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L’épisode dramatique de Sebta nourrit toujours le débat : P. Sanchez renvoie dos-à-dos Israël et Russie…

by Perspectives Med
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L’épisode dramatique de Sebta nourrit toujours le débat : P. Sanchez renvoie dos-à-dos Israël et Russie…

P. Sánchez a affirmé au micro de la radio Cadena Ser que des informations mensongères avaient circulé sur les réseaux sociaux, « associées à la fois à la Russie et à Israël, ainsi qu’à une extrême droite internationale qui utilise toujours l’immigration pour attaquer non seulement l’Espagne, mais aussi l’Europe ». Le chef du gouvernement espagnol a toutefois nuancé ses propos, soulignant que les phénomènes observés ne signifiaient « pas nécessairement » qu’ils provenaient directement d’un acteur étatique. Il a par ailleurs indiqué que les investigations visant à déterminer les causes de la crise migratoire se poursuivaient, tout en insistant sur le rôle joué par les fausses informations et la désinformation.

Selon lui, une décision de la Cour suprême espagnole a notamment été déformée avant d’être largement relayée sur les réseaux sociaux, y compris par des organisations criminelles impliquées dans le trafic de migrants. Il a expliqué qu’une information selon laquelle toute personne entrant dans le Préside à la nage ne pourrait pas être expulsée avait circulé en ligne. « C’est faux, mais cette désinformation a été utilisée et diffusée sur les réseaux sociaux », a-t-il déclaré.

Plus de 72 000 personnes ont investi Sebta depuis le Maroc les 30 et 31 juillet, selon l’estimation officielle du gouvernement espagnol. Cet afflux sans précédent a représenté, en l’espace de deux jours, un nombre de migrants presque équivalent à la population de l’enclave espagnole.

Cette crise a également suscité de vives critiques à l’encontre de Madrid de la part d’autres gouvernements européens de droite, mais pas que… Dans une lettre ouverte, 22 pays de l’Union européenne ont fait savoir que la politique migratoire relativement ouverte de l’Espagne constituait un « facteur d’attraction ».

Depuis Rabat, la dernière sortie partisane autour du même dossier a été l’œuvre de Nizar Baraka, ministre marocain de l’Équipement et de l’Eau. Samedi, il a fait savoir que l’Espagne est un partenaire essentiel pour son pays, affirmant que Rabat « ne cédera pas un pouce de la patrie », en référence aux villes de Sebta et Melilla sous administration espagnole.

Ces propos ont été tenus lors d’une rencontre organisée par la formation politique dans la capitale, Rabat, selon le correspondant Anadolu (AA). « Le Maroc connaît un développement qui lui confère une place importante dans son positionnement géopolitique, ce qui ne plaît pas à tout le monde, et certains dressent des obstacles sur notre chemin », sans toutefois prendre le temps de nommer les parties en question. Il a évoqué « des décisions prises par nos amis les plus proches, dans le but de freiner le rythme de développement du Maroc et d’en réduire la cadence à l’avenir ».

« Nous constatons ces agissements de la part de pays proches de nous, et nous l’avons vu récemment de la part de notre voisine, l’Espagne, lors des événements de Ceuta, lorsqu’ils ont considéré que leur sécurité nationale était menacée », a souligné le ministre en précisant que l’Espagne « est considérée comme un partenaire fondamental pour nous, mais nous ne reculerons pas d’un pouce sur le sol de la patrie ».

Pression des ONG

A signaler que l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) a récemment adressé un courrier officiel à l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, pour interpeller sur la situation des migrants et des personnes en transit à Sebta. Le courrier pointe des « pratiques et des violations des droits fondamentaux et de la dignité humaine », avec « la multiplication des témoignages indiquant que plusieurs entrants ont été victimes d’agressions racistes et physiques ». L’ONG a récidivé en ce début de semaine en indiquant que « ces agressions consistaient notamment en l’incendie des tentes » des migrants, « l’obstruction des opérations d’aide humanitaire et de l’accès à la nourriture, ainsi qu’aux services humanitaires essentiels ». L’OMDH note aussi que son courrier à l’ambassadeur d’Espagne déplore des « pratiques constituant une violation grave des principes relatifs aux droits humains et des obligations internationales en matière de protection des migrants et des demandeurs d’asile ».

