mardi, mai 19, 2026
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Tension persistante entre Américains et Iraniens : Téhéran répond à l’offre de Washington

by Perspectives Med
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Tension persistante entre Américains et Iraniens : Téhéran répond à l’offre de Washington

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire. Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Sur le terrain, Téhéran continue de contrôler le détroit d’Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures, tandis que l’armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens. L’Iran a réitéré lundi ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l’étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie. « L’équipe de négociation iranienne a fermement défendu ces points à chaque séance de pourparlers », a souligné le porte-parole, insistant aussi sur le versement de réparations pour la guerre, jugée « illégale et sans fondement ».

L’agence de presse iranienne Tasnim, citant une source bien informée, a révélé que la nouvelle proposition que Téhéran a soumise au médiateur pakistanais est composée de 14 points, à l’instar de la proposition précédente. Selon cette source, le nouveau texte iranien se concentre sur la fin de la guerre et les mesures de confiance exigées par la partie américaine, ajoutant que l’Iran a souligné la nécessité, pour les États-Unis, de lever toutes les sanctions qui lui sont imposées. Elle a rapporté que les Américains, auraient dans leur nouveau texte, accepter la suspension des sanctions pétrolières contre l’Iran pour la durée des négociations et ont soulevé la question des exemptions temporaires accordées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.

Dimanche, des médias iraniens avaient dénoncé les « conditions excessives » imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l’agence Fars, la réponse américaine à la proposition iranienne de mettre fin à la guerre comprenait 5 conditions fondamentales liées au dossier nucléaire, au versement d’indemnités à Téhéran pour l’agression et au déblocage de ses avoirs gelés. Les Américains exigent que l’Iran ne maintienne qu’un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d’uranium hautement enrichi aux Etats-Unis, rapporte l’agence.   Washington a également refusé de débloquer « ne serait-ce que 25% » des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l’Iran pendant la guerre, selon la même source.

De son côté, Téhéran insiste sur cinq conditions fondamentales pour instaurer la confiance : la fin de la guerre sur tous les fronts, notamment au Liban ; la levée des sanctions imposées au pays ; le déblocage des fonds iraniens gelés et l’indemnisation des dommages de guerre ; et la reconnaissance du droit de l’Iran à la souveraineté sur le détroit d’Ormuz. La question nucléaire devrait être débattue après l’instauration de la confiance.

Un responsable proche de l’équipe de négociation iranienne a déclaré lundi à l’agence de presse Tasnim que « des divergences fondamentales subsistent entre l’Iran et les États-Unis, en raison de la cupidité américaine et d’attentes irréalistes ». S’exprimant après la soumission par Téhéran d’une nouvelle proposition pour mettre fin à la guerre, composée de 14 points, au médiateur pakistanais, pour la transmettre aux États-Unis, ce responsable a expliqué que l’Iran « n’abandonnera pas ses positions fermes et de principe sur la question de la fin de la guerre et du rétablissement des droits du peuple iranien ». Il a expliqué que « des désaccords fondamentaux persistent, malgré certains changements dans le nouveau texte américain », soulignant que « l’insistance de l’Iran sur la nécessité pour les Américains de verser une compensation pour l’agression militaire dont il a été victime est très sérieuse ».  « Les fonds iraniens gelés doivent être restitués au peuple iranien de manière transparente et décisive », a-t-il insisté, parce que « les promesses sur papier ne valent rien ». Selon lui « il y a toujours des désaccords concernant la restitution des fonds gelés malgré certaines promesses », ajoutant qu’il existe « un grand écart entre les chiffres et les demandes de l’Iran, malgré les discussions des Américains sur la création d’un fonds de développement et de reconstruction ».

Révélant que « les Américains tentent toujours de lier les négociations visant à mettre fin à la guerre à la question nucléaire », il a qualifié ces exigences « d’illogiques » et « de prétextes politiques qui sont incompatibles avec les droits du peuple iranien ». « Les Américains doivent comprendre que l’Iran n’acceptera en aucun cas de lier la fin de la guerre à des engagements nucléaires », a-t-il assuré soulignant que « l’Iran n’a pas cherché et ne cherchera pas à produire d’arme nucléaire, et cela a également été mis en évidence dans le nouveau texte. »

Dans ce contexte, Reuters a cité une source iranienne de haut rang affirmant que « les États-Unis ont fait preuve de flexibilité dans les discussions en cours, y compris celles relatives aux limites du programme nucléaire iranien ». La source a ajouté à Reuters que « Téhéran exige le déblocage de tous les fonds » et que « Washington n’a jusqu’à présent accepté de débloquer que 25 % d’entre eux ».

