Nadia Touhami, députée membre du groupe du Progrès et du Socialisme, a soulevé dans une question adressée au ministre de l’Intérieur plusieurs interrogations quant aux conditions préalables à l’exécution des démolitions, à l’implication des habitants dans les solutions envisagées, ainsi qu’au strict respect des règles légales en matière d’expropriation. Son interpellation se rapporte également à la nature de ces opérations qui se présentent tantôt sous les oripeaux de l’expropriation pour utilité publique tantôt dans les habits de transactions à l’amiable dans le cadre de projets privés. Qui croire ?
La députée a tenu à souligner que son groupe soutient, sur le principe, les efforts des autorités visant à moderniser Rabat et à la hisser aux standards internationaux. Elle a néanmoins insisté sur la nécessité de préserver l’identité culturelle et le patrimoine humain des quartiers concernés, saluant l’attitude constructive des habitants, dont l’attachement à leur cadre de vie a été constaté lors d’une rencontre d’écoute organisée avec les résidents affectés.
Interpellant la ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, la représentante PPS a réitéré les mêmes préoccupations, appelant à garantir des solutions de relogement adéquates et des indemnisations équitables pour toutes les personnes impactées, qu’il s’agisse des propriétaires, des locataires ou des commerçants