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Production d’engrais : Performances et durabilité locales

by Perspectives Med
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Production d’engrais : Performances et durabilité locales

Nature Communication révèle que le facteur d’émission lié à la fabrication d’engrais au Maroc n’est que de 0,002 tonne de méthane par million de dollars de production annuelle, soit un niveau quasiment négligeable par rapport aux autres grands producteurs mondiaux. La Russie atteint 0,07, la Chine 0,06, les États-Unis 0,04 et le Canada 0,05. Ces écarts sont révélateurs : le Maroc parvient à conjuguer une production massive d’engrais et une empreinte carbone minime, ce qui traduit des choix technologiques différents et une meilleure efficacité énergétique. Selon les chercheurs, cette performance découle à la fois d’une modernisation continue des procédés industriels et de l’utilisation d’intrants qui limitent les rejets de méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement climatique est environ 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de vingt ans.

Ce résultat prend une dimension particulière si l’on considère la place du Royaume sur le marché mondial. En 2022, les exportations marocaines d’engrais ont atteint 7,92 milliards de dollars, ce qui place le pays parmi les cinq plus grands exportateurs au monde. L’efficacité environnementale devient donc un atout commercial de premier plan : à la différence de ses concurrents, le Maroc peut proposer aux marchés internationaux des volumes importants d’engrais tout en respectant des standards environnementaux qui s’annoncent de plus en plus stricts.

Avantage stratégique

Cette performance marocaine contraste avec la tendance globale. Depuis 1990, les émissions mondiales de méthane sont passées de 266,4 millions de tonnes à 383,5 millions de tonnes en 2023, confirmant une hausse continue malgré les engagements internationaux. Or, près de 30 % de ces émissions sont liées aux échanges commerciaux, ce qui signifie que les choix d’importation et d’exportation influencent directement l’évolution de l’empreinte climatique planétaire. La réorientation progressive des flux vers un commerce Sud–Sud illustre la montée en puissance des pays en développement dans les chaînes d’approvisionnement.

Pour le Maroc, ce basculement constitue une opportunité : il s’inscrit dans un mouvement où la compétitivité ne se mesure plus seulement en prix et en volumes, mais aussi en intensité carbone.

L’Union européenne, premier marché d’importation d’engrais au monde avec 23 % des volumes, joue ici un rôle décisif. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui vise à taxer les produits importés à forte intensité d’émissions, inclut les engrais parmi ses cibles prioritaires. Dans ce cadre, la position du Maroc est particulièrement favorable.

Alors que la Russie ou la Chine risquent de voir leurs exportations pénalisées par un facteur d’émission élevé, le royaume dispose d’un argument fort : son industrie est déjà conforme aux exigences futures d’un marché européen qui se veut plus respectueux de l’environnement. Cette situation confère au Maroc un double avantage. Sur le plan économique, il se positionne comme un fournisseur fiable et compétitif pour les marchés soumis à des règles environnementales strictes. Sur le plan diplomatique, il renforce son image de partenaire engagé dans la transition écologique mondiale.

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