« Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu’ils nous rendent nos otages », a déclaré Benyamin Netanyahu dans une vidéo diffusée par son bureau. « L’armée prend des territoires, frappe les terroristes et détruit les infrastructures », a-t-il ajouté, annonçant la création d’un nouvel axe sous contrôle israélien de façon à séparer les villes de Khan Younès et de Rafah (sud).
Selon la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera, les sources médicales palestiniennes ont annoncé que les frappes aériennes de l’armée d’occupation sur plusieurs zones de la bande de Gaza avaient commencé dès l’aube. Pas moins de 9 martyrs, tous des enfants, ont succombé dans le bombardement de la clinique de l’Unrwa au centre du camp de Jabalia, 13 sur une maison au centre de Khan Younes au sud de l’enclave et 15 à Rafah et Nousseirat au centre.
Sollicitée par l’AFP, l’armée d’occupation a confirmé avoir frappé un bâtiment de l’Unrwa abritant une clinique à Jabalia, arguant avoir visé « des terroristes du Hamas (qui) se cachaient dans un poste de commandement » établi dans l’édifice. Israël accuse le Hamas de se servir de la population de Gaza comme « bouclier humain », des accusations régulièrement rejetées par le mouvement palestinien.
Le ministère de la Santé a annoncé mercredi que 1 066 personnes avaient été tuées depuis la reprise le 18 mars des bombardements israéliens sur l’enclave palestinienne, dont 24 au cours des dernières 24 heures. Le ministère ajoute dans un communiqué que les bombardements et l’offensive au sol d’Israël ont également fait 2 597 blessés depuis le 18 mars, et que le bilan total depuis le début de la guerre, déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, s’élève désormais à 50.423 martyrs. Israel Katz, ministre israélien de la Défense, avait annoncé que l’opération terrestre israélienne dans la bande de Gaza s’étendrait pour inclure la saisie de nouveaux territoires qu’il a décrits comme « annexés aux zones de sécurité de l’État d’Israël ».
L’opération militaire s’étend « pour écraser et nettoyer la zone des terroristes et des infrastructures terroristes, et pour s’emparer de vastes zones qui seront intégrées dans les zones de sécurité d’Israël », a-t-il ajouté tout en appelant les habitants de Gaza « à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages. »
Par ailleurs, l’arme alimentaire est aussi utilisée pra l’armée sioniste contre la population gazaouie sous occupation israélienne. L’Association des propriétaires de boulangeries de la bande de Gaza a mis en garde contre une famine dans la bande après que toutes les boulangeries du sud de Gaza ont fermé leurs portes en raison d’une pénurie de carburant et de fournitures essentielles. Elle a confirmé que le Programme alimentaire mondial (PAM), qui soutenait un certain nombre de boulangeries dans la bande de Gaza, les avait informés que les approvisionnements en farine avaient été interrompus en raison de l’épuisement des stocks de farine dans les entrepôts, étant donné que l’occupation a empêché l’entrée de farine et fermé tous les points de passage.
Selon l’AFP, la Families Bakery qui est l’une des 25 boulangeries industrielles soutenues par le PAM, a été mise à l’arrêt par l’agence onusienne, « en raison du manque de farine et de carburant ». Le PAM a indiqué mardi qu’en conséquence, il « distribuerait ses derniers colis alimentaires dans les deux prochains jours ». L’ONU a rejeté, le même jour, les allégations israéliennes selon lesquelles il y aurait suffisamment de vivres dans la Bande de Gaza, qualifiant cette déclaration de « ridicule » alors que les stocks humanitaires sont en chute libre. « En ce qui concerne l’ONU, c’est ridicule. Nous sommes à la fin de nos stocks, ceux de l’ONU, qui sont entrés par la route humanitaire », a déclaré le porte-parole Stéphane Dujarric lors d’une conférence de presse.Il a souligné la gravité de la situation, précisant que le PAM a du mal à maintenir ses opérations. « Vous savez, le PAM ne ferme pas ses boulangeries pour le plaisir », a-t-il ajouté.
Le porte-parole a réfuté les allégations du COGAT (Coordination des activités gouvernementales dans les territoires de l’armée israélienne), selon lesquelles plus de 25 200 camions d’aide seraient entrés à Gaza pendant le cessez-le-feu de six semaines et les accusations de détournement de ces fournitures par le Hamas. « L’ONU a maintenu une chaîne de garde, et une très bonne chaîne de garde sur toute l’aide, sur toute l’aide qu’elle a livrée », a-t-il affirmé. Il a souligné les améliorations observées pendant le cessez-le-feu et a ajouté : « Nous avons vu l’aide humanitaire affluer à Gaza. Nous avons vu les marchés reprendre vie. Nous avons vu les prix baisser. Nous avons vu la libération des otages. Nous avons vu la libération des détenus palestiniens. Nous devons revenir à cela », a-t-il conclu.
