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Les Yeux braqués sur Islamabad où Américains et Iraniens négocient : Pause tactique où quête de paix solide ?

by Perspectives Med
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Les Yeux braqués sur Islamabad où Américains et Iraniens négocient : Pause tactique où quête de paix solide ?

Reza Amiri Moghadam, ambassadeur iranien à Islamabad, a indiqué sur la plateforme américaine X que « malgré le scepticisme de l’opinion publique iranienne en raison des violations répétées du cessez-le-feu par le régime israélien visant à saboter l’initiative diplomatique, la délégation iranienne, invitée par le Premier ministre Shahbaz Sharif, arrive ce soir à Islamabad pour des discussions sérieuses basées sur les 10 points proposés par l’Iran. » La délégation américaine sera représentée par le vice-président JD Vance ainsi que par l’envoyé spécial du président américain Donald Trump, Steve Witkoff, et Jared Kushner. Le format des pourparlers n’a pas encore été précisé.

Ce développement intervient alors que les autorités pakistanaises ont renforcé les mesures de sécurité dans la capitale, fermant les principales routes menant à l’enclave diplomatique ainsi que des sites gouvernementaux clés, dont le bureau du Premier ministre, la résidence présidentielle et le ministère des Affaires étrangères, en amont de ces réunions de haut niveau. Selon des sources officielles, les pourparlers d’Islamabad sont prévus vendredi, les préparatifs étant en cours pour ce qui s’annonce comme un engagement diplomatique étroitement suivi entre les deux parties.

Lors de son adresse au peuple iranien à l’occasion du 40e jour de deuil national pour le martyre de l’imam Sayyed Ali Khamenei, l’ayatollah Sayyed Mojtaba Khamenei a indiqué que jusqu’à présent, dans la Troisième Défense sacrée, on peut affirmer avec certitude que vous, le peuple, avez été les véritables vainqueurs sur le champ de bataille. Il a aussi rappelé que son pays considérait tous les fronts de la résistance comme une seule entité. « Que personne ne s’imagine qu’annoncer des négociations avec l’ennemi signifie se dispenser de la présence de nos troupes sur les places publiques. Nous n’avons pas cherché et ne chercherons pas la guerre, mais nous ne renoncerons en aucune façon à nos droits légitimes ». Comme il a rappelé l’exigence déjà formulée sur les réparations « pour tous les préjudices subis, pour le sang des martyrs et pour le sang des vétérans versé dans cette guerre, et nous travaillerons avec diligence à améliorer la gestion du détroit d’Ormuz ». Aux pays riverains du Golfe, il a fait savoir attendre toujours « une réponse appropriée de votre part pour vous témoigner de notre fraternité et de nos bonnes intentions, et cela n’arrivera pas tant que vous n’aurez pas abandonné les arrogants qui ne manqueront aucune occasion de vous humilier et de vous exploiter. Nous disons à nos voisins : vous êtes témoins d’un miracle, alors tenez-vous à carreau et méfiez-vous des fausses promesses de nos ennemis. »

Du côté américain, on a fait savoir jeudi que des discussions avec l’Iran étaient en cours afin d’aboutir à un « cessez-le-feu durable et efficace ». « Nous cherchons à parvenir à un cessez-le-feu durable et efficace. C’est une volonté exprimée par les deux parties », a déclaré le secrétaire d’État adjoint, Christopher Landau, lors du Global Prosperity Forum de l’Atlantic Council à Washington. Et d’ajouter que les États-Unis estiment avoir atteint leurs objectifs militaires initiaux, notamment en affaiblissant les capacités de missiles, navales et de projection de l’Iran, en particulier dans les régions du sud et du Golfe. « Je pense que nous travaillons très activement à mettre fin à l’actuelle campagne militaire », a-t-il poursuivi.

Ces déclarations interviennent après l’annonce, mardi, par Washington et Téhéran d’une trêve de deux semaines, destinée à ouvrir la voie à un accord final pour mettre fin à la guerre, qui a fait des milliers de morts et de blessés depuis le 28 février.

A Moscou, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé jeudi que le ministre Sergueï Lavrov a exprimé son espoir de succès des pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran lors d’un entretien téléphonique avec son homologue iranien Abbas Araghchi. « La partie russe a salué l’annonce d’une cessation des hostilités de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que l’adhésion d’Israël à ces accords », indique un communiqué du ministère. Moscou considère que les accords annoncés par les médiateurs pakistanais ont une dimension régionale et s’appliquent notamment au Liban, précise le communiqué. « Lavrov a exprimé l’espoir que le processus de négociation aboutisse et a réaffirmé la volonté de la Russie d’aider à trouver des solutions pour surmonter les conséquences de ce qu’elle qualifie d’agression non provoquée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, et d’assurer une paix durable ainsi qu’une sécurité stable dans la région », ajoute le texte.

Pour sa part, A. Araghchi a remercié la Russie « pour sa position de principe » au Conseil de sécurité des Nations unies lors des discussions sur la situation dans le Golfe Persique, précise le ministère.

Par ailleurs, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que Moscou « condamne fermement » l’attaque israélienne contre le Liban menée le 8 avril. A ses yeux, de telles actions d’Israël mettent en danger le processus de négociation naissant et augmentent le risque d’une reprise d’un conflit armé à grande échelle au Moyen-Orient.

