« Je pense que tout le monde ici comprend que les États-Unis aimeraient parvenir à un règlement diplomatique. Nous aimerions parvenir à un accord, si cela était possible, avec l’Iran, qui garantirait qu’il ne possède jamais l’arme nucléaire et contribuerait évidemment à mettre fin à cette situation », a déclaré M. Rubio à des journalistes aux Philippines. Le chef de la diplomatie US a indiqué que les États-Unis privilégieraient un accord dans lequel l’Iran « dirait qu’il ne soutiendra plus le terrorisme et qu’il ne poursuivra pas l’acquisition d’une arme nucléaire ou les éléments nécessaires à sa fabrication ». Il a souligné que D. Trump « préfère toujours négocier et parvenir à un accord sur ces questions », ajoutant que Washington était prêt à le faire. « Nous avons essayé de le faire pendant un an et demi, mais nous n’allons pas non plus rester sans rien faire et laisser des navires être détruits ou des Américains être attaqués », a-t-il déclaré.
Le secrétaire d’État américain a par ailleurs réaffirmé que les États-Unis n’accepteraient pas les attaques iraniennes visant « le transport maritime mondial et les voies navigables internationales », estimant que d’autres pays devraient également partager ces préoccupations, car ils seraient « davantage affectés » par ces actions.
Les Américains ont mené une nouvelle série de frappes contre des cibles militaires iraniennes, marquant la onzième nuit consécutive d’opérations. Une alerte aérienne a été déclenchée à Téhéran tandis que le président américain a affirmé que Washington n’en avait « pas fini » avec cette guerre, laissant entendre que de nouvelles attaques pourraient viser prochainement le complexe nucléaire souterrain du site de Kuh-e Kolang Gaz La, dit « Mont de la Pioche », dans le centre de l’Iran. Selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom), ces frappes visent à réduire les capacités militaires iraniennes susceptibles de menacer la navigation dans le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime est stratégique, puisqu’il concentre une part essentielle des exportations mondiales de pétrole et de gaz.
Les tensions autour de cette voie commerciale ont ravivé les affrontements entre Washington et Téhéran début juillet, mettant fin au protocole d’accord conclu en juin dans l’espoir d’un règlement durable.
Les combats s’inscrivent dans la continuité du conflit déclenché le 28 février par l’agression israélo-américaine contre l’Iran, avant un cessez-le-feu intervenu en avril. Depuis la reprise des hostilités, les affrontements se sont intensifiés sur plusieurs fronts. Selon l’Associated Press, plus de 500 militaires américains ont été blessés au cours des opérations contre l’Iran.
L’agence Tasnim a rapporté que des bruits d’explosions ont été entendus dans la ville de Behbahan, dans la province du Khouzistan, tandis que la télévision iranienne indiquait que des bruits d’explosions ont été entendus dans le port de Tchabahar, dans le sud-est du pays, ainsi que dans le port de Konarak, dans la province de Sistan-et-Baloutchistan. Les forces américaines ont mené une agression contre la ville de Kangavar, dans la province de Kermanshah dans l’ouest de l’Iran, ainsi que contre deux sites dans la ville de Bouchehr, dans le sud-ouest du pays, selon Tasnim.
Quant à IRNA, elle a indiqué qu’une agression américaine a visé les alentours de la ville d’ Omidiyeh, dans la province du Khouzistan. L’agence a cité des sources officielles faisant état d’une agression sur certaines zones aux alentours de Sirik, dans la province de Hormozgan. De son côté, la cellule de gestion des crises de la province d’Azerbaïdjan oriental a indiqué que l’agression américaine sur Tabriz a touché un site militaire situé à l’extérieur de la ville.
Dans ce contexte, une source médiatique a fait état de l’activation de la défense aérienne dans le nord-est de Téhéran, alors que des explosions étaient entendues dans 8 villes réparties sur 5 provinces iraniennes. Et d’ajouter: que« l’agression américaine contre l’Iran, mercredi à l’aube, a visé 10 zones dans différentes provinces et a touché plusieurs ports ». La défense aérienne a été activée dans la ville de Mahabad, dans la province d’Azerbaïdjan occidental, a rapporté la télévision iranienne. De son côté, l’agence Nournews a annoncé l’activation de la défense aérienne à Téhéran pour intercepter des cibles ennemies.
