La séance hebdomadaire des questions orales à la Chambre des représentants s’est transformée lundi à une vive altercation entre Driss Chetibi, président de séance, et des députés du Parti de la justice et du développement (PJD), notamment Mostafa Brahimi, sur fond de controverse autour des prix des moutons destinés à l’Aïd Al Adha évoqués par Ahmed El Bouari. L’incident a éclaté après l’intervention du ministre de l’Agriculture, consacrée à l’état du cheptel national et à l’approvisionnement du marché à l’approche de l’Aïd.
Interpellé par plusieurs députés sur la flambée des prix des moutons et les difficultés croissantes des ménages, le ministre a assuré que l’offre nationale reste suffisante pour couvrir la demande prévue cette année. Le ministre a indiqué que l’offre destinée à l’Aïd est estimée à près de 9 millions de têtes d’ovins et de caprins, contre une demande oscillant entre 6 et 7 millions.
Mais ce sont surtout ses déclarations sur les prix qui ont suscité de vives réactions dans l’hémicycle. « Il y a aujourd’hui des moutons à 1.000, 1.500, 2.500 ou 3.000 dirhams », a déclaré le ministre, affirmant s’être personnellement rendu dans plusieurs marchés pour constater les prix pratiqués. Il a également minimisé les critiques sur la flambée des prix, estimant que les montants « exorbitants » largement relayés concernent surtout les offres et discussions circulant sur Facebook.
Ces propos ont immédiatement provoqué des réactions dans les rangs de l’opposition, plusieurs députés contestant l’existence réelle de moutons à 1.000 dirhams sur les marchés. Driss Sentissi, président du groupe Haraki, a notamment lancé : « il ne faut pas induire les Marocains en erreur. Il n’existe pas de moutons à 1.000 dirhams ». La tension est montée d’un cran lorsque des députés du PJD ont demandé à intervenir pour répondre aux propos du ministre, interrompant à plusieurs reprises les échanges. Le président de séance, leur a alors reproché de perturber le déroulement de la séance et de couper la parole au ministre.
L’incident a pris une tournure plus politique lorsque S. Chetibi a accusé les députés du PJD d’être devenus des « chiites communistes », dans une allusion aux récentes déclarations du secrétaire général du parti.
Ces propos ont immédiatement déclenché une vague de protestations des députés islamises. M.Brahimi a exigé le retrait de cette expression du procès-verbal de la séance, affirmant que « les membres du PJD sont des Marocains et non des chiites ».
S. Chetibi a toutefois refusé de retirer ses propos, soutenant qu’il ne faisait que reprendre des déclarations de Abdelilah Benkirane. Les échanges se sont alors fortement tendus dans l’hémicycle, dans une atmosphère de brouhaha et d’interruptions répétées. Pour couper court, D. Chetibi a finalement décidé de lever la séance et de convoquer une réunion du bureau de la Chambre afin d’examiner l’incident.
