« Je crois qu’on a oublié de nous dire merci. Ce n’est pas grave, ça viendra avec le temps. L’ingratitude, je suis bien placé pour le savoir, c’est une maladie non transmissible à l’homme », avait notamment déclaré le président français, au sujet des interventions militaires françaises dans le Sahel.
« Il a insulté tous les Africains. (…) Voilà comment ce monsieur voit l’Afrique, voit les Africains. Nous ne sommes pas des humains à ses yeux », a réagi lundi le capitaine Traoré, lors d’une cérémonie de vœux.
Les relations entre le Burkina Faso et la France n’ont cessé de se dégrader depuis la prise de pouvoir par ce capitaine de 36 ans, en septembre 2022. Le Burkina fait partie des pays sahéliens, avec le Mali et le Niger, qui a obtenu en 2023 le départ des forces françaises de son sol.
La France a décidé de réorganiser son dispositif militaire en Afrique, mais certains pays comme le Tchad et le Sénégal ont pris les devants en novembre. Le Tchad a dénoncé l’accord de coopération militaire et exigé un départ d’ici fin janvier des troupes françaises, tandis que le Sénégal a demandé la fermeture des bases militaires françaises et la fin de toutes les présences militaires étrangères, selon un calendrier à définir.
« Si vous voulez une rupture avec ces forces impérialistes, c’est simple, on dénonce les accords. Si on ne dénonce pas les accords, juste dire qu’ils quittent les bases (militaires), on n’a rien fait », a affirmé lundi le capitaine Traoré. La France doit également retirer progressivement ses militaires de Côte d’Ivoire et du Gabon, deux pays avec lesquels les relations restent bonnes.
Dans les milieux tchadiens, on ne cache pas les craintes nourries à l’endroit de la France qui va, selon Takilal Ndolassem Hilaire, président du parti Front pour la libération du Tchad, « encore essayer de nous perturber, ainsi que la Côte d’Ivoire et le Sénégal ». « Nous avons tous dit que la France ne va pas se laisser passer comme ça », a insisté ce conseiller national qui commentait, au micro de Sputnik, l’attaque contre le palais présidentiel à N’Djamena du 8 janvier.
Pour lui, la séparation de Paris et de N’Djamena a été très mal digérée par l’Élysée qui voyait dans le pays africain « un porte-avion gratuit » et voulait à tout prix le garder dans son giron. Ce n’est pas par hasard que les autorités françaises ont exagéré l’importance de l’attaque en évoquant un coup d’État, indique l’homme politique. « L’Occident adore faire ça. Ils adorent amplifier et pour montrer que voilà c’est parce qu’ils ne sont pas là, et sans eux, on ne peut pas s’en sortir », explique-t-il.
« Aujourd’hui, tout le monde sait que le financement du terrorisme, c’est l’Occident, puisqu’il y a les chefs militaires qui ont été arrêtés. Et lors de leur interrogatoire, ils ont tous dit qu’ils sont financés par l’Occident », ajoute le responsable.
Selon lui, le calme règne dans la capitale tchadienne, ses habitants vaquent à leurs occupations. « Ce n’est pas ce petit accrochage qui va changer quoi que ce soit. Les gens sont tranquilles, les gens aspirent à la paix », tranche le politicien.