Ripostes iraniennes
Dans la journée de mercredi, le Corps des Gardiens de la révolution islamique en Iran (CGRI) a annoncé la destruction d’un radar d’alerte précoce et d’un groupe de radars tactiques aux alentours de la base Ali Al-Salem, ainsi que d’un autre système radar sur l’île de Boubyan au Koweït, entraînant leur mise hors service opérationnelle, et ce dans le cadre de la 24ᵉ vague de l’opération Nasr 2.
La veille mardi, le Corps des Gardiens de la révolution avait annoncé le lancement par ses forces aérospatiales d’une attaque de missiles contre une base américaine en Jordanie, au cours de laquelle « un système radar de défense antimissile et un avion F-15 ont été détruits ». Dans ce contexte, des responsables américains ont reconnu auprès du réseau américain CBS News que près de 100 soldats américains ont été blessés en raison des frappes iraniennes ayant visé des bases militaires américaines dans la région du Moyen-Orient au cours de ce mois.
Dans une frappe inédite, l’armée iranienne a visé par drones les dépôts de munitions et le matériel logistique des forces américaines stationnées sur le camp de Doha, ainsi que des équipements de l’armée de terre dans l’ouest du Koweït. Téhéran a souligné la portée stratégique de cette attaque contre le camp de Doha, considéré comme l’une des plus importantes installations militaires américaines du secteur et un centre de soutien névralgique pour les soldats américains déployés en Asie de l’Ouest. En outre, le camp de Doha abrite de nombreux équipements et d’importants effectifs militaires relevant des forces terrestres, aux côtés des forces navales et aériennes américaines.
Le communiqué a confirmé que les forces armées iraniennes sont « prêtes à faire face avec fermeté à toute nouvelle conspiration ou aventure de la part de l’ennemi, dans le cadre de la sainte unité » et réitéré que ces attaques constituent une riposte à la « répétition des agressions de l’ennemi malveillant » contre des régions du pays.
A noter que le porte-parole de l’armée iranienne, le général de brigade Akbar Miri Niya, a annoncé l’introduction de nouveaux équipements antiaériens dans le système de combat et la remise en état des systèmes endommagés lors de la guerre précédente, affirmant que ces équipements ont considérablement accru les capacités de la défense aérienne iranienne.
Une image satellite à haute résolution a montré la destruction du radar d’alerte précoce américain de type FPS-117 sur la base Ahmed Al-Jaber au Koweït, à la suite de l’attaque iranienne.
L’armée iranienne a annoncé l’exécution de la 22ème phase de l’opération « Éclair », affirmant que ses unités de drones ont poursuivi leurs opérations militaires depuis l’aube, ciblant des sites et des installations militaires liés aux forces américaines dans la région. Elle a précisé que les drones participant à l’opération ont visé des bâtiments d’hébergement, de services et des entrepôts d’équipements relevant de l’armée américaine sur la base d’Al-Azraq en Jordanie, dans le cadre d’une série de frappes menées au titre de la nouvelle phase de l’opération. Elle a indiqué que des drones kamikazes « Arash » ont pris part à l’attaque, ciblant des entrepôts et des installations militaires spécifiques, et a confirmé la réalisation des objectifs assignés à l’opération.
Selon l’AFP, L’armée jordanienne a annoncé mercredi avoir essuyé deux attaques iraniennes et intercepté six missiles et quatre drones. Elle n’a pas fait état de dégâts ou de tués.
L’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) a déconseillé aux compagnies aériennes de survoler la Jordanie. « Les attaques iraniennes récurrentes avec des missiles et, dans une moindre mesure, avec des drones contre des cibles situées en Jordanie, ainsi que l’activation de systèmes de défense aérienne suscitent un risque accru », a indiqué l’EASA dans une note aux compagnies. L’UE déconseille ainsi l’espace aérien de Bahreïn, du Koweït, des Émirats arabes unis et du Qatar de même que le golfe d’Oman. L’Iran, l’Irak et le Liban sont également à éviter.
Nouvelle phase
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a affirmé que l’équation de cette guerre est claire et se résume à « tout le monde ou personne ». Dans un message publié sur la plateforme X , il a souligné que « dans la région où nous ne pouvons pas vendre de pétrole, personne ne pourra en vendre », ajoutant que « si notre sécurité n’est pas garantie, aucune infrastructure ne sera sûre ».