Ormuz sous giron iranien

En ce début de semaine, l’Iran a formalisé la création d’un nouvel organisme pour la gestion du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures que Téhéran contrôle depuis le début de la guerre. L’Autorité du détroit du Golfe Persique (#PGSA) a désormais son compte officiel, à travers lequel elle fournira « des mises à jour en temps réel sur les opérations » dans le détroit. L’annonce a été relayée sur les réseaux sociaux par le Conseil suprême de sécurité nationale et par la Marine des Gardiens de la Révolution. Les prérogatives exactes de cette nouvelle structure n’ont pas été dévoilées dans l’immédiat. Mais selon le journal spécialisé Lloyd’s List, elle est « chargée d’approuver les transits de navires et de percevoir des droits de passage dans le détroit d’Ormuz ». Les navires sont tenus de fournir des informations détaillées sur leur propriétaire, leur assurance, les membres d’équipage et leur itinéraire de transit prévu, d’après la même source.

Plus tôt ce mois-ci, la télévision d’Etat iranienne Press TV avait présenté cet organisme comme un « système destiné à exercer la souveraineté » de l’Iran sur le détroit d’Ormuz. Dimanche, Ebrahim Azizi, chef de la commission parlementaire sur la sécurité nationale, a affirmé que le pays avait « mis en place un mécanisme professionnel de gestion du trafic » dans le détroit, qui serait bientôt opérationnel. Depuis le début de la guerre, déclenchée fin février par une offensive américano-israélienne, l’Iran martèle que le trafic dans le détroit « ne retrouverait pas sa situation d’avant-guerre ». Le mois dernier, Téhéran a annoncé avoir perçu les premiers revenus issus des péages imposés sur cette voie stratégique.

Le contrôle iranien de ce passage maritime, par lequel transite habituellement près d’un cinquième de la production mondiale de pétrole, perturbe les marchés énergétiques mondiaux et offre à Téhéran un important levier stratégique. Les Etats-Unis maintiennent de leur côté leur propre blocus des ports iraniens malgré le fragile cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril.

Puissance de feu US

Par ailleurs, les données de navigation ont montré un flux continu d’avions cargo militaires américains en provenance d’Allemagne et à destination du Moyen-Orient, lors d’une nouvelle surveillance qui s’est étendue entre le 15 et le 17 mai. Selon une analyse des données de suivi, Al Jazeera a détecté au moins 26 vols cargo militaires américains.

Les données montrent que tous les vols observés ont été effectués par des avions Boeing C-17A Globemaster III, appartenant à l’US Air Force, qui figurent parmi les avions de transport militaire lourds les plus utilisés pour transporter des troupes et du matériel vers les zones de déploiement. Les destinations indiquées dans les données de surveillance se répartissaient comme suit : 6 vols enregistrés avec une destination générale Moyen-Orient, sans que les données indiquent le pays vers lequel ces vols se dirigeaient, tandis que 8 vols ont atterri en Jordanie et 6 vols ont atterri en Israël.

Les données de suivi à elles seules ne révèlent pas la nature du fret transporté à bord de ces avions, mais elles prennent de l’importance compte tenu de la taille des appareils utilisés, de la fréquence des vols sur une courte période et de leur direction continue depuis l’Allemagne vers des bases et des aéroports du Moyen-Orient.

Dans ce brouillard, l’Iran a frappé sur son territoire des groupes « agissant pour le compte des Etats-Unis et d’Israël », près de la frontière irakienne, ont affirmé lundi les Gardiens de la Révolution, cités par l’agence de presse Isna. Ces groupes, « basés dans le nord de l’Irak », ont été frappés « dans la ville de Baneh, dans la province du Kurdistan » alors qu’ils « tentaient d’introduire dans le pays une importante cargaison d’armes et de munitions américaines », a ajouté l’armée idéologique de la République islamique. Le communiqué ne précise pas quels groupes étaient impliqués dans cette tentative présumée de contrebande. On ignore dans l’immédiat si l’attaque a fait des victimes.

Les rebelles kurdes iraniens ont été pris pour cible à plusieurs reprises depuis l’entrée en vigueur, le 8 avril, d’un fragile cessez-le-feu dans la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. L’Iran qualifie les groupes d’opposition kurdes d’organisations terroristes, et leur reproche de servir les intérêts occidentaux ou israéliens.

Nombre d’entre eux ont mené par le passé des attaques terroristes meurtrières contre les forces de sécurité iraniennes depuis les régions limitrophes de l’Iran, notamment le Kurdistan d’Irak. En février, au moment où l’agression américano-israélienne était lancée contre l’Iran, cinq groupes kurdes iraniens ont annoncé la formation d’une coalition politique visant à renverser la République islamique d’Iran.

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