Pour sa part, Médecins sans frontières (MSF) a appelé Israël « à cesser immédiatement cette punition collective infligée aux Palestiniens, à mettre fin au siège inhumain de Gaza et à assumer leurs responsabilités en tant que puissance occupante en facilitant l’aide humanitaire à grande échelle ».
« Alors que les forces israéliennes continuent de bombarder la bande de Gaza, la privation de biens essentiels, comme la nourriture, l’eau et les médicaments, risque d’entraîner un grand nombre de complications médicales et de décès », a averti MSF.
La reprise de l’offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza a causé la mort d’au moins 322 enfants en dix jours dans ce territoire palestinien assiégé, a annoncé lundi l’Unicef. « La rupture du cessez-le-feu et la reprise d’intenses bombardements et opérations terrestres israéliens contre la bande de Gaza ont causé la mort d’au moins 322 enfants et en aurait blessé 609 autres, soit une moyenne quotidienne de plus de 100 enfants tués ou mutilés au cours des dix derniers jours », a écrit l’agence onusienne pour l’enfance dans un communiqué. « La plupart de ces enfants étaient déplacés, s’abritant dans des tentes de fortune ou des habitations endommagées », a ajouté l’Unicef près de deux semaines après la reprise de l’agression israélienne.
L’Unicef a souligné que ces chiffres incluaient les enfants qui ont été tués ou blessés dans une attaque du 23 mars contre le service de chirurgie de l’hôpital Nasser, dans le sud du territoire.
Israël a repris sa campagne militaire le 18 mars avec d’intenses bombardements et une nouvelle offensive au sol, rompant deux mois de trêve avec le Hamas, entrée en vigueur le 19 janvier. « Le cessez-le-feu offrait un filet de sécurité dont les enfants de Gaza avaient désespérément besoin », a déploré dans le communiqué la patronne de l’Unicef, Catherine Russell. Désormais, « les enfants sont à nouveau plongés dans un cycle de violences meurtrières et de privations », a-t-elle poursuivi.
Depuis la reprise de l’offensive, 1.001 personnes sont tombées en martyre à Gaza, selon le ministère de la Santé, portant le bilan total à 50.357 martyrs depuis le début de la guerre génocidaire israélienne lancée le 7 octobre 2023. Sur ce total, 15.000 sont des enfants, a encore rappelé l’Unicef.
Soutenu par les États-Unis, Israël a lancé une guerre dévastatrice contre les habitants de Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 19 janvier 2025, provoquant d’importants dégâts matériels et de lourdes pertes humaines. Cependant, il n’a pas atteint ses objectifs déclarés, à savoir l’élimination du mouvement de résistance palestinien Hamas ou la libération des captifs. Un accord de cessez-le-feu a été conclu, le 19 janvier 2025, entre le Hamas et Israël dans la bande de Gaza. Mais, le 18 mars 2025 à l’aube, l’armée d’occupation a violé les termes de cet accord et repris ses exactions contre Gaza.
La Cisjordanie sous pression
Parallèlement aux dérives génocidaires à Gaza, une autre offensive meurtrière à laquelle participent les forces israéliennes et les milices de colons est menée contre le nord de la Cisjordanie occupée depuis plus de deux mois pendant lesquels des centaines de maisons ont été détruites et des milliers de Palestiniens ont été contraints au déplacement.
Profitant du chaos ambiant, Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale de l’occupation, s’est rendu mercredi matin sur l’esplanade des Mosquées dans la ville sainte d’Al-Qods occupé et annexé par Israël. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre cette figure de l’extrême droite accompagné du rabbin Shmuel Rabinovich dans les cours de la mosquée Al-Aqsa sous une forte sécurité israélienne.
C’est la première visite d’I. Ben Gvir depuis son retour, le 19 mars, dans le gouvernement de B. Netanyahu qu’il avait quitté le 19 janvier pour protester contre la trêve conclue avec le mouvement palestinien Hamas. Depuis la formation du gouvernement de B. Netanyahu fin 2022, il s’est rendu au moins à huit reprises sur ce site sacré de la Ville sainte, provoquant à chaque fois un tollé international. Cette incursion s’inscrit dans le cadre des appels des « Organisations du Temple » en vue d’intensifier les incursions à Al-Aqsa à la veille de la fête juive de Pessah, qui tombe la troisième semaine d’avril.
