habitant a été tué dans la région de Zaporijjia, dans le sud-est du pays, selon les décomptes de responsables régionaux.
Dès mardi soir, une centrale électrique de Kiev a été touchée par un missile russe sans que Kiev ne reçoive d’alerte préalable de la part de ses alliés occidentaux sur cette attaque, selon V. Zelensky. « Attaque russe au missile balistique contre Kiev. Une fois de plus, aucun avertissement préalable de la part de nos partenaires. La cible principale était une infrastructure énergétique, plus précisément la centrale thermique numéro 4. Malheureusement, elle a été touchée », a-t-il déploré sur Facebook.
L’Ukraine est dépendante du renseignement militaire occidental, et notamment américain, pour détecter les attaques russes et frapper elle-même des cibles. Le récent regain de tensions entre V. Zelensky et D. Trump fait craindre à Kiev un relâchement de ce soutien crucial. « Nos systèmes n’ont détecté ces missiles que lorsqu’ils étaient déjà pratiquement à l’approche de Kiev », a poursuivi V. Zelensky, qualifiant la centrale visée d’« installation énergétique clé de Kiev ». « Non seulement ils [les Russes, NDLR] détruisent nos infrastructures énergétiques, mais l’Ukraine ne reçoit même pas d’alertes préalables concernant les lancements de missiles balistiques », a regretté le dirigeant ukrainien.
Le fonctionnement de certains terminaux Starlink semble avoir été restreint dans la nuit, a déclaré Sergiy Beskrestnov, conseiller technologique du président ukrainien. « Nos forces de défense n’ont pas été prévenues de cette restriction, ce qui a entraîné la perturbation de plusieurs missions. De toute évidence, cette mesure ne peut être une coïncidence et est liée à la situation politique actuelle », a-t-il ajouté.
Dans la nuit de lundi à mardi déjà, les habitants de Kiev avaient entendu des explosions dues à des frappes russes et seulement ensuite le déclenchement de l’alerte antiaérienne, un phénomène qui s’est déjà produit par le passé mais qui était jusque-là rare. V. Zelensky avait déjà dit que l’Ukraine n’avait pas reçu d’avertissement de la part des Occidentaux lors de cette attaque. Des responsables ukrainiens ont expliqué mardi cette situation par l’utilisation par l’armée russe de missiles difficiles à détecter ou encore par de potentiels « problèmes techniques ». Il n’y a « pas de changement » dans le partage de renseignements militaires par les États-Unis à l’Ukraine, a assuré à l’AFP un responsable américain.
Le chef d’État ukrainien a dénoncé sur X « une opération de frappes ciblées de missile balistique russe visant spécifiquement les infrastructures énergétiques – ces mêmes infrastructures couvertes par le cessez-le-feu annoncé par le président américain ». « Cette opération était tout à fait délibérée et éloquente par son ampleur – jamais auparavant la Russie n’avait manifesté un tel mépris ostentatoire envers les États-Unis », a-t-il cinglé.
Le Kremlin a indiqué suivre attentivement toute information pouvant faire état d’un possible changement de la politique américaine à l’égard de l’Ukraine, notamment d’une réduction du soutien des États-Unis à Kiev. V. Zelensky a toutefois affirmé mercredi « compter sur le partenariat avec les États-Unis », après que son pays a connu « certaines difficultés » sur le terrain, au début de son entretien avec Andy Burnham, Premier ministre britannique. « Nous avons subi des attaques massives aujourd’hui et malheureusement, nous avons aussi rencontré certaines difficultés, des points que je souhaite aborder avec Andy (Burnham) concernant Starlink, le renseignement », a déploré le président ukrainien, évoquant des « surprises auxquelles on ne s’attend pas lorsqu’on a un véritable partenariat ».
De son côté, la Russie a annoncé avoir abattu dans la nuit 902 drones ukrainiens. Selon Sergueï Sobianine, maire de la capitale russe, « 180 drones ont été détruits à l’approche de Moscou ». Les attaques ont fortement perturbé le fonctionnement des aéroports moscovites, celui de Vnoukovo ayant été suspendu pendant plus de huit heures, selon les autorités aéroportuaires.