L’association a également souligné que « le respect de la dignité humaine et la protection des personnes vulnérables demeurent des obligations juridiques et morales qui ne tolèrent aucune discrimination ». Dans sa lettre, elle a ainsi appelé les autorités espagnoles compétentes à « prendre les mesures nécessaires pour protéger les migrants contre toutes les formes de violence et d’abus, à ouvrir une enquête impartiale et indépendante sur les incidents signalés et à imposer les sanctions légales adéquates aux personnes potentiellement impliquées ».

Par ailleurs, l’ONG a exigé que l’aide et les services humanitaires soient « garantis à tous les migrants, sans entrave ni discrimination ». Elle a aussi demandé à ce que les instances marocaines compétentes en matière de droits humains et d’aide humanitaire soient habilitées à suivre la situation à Sebta et à évaluer les conditions des personnes concernées.

Pour sa part, l’Association des travailleurs et immigré marocains en Espagne (ATIM) a lancé « un appel à la raison, au bon sens et à la responsabilité », face à l’évolution de la situation à Sebta. Sabah Yacoubi Channig, vice-présidente de l’ONG, estime que la complexité de la question de Sebta, mais aussi de Melilla, « exige une vision globale » à partir du principe de la dignité pour toutes et tous.

Au-delà de « la confrontation politique et des divergences entre les versions et interprétations marocaines et espagnoles », la militante déplore « une grave crise éthique et humanitaire ». Dans ce sens, l’association a condamné les « actes de violence extrême » à Sebta, en les qualifiant de « la manifestation la plus grave d’un racisme viscéral et déshumanisant », après l’incendie des campements précaires de migrants. « À cette horreur s’ajoutent les difficultés et les restrictions d’accès à l’aide humanitaire essentielle », fustige l’ATIM, insistant qu’« aucune circonstance ne saurait justifier le fait de priver des personnes dans le besoin d’une assistance de base ». Dans le même contexte, l’ONG a déploré une instrumentalisation réduisant les migrants à « des boucs-émissaires dans le cadre de tensions géopolitiques complexes dont les racines historiques, socio-économiques et régionales sont bien plus profondes que ne le laissent entendre les interprétations superficielles ».

Appel a été fait « à la responsabilité des médias, tant en Espagne qu’au Maroc », en soulignant que « le travail journalistique exige rigueur, prudence et responsabilité, surtout lors de périodes de tension ». L’ONG estime que « les désaccords institutionnels entre le Maroc et l’Espagne » concernant les deux présides ne doivent pas briser les liens de bon voisinage et de fraternité entre les deux peuples.

A signaler que le parquet espagnol a confirmé 23 agressions sexuelles contre des personnes migrantes à Sebta depuis le 30 juillet dernier. Selon les données du parquet. Les documents consultés par Cadena Ser révèlent que 5 de ces cas sont des viols avérés et 9 des victimes sont des adolescentes âgées de 14 à 17 ans. À part un homme LGBTQ+, toutes les concernées sont de sexe féminin.

Depuis les 30 et 31 juillet, près de 300 filles attendent encore une prise en charge à travers le système de protection de l’enfance à Sebta. Au sujet des auteurs présumés, la même source fait savoir que huit hommes font l’objet d’une enquête. Parmi eux figurent quatre immigrés marocains, trois ressortissants espagnols et un portant la nationalité belge. D’autres mis en cause restent à identifier.

Au Maroc, des associations ont déjà alerté sur l’ampleur méconnue de la situation des mineures arrivées à Sebta, notamment celles victimes de viol. Parmi ces ONG, Touche pas à mon enfant a appelé à prendre des mesures urgentes alors que l’OMDH a fait état de six cas identifiés.

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