Le tir de missile salué par le président français a fait réagir Moscou. Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a dénoncé mercredi une Europe qui s’arme en faisant de la Russie son adversaire. Il répondait aux propos du chef de l’État français, satisfait du « message » envoyé par ce lancement. « L’Europe est obsédée par des projets de militarisation de l’Union européenne visant à transformer ce bloc économique en un bloc militaire et politique », a-t-il déclaré. Pour le Kremlin, le problème tient à la nature même de cette politique : « Elle fonde son identité en matière de défense et de sécurité sur la confrontation avec la Fédération de Russie. C’est une voie sans issue. »
Le 6 octobre, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le Vigilant a tiré un missile balistique stratégique M51.3 au large du Finistère. Emmanuel Macron observait la scène depuis la frégate Auvergne. Pour ce tir, le missile ne transportait pas de charge nucléaire. « Je pense que le message a été reçu fort et clair, partout où il devait être reçu », a lancé le président français. Le message se voulait clair ; son destinataire, lui, n’était pas nommé.
Dans sa publication accompagnant la vidéo, le locataire de l’Elysée a aussi vanté le renouvellement des moyens de dissuasion français. Il a mis en avant le doublement du budget des armées en dix ans et les futurs sous-marins stratégiques en construction. Le lancement avait pourtant un objectif technique précis : vérifier que Le Vigilant pouvait mettre en œuvre le missile après une période d’entretien et de réparations. Le M51.3, troisième version du missile stratégique français, est entré en service le 24 octobre 2025. À cette opération de validation, E. Macron a donc ajouté sa propre démonstration politique.
D. Peskov a assuré que Moscou tenait compte de ces développements. « Comme le président l’a souligné à maintes reprises, nous prenons toutes les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité nationale au niveau stratégique. » La Russie maintient dans le même temps son offre de dialogue. Le porte-parole du Kremlin a conclu par une réponse directe à la démonstration française : « Nous restons ouverts au dialogue et considérons que tout problème doit être résolu non par des tirs de démonstration de missiles, mais par le dialogue. »
Alerte à Berlin
La veille mardi 6 octobre, Alice Weidel, coprésidente du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), a critiqué le chancelier allemand Friedrich Merz, dont les actions, selon elle, entraînent Berlin dans un conflit avec Moscou. Le dirigeant allemand « ne sait pas faire en sorte que l’Allemagne ne soit pas une cible pour la Russie », a-t-elle remarqué, soulignant : « Cela doit cesser immédiatement. Nous avons besoin de responsabilité ». D’après A. Weidel, le conflit en Ukraine est devenu « un risque pour la sécurité, avant tout pour les Européens et au premier chef pour la République fédérale d’Allemagne ». Elle a également qualifié avec sarcasme F. Merz de « chancelier des Affaires étrangères » et de « meilleur chancelier que nous n’ayons jamais eu ». De plus, la dirigeante de l’AfD a condamné les promesses faites par le chancelier allemand à Volodymyr Zelensky d’octroyer de nouveaux milliards d’euros, alors que, selon elle, l’Allemagne manque d’argent « littéralement pour tout ». Elle a indiqué que Berlin avait déjà investi 100 milliards d’euros en Ukraine, sans que la partie allemande n’ait reçu le moindre rapport sur la manière dont ces fonds avaient été utilisés.
F. Merz, arrivé le 4 octobre à Kiev pour une visite inopinée, a immédiatement essuyé une vague de critiques. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a qualifié ce déplacement de « publicité faite sur le sang », ajoutant que « les meurtriers reviennent sur les lieux du crime. » Dans le même temps, A. Weidel a dénoncé le chancelier allemand, qui, en plein Jour de l’unité allemande, promettait à Kiev « de nouveaux milliards provenant des impôts des contribuables allemands, qui font défaut pour financer les retraites et le système de santé, alors que l’Allemagne traverse la plus grave crise énergétique de son histoire ». Ces critiques interviennent dans un contexte marqué par une succession d’échecs politiques tant pour F. Merz que pour son parti, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU). L’une des raisons en est une série de défaites aux élections régionales : son parti a été battu par Alternative pour l’Allemagne au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt. La cote de popularité de F. Merz en a également pâti : au printemps, cet indicateur est tombé à 13 %, ce qui lui a valu le titre de dirigeant le moins populaire du pays. De plus, le 3 octobre, la popularité du bloc regroupant l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) et l’Union chrétienne-sociale (CSU), a également chuté à 18 %, atteignant son plus bas niveau historique. Dans ce contexte, selon les médias, plusieurs gouvernements de pays de l’UE auraient déjà commencé à se préparer à un éventuel départ de F. Merz.