En lançant la guerre le 28 février, Donald Trump voulait que l’Iran cesse de défier l’armée américaine et avait appelé les Iraniens au soulèvement. A l’heure d’un fragile cessez-le-feu, la République islamique est pourtant toujours debout et une partie de la population fait front autour de ses dirigeants. En représailles aux frappes intensives sur son sol, l’armée iranienne a semé le chaos dans les pays de la région alliés de Washington.

Mardi soir, le président américain a crié victoire en annonçant la réouverture du détroit d’Ormuz. Ce passage vital pour le commerce international avait été bloqué justement en raison des frappes israélo-américaines, faisant flamber les prix du pétrole.

D. Trump a lancé la guerre aux côtés de son allié le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dont le principal objectif est d’affaiblir le pays de 90 millions d’habitants et son gouvernement devenu son plus féroce ennemi il y a 47 ans. Les objectifs américains étaient plus flous: D. Trump a évoqué sa volonté de détruire les capacités balistiques de Téhéran et l’empêcher d’obtenir l’arme atomique. Même s’il avait assuré avoir « oblitéré » les sites nucléaires iraniens pendant la guerre de 12 jours en 2025. Il avait aussi promis « son aide » au peuple iranien lors des manifestations de janvier, puis l’avait appelé à « reprendre » le contrôle du pays. Mais mardi, avant l’annonce du cessez-le-feu, il menaçait de détruire « une civilisation entière » vieille de plus de 2.500 ans.

« Je pense que les Etats-Unis ont perdu les guerres de l’information et du récit en Iran, au Moyen-Orient et à l’échelle internationale, ainsi qu’aux Etats-Unis », estime Alireza Nader, expert de l’Iran basé à Washington. Selon lui, même les critiques les plus farouches du pouvoir clérical en Iran ont salué les Gardiens de la Révolution, son armée idéologique, en réaction aux frappes qui ont visé les infrastructures civiles: écoles, universités, ponts, usines.

Negar Mortazavi, spécialiste de l’Iran au groupe de réflexion de centre-gauche Center for International Policy, abonde dans le même sens. « Les Etats-Unis n’ont atteint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Rien n’a changé concernant le programme nucléaire. L’Iran a toujours des missiles. Il a toujours des drones, l’Etat est devenu plus radical et il n’y a pas eu de changement de régime », affirme-t-elle.

Pour Michael Singh, ex-conseiller pour le Moyen-Orient du président George W. Bush, les Etats-Unis ont « grandement réduit » les capacités militaires iraniennes, en détruisant nombre de missiles et de drones, la marine et l’aviation, et en éliminant ses hauts-gradés. « Du point de vue américain, je dirais que les Etats-Unis ont été brillants au niveau opérationnel, mais que le conflit a été stratégiquement peu concluant », explique M. Singh, désormais directeur du Washington Institute for Near East Policy. Et contre toute attente, la démonstration de force américano-israélienne pourrait pousser l’Iran « à se doter de l’arme nucléaire », dit-il.

Téhéran et Washington doivent débuter des discussions au Pakistan samedi afin de trouver un accord sur une paix à long terme au Moyen-Orient. L’un des enjeux majeurs sera le détroit d’Ormuz, par où transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, sans compter les marchandises et les fertilisants. Et l’Iran a montré sa capacité à exercer une pression maximale. L’Iran a accepté un passage sécurisé du détroit sous condition pendant la trêve, ce qui a immédiatement fait dégringoler les prix du brut, tout en évoquant la mise en place d’un péage pour financer sa reconstruction.

Pendant la guerre, Washington s’est aussi résolu à alléger les sanctions contre le pétrole iranien pour faire dégonfler les prix de l’or noir. Si l’Iran obtient des assurances de la part des Etats-Unis, il pourra affirmer que « l’escalade a entraîné des négociations à des termes acceptables », explique Ali Vaez, qui dirige le Projet Iran de l’International Crisis Group. « L’équilibre sous-jacent n’a pas fondamentalement changé: l’Iran a toujours son uranium enrichi tandis qu’il importe plus à Washington, pour l’instant, de mettre fin aux perturbations plus larges – en particulier dans le détroit d’Ormuz – que de suivre la voie privilégiée par Israël, » dit A. Vaez. « Cela met en évidence à la fois la volonté de M. Trump d’avoir un accord et les limites de la stratégie poursuivie jusqu’à présent », conclut-il.

L’ambiguïté reste de rigueur entre Américains et Iraniens. D. Trump a d’abord évoqué une proposition iranienne en dix points comme base de négociation, avant que la Maison-Blanche ne prenne ses distances avec ce document. Washington aurait en réalité proposé un plan en quinze points, rejeté par Téhéran. Cette dualité de textes alimente la confusion et laisse penser que les négociations reposent sur des bases encore instables. Les exigences iraniennes, relayées par plusieurs sources, apparaissent particulièrement ambitieuses : levée totale des sanctions, reconnaissance du droit à l’enrichissement nucléaire, retrait des forces américaines de la région ou encore garanties de non-agression. Certaines incluraient aussi l’arrêt des frappes israéliennes au Liban. Dans ce contexte, le cessez-le-feu ressemble davantage à une pause tactique qu’à un véritable accord de paix. L’absence de consensus sur le document de référence, combinée aux intérêts stratégiques divergents, rend son avenir incertain. La moindre escalade, notamment sur les fronts périphériques comme le Liban, pourrait faire voler en éclats cet équilibre déjà extrêmement fragile.

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