Fin août, plusieurs navires militaires américains ont été déployés dans la mer des Caraïbes, et ont causé la destruction d’au moins trois embarcations dans cette zone, jugées par des experts de l’ONU comme autant d’« exécutions extrajudiciaires ». Aux USA, comme la loi l’exige en cas d’emploi de la force, la présidence américaine vient d’adresser une note au Congrès. Selon cette note, D. Trump a « déterminé » que les États-Unis étaient partis prenants d’un conflit armé contre des groupes hostiles non étatiques. Le texte estime que les États-Unis ont atteint un seuil critique qui nécessite l’emploi de la force, aussi bien pour se défendre que pour défendre les autres vis-à-vis de ce que la Maison Blanche décrit comme « les assauts répétés d’organisations désignées comme terroristes ». Les parlementaires américains réclamaient depuis des semaines des explications et une base légale pour justifier les frappes contre plusieurs embarcations au large du Venezuela le décès d’au moins dix-sept personnes associées au trafic de drogue. Mais les juristes restent sceptiques puisque d’une part, cet avis ne cite aucune organisation précise et d’autre part, il est difficile d’attribuer aux cartels de la drogue des actions coordonnées contre les intérêts américains. Les services de la présidence répondent que le trafic de drogue cause la mort de dizaines de milliers de citoyens américains chaque année, mais ne fournissent aucun élément sur la manière dont ces trafiquants emploieraient la force contre les États-Unis.Aux États-Unis, la Constitution dispose que seul le Congrès a la capacité de déclarer la guerre, jetant encore le doute sur la validité d’une déclaration de « conflit armé » aussi vaste.
Washington a accusé Nicolas Maduro, président vénézuélien, et son gouvernement d’être à la tête d’une vaste organisation de trafic de drogue vers les États-Unis. Caracas dément vigoureusement ces accusations et, en réponse au déploiement américain considéré comme une « menace militaire », a lancé des exercices militaires et la mobilisation de réservistes.
Caracas en alerte
« C’est une guerre non déclarée, et vous voyez déjà comment des personnes, qu’elles soient ou non des narcotrafiquants, ont été exécutées dans la mer des Caraïbes. Exécutées, sans droit à la défense », a affirmé le général Padrino Lopez lors d’un exercice militaire retransmis à la télévision publique. « Tant de technologie et tant de pouvoir, sans être capable d’intercepter une embarcation en mer des Caraïbes… », a poursuivi le ministre. Le procureur général du Venezuela Tarek William Saab a demandé vendredi à l’ONU d’enquêter sur les frappes américaines. « L’utilisation de missiles et d’armes nucléaires pour assassiner des pêcheurs sans défense sur un petit bateau sont des crimes contre l’humanité qui doivent faire l’objet d’une enquête de l’ONU », a affirmé le procureur dans un communiqué envoyé à l’AFP.
Mercredi en réponse à l’opération US, Caracas a lancé trois jours d’exercices militaires sur l’île caribéenne de La Orchila, à environ 65 kilomètres du continent vénézuélien. Il s’agit du plus visible déploiement militaire ordonné par N. Maduro depuis l’envoi par les Américains il y a un mois d’une flotte navale dans les Caraïbes orientales, une action que Washington justifie par la lutte contre le trafic de drogue.
Les États-Unis disent avoir détruit depuis le début du mois trois embarcations impliquées dans le trafic de drogue, entraînant la mort de 14 personnes, selon D. Trump. Washington a également envoyé à Porto Rico des avions de chasse F-35 pour soutenir la flottille composée de sept navires et d’un sous-marin à propulsion nucléaire. Rosa Villavicencio, ministre des Affaires étrangères de la Colombie, a aussi critiqué la présence militaire, jugée « disproportionnée », des États-Unis dans les Caraïbes, un reproche frappant de la part de l’un des plus anciens alliés de Washington dans la région.
D. Trump qui accuse N. Maduro de liens avec le narcotrafic a offert une récompense de 50 millions de dollars pour sa capture. N. Maduro, qui a annoncé jeudi envoyer des militaires dans les quartiers populaires pour entraîner la population à la manipulation des armes, a dénoncé « un plan impérial visant un changement de régime pour imposer un gouvernement fantoche contrôlé par les États-Unis et venir nous voler le pétrole, qui représente la plus grande réserve au monde, et le gaz, qui est la quatrième au monde ».