Concernant la situation sur le terrain et en matière de sécurité dans la région, le président du Conseil de la Choura iranien a souligné que « la sécurité du détroit d’Ormuz ne sera assurée qu’en l’absence de forces américaines ». Et de conclure en réaffirmant que « la situation dans le détroit d’Ormuz ne reviendra pas à ce qu’elle était avant la guerre ».
Dans le même contexte, Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême pour les affaires politiques et internationales, a affirmé que l’Iran était entré dans une nouvelle phase de dissuasion, avertissant que « toute idée de la possibilité de lancer une frappe à faible coût contre l’Iran est une erreur dont les répercussions pourraient s’étendre bien au-delà du domaine militaire ». Il a souligné que « la Maison Blanche doit se rendre compte que menacer l’Iran, rallier les alliés régionaux et activer le lobby européen ne conduira pas à une plus grande sécurité ».
Loi du Talion
Une source militaire iranienne a menacé de cibler les installations énergétiques dans lesquelles Washington a des intérêts, au cas où les infrastructures iraniennes seraient visées. Ces déclarations font suite à une déclaration de D. Trump dans laquelle il affirmait que « si l’Iran prend pour cible un navire, nous bombarderons un pont ou une centrale électrique en Iran en guise de représailles. »
S’adressant à l’agence de presse Tasnim, une source iranienne a déclaré que « l’Iran est déterminé à exercer sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz et ne permettra en aucun cas que ce détroit devienne à nouveau une source de menace à son encontre. » La source a ajouté que le passage des navires dans le détroit ne sera sûr que s’il est coordonné avec l’Iran et effectué conformément à ses accords ; autrement, l’Iran maintiendra sa ferme détermination à contrôler le détroit, considérant cela comme une mesure essentielle pour garantir sa sécurité à long terme.
La source militaire a également souligné que si les Américains ciblent un pont ou une centrale électrique en Iran, l’Iran ripostera en ciblant des infrastructures et des ponts dans la région, notamment des installations énergétiques dans lesquelles les États-Unis ont des intérêts
Maga se rebiffe
En Amérique, un sondage révèle une baisse du pourcentage de partisans du président américain qui estiment qu’une guerre contre l’Iran justifie son coût économique, ce qui indique une diminution du soutien populaire à l’approche des élections de mi-mandat. Selon ce sondage réalisé par Politico en juillet, le pourcentage des électeurs du mouvement « Make America Great Again » (MAGA) qui pensent que la guerre vaut le coût économique est tombé à un peu plus d’un tiers, contre 50 % en mai dernier.
Cette chute brutale de 13 points en seulement deux mois révèle à quel point les plus fervents partisans du président commencent à se rallier à la majorité des Américains qui s’opposent depuis longtemps à l’implication des États-Unis dans la guerre. En outre, 37 % des partisans de D. Trump ont déclaré que les États-Unis devraient « poursuivre leur implication en Iran, à condition que cela n’augmente pas les coûts », contre 29 % qui disaient la même chose en mai, selon un sondage réalisé par la firme de sondage indépendante Public First.
Ce mercredi, deux sénateurs démocrates ont contesté les estimations de 37,5 m$ du coût de la guerre fournies mardi, lors d’une audience devant le sénat, par le secrétaire à la Guerre Peter Hegseth. Ce chiffre ne comprend pas le coût de la reconstruction des bases américaines qui ont été détruites ou endommagées, ont fait remarquer ces sénateurs à la CBS news.
Selon le sondage, près d’un partisan de D. Trump sur cinq estime que les États-Unis devraient mettre fin à leur guerre contre l’Iran, quel qu’en soit le prix. Et Politico d’ajouter que le déclin du soutien parmi les partisans les plus fidèles du président est la preuve la plus claire que « la patience des Américains s’érode alors que l’économie continue de dominer les principales préoccupations des électeurs à l’approche du cycle électoral crucial de mi-mandat ».
Une source proche de la Maison Blanche, ayant requis l’anonymat a admis que « la Maison Blanche est extrêmement frustrée en ce moment. « De hauts responsables m’ont confié que le président est pleinement conscient que la seule voie possible pour remporter la victoire qu’il recherche est politiquement impossible. Le peuple américain n’acceptera aucune escalade à ce stade. Nous avons perdu davantage de morts et nous sommes dans une impasse politique », a souligné cette source pour Politico.

