« Pour protéger leurs récoltes de fruits et de légumes contre les insectes ravageurs, les pays africains redoublent d’efforts – et recourent pour ce faire à des techniques nucléaires », indique l’AIEA sur son site expliquant un nouveau projet lancé dans le sud du Maroc, utilisant une technique innovante pour lutter contre les ravageurs s’attaquant aux arbres fruitiers.
Il s’agit en particulier des mouches dites « téphritides » qui sont considérées comme l’une des espèces les plus nuisibles pour les cultures horticoles, en raison de l’ampleur des dégâts directs et indirects qu’elles causent.
Les mouches invasives comme les Bactrocera dorsalis, endommagent sérieusement les récoltes pouvant aller jusqu’à 90 % des récoltes de mangues par exemple. Cet insecte est apparu en Afrique en 2003, et est considéré comme un problème majeur pour la production fruitière, causant des pertes non négligeables pour les exportateurs.
« Le Maroc a récemment achevé la construction d’une nouvelle installation d’élevage (de mouches) en masse à Agadir », a indiqué l’AIEA sur son site internet, rappelant que le pays est un grand producteur de fruits et légumes. Tout le continent africain est extrêmement sensible aux effets des espèces invasives étrangères, ajoute la même source.
La technique utilisée, appelée « l’insecte stérile » ou TIS, repose sur une stérilisation des insectes mâles par irradiation avant de les relâcher dans des zones cibles pour qu’ils s’accouplent avec des femelles vivant à l’état sauvage, de façon à limiter, voire à empêcher totalement, leur reproduction. L’élevage de ces mouches mâles irradiées devrait produire à terme 130 millions de mouches des fruits méditerranéennes stériles par semaine, soit assez pour couvrir les 180 000 hectares de la vallée de Sousse où se trouvent la plupart des cultures d’agrumes sauvages ou destinés au commerce.
« Les nouvelles structures du Maroc pour les mouches méditerranéennes des fruits nous fourniront un outil précieux pour lutter contre la prolifération et réduire l’infestation, et pour faciliter le commerce des agrumes », a déclaré Dris Barik, directeur de la Division de la santé des plantes à l’Office national marocain de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).
En associant la TIS à d’autres approches, le secteur des agrumes peut utiliser des méthodes durables pour limiter autant que possible les résidus de pesticides et préserver les paysages agricoles.
L’AIEA collabore avec les pays dans la mise en place de ces nouvelles techniques en collaboration de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour harmoniser les techniques et offrir des solutions respectueuses de l’environnement dans la lutte contre les ravageurs et aider à créer une souveraineté alimentaire. L’un des objectifs annoncés par l’agence est de protéger les cultures de grande valeur pour l’économie des ravageurs. Des ateliers sont régulièrement organisés pour enseigner les pratiques à mettre en place, notamment en termes de surveillance des ravageurs et de lutte contre ces insectes, notamment l’utilisation de la TIS.
Les pays ayant pris part à ces ateliers et utilisant la technique TIS publient par la suite des rapports sur la surveillance des adultes et des larves ou sur le contrôle de la qualité des insectes élevés en masse, ainsi que les Normes internationales adoptées pour les mesures phytosanitaires. « La coopération de longue date entre l’AIEA et le Maroc est un bon exemple de cette approche. Par son appui technique et sa collaboration sur le terrain, l’AIEA a aidé le pays à mettre en place un réseau national de surveillance des ravageurs et à mener les premiers essais de TIS », se félicite l’agence nucléaire.