Dans un communiqué, le Hamas a dénoncé une « dangereuse escalade » et qualifié la visite de « provocation ». En vertu d’un statu quo décrété après la conquête de Jérusalem-Est par Israël en 1967, les non-musulmans peuvent se rendre sur l’esplanade à des heures précises, sans y prier, mais cette règle est de plus en plus souvent bafouée par un nombre croissant de juifs nationalistes. Cette règle a même été enfreinte publiquement par I. Ben Gvir de façon spectaculaire en août 2024 alors même qu’il est le ministre chargé de la faire respecter. Le rabbinat interdit aux fidèles de se rendre sur l’Esplanade de peur de profaner les lieux, mais I. Ben Gvir aime à venir y affirmer ce qu’il présente comme la souveraineté d’Israël sur l’endroit.
Moshé Gafni, député israélien de la formation ultra-orthodoxe Judaïsme unifié de la Torah, membre de la majorité gouvernementale, a fustigé la visite du ministre ultra estimant qu’elle constituait une « profanation du lieu le plus sacré pour le peuple juif ». « Cela ne prouve pas votre souveraineté [sur cet endroit], au contraire cela constitue une profanation du lieu saint et provoque un conflit inutile dans le monde musulman et au-delà », a-t-il écrit sur X, en s’adressant au sinistre I. Ben Gvir.
Cette incursion a été condamnée par la Jordanie qui administre l’esplanade des mosquées, et dont le ministère des Affaires étrangères a déploré « une violation du caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa et de son statu quo historique ». Elle a aussi été dénoncée par l’Egypte et l’Arabie saoudite. L’ONU condamne régulièrement toute tentative de changer le statu quo et d’imposer des changements unilatéralement sur le terrain à Jérusalem-Est.
Dans la journée, la ville de Naplouse a été le théâtre d’une énième incursion où les forces d’occupations ont attaqué la maison de la famille al-Khamache et tué leur fils (33 ans). Dans le village Douma au sud-est de la ville, quelque 300 colons ont attaqué mardi des maisons, et mis le feu à deux fermes de bétails et 5 véhicules. Armés, ils ont blessé 3 palestiniens.
Selon l’agence Wafa, les troupes militaires israéliennes poursuivent leur offensive pour le 66 -ème jour consécutif contre la ville de Tulkarem et ses deux camps au nord-ouest de la Cisjordanie. Elles ont tiré aujourd’hui des grenades lacrymogènes et sonores sur plusieurs Palestiniens dans le centre de la ville. L’agence palestinienne a rappelé que l’offensive israélienne se poursuit aussi contre le camp de Nour Shams pour le 53e jour, dans un contexte d’escalade sur le terrain, notamment des renforts militaires, des raids dans les maisons et des détentions. L’agression en cours a causé la mort de 13 Palestiniens, dont un enfant et deux femmes, et de nombreux autres auraient été blessés ou détenus.
Plus de 4 000 familles ont été contraints de quitter les deux camps où 396 maisons ont été détruites totalement et 2.573 partiellement, d’après Wafa.
Toujours dans le nord de la Cisjordanie, l’armée d’occupation israélienne poursuit son agression pour le 71e jour consécutif contre la ville de Jénine et son camp qui abritent 360 000 personnes et y impose un siège strict. Sa municipalité a déclaré que son camp était devenu « inhabitable » après la destruction d’environ 600 maisons. Le comité des médias du camp de Jénine a quant à lui rapporté que 3.250 logements détruits partiellement du camp sont aussi devenus inhabitables.
L’armée d’occupation a déployé dans le camp des renforts militaires, escortés de bulldozers, pour y élargir ou construire de routes. Les Israéliens continuent également de tirer à balles réelles dans les environs du camp, pendant que des drones survolent sans cesse la zone. Le nombre de personnes déplacées du camp a atteint les 21.000, ils sont répartis entre la ville de Jénine et les villages du gouvernorat.
Au sud de la Cisjordanie, les forces d’occupation ont arrêté 7 palestiniens dans le gouvernorat d’al-Khalil après avoir perquisitionné leurs maisons. A Bethléem, elles ont aussi arrêté un nombre indéterminé de Palestiniens. Depuis le 7 octobre 2023, l’armée d’occupation israélienne a tué en Cisjordanie occupée 940 palestiniens et blessé 7.000 autres, d’après les chiffres officiels.
Bezalel Smotrich, ministre israélien sortant des Finances, a déclaré mardi qu’il avait visité les colonies de Cisjordanie aux côtés du ministre de la Défense Israel Katz et d’un grand nombre d’officiers de l’armée. Il s’est targué que le gouvernement a reconnu 28 nouvelles colonies en Cisjordanie depuis sa formation. B. Smotrich a souligné que les colons ne sont pas des citoyens de seconde zone et le gouvernement insistera sur le fait qu’ils ont droit à la sécurité comme tous les citoyens israéliens. À la fin de son long message, il a affirmé : « La Judée et la Samarie (la Cisjordanie) sont le berceau de notre patrie, la terre de la Bible, et nous sommes là pour rester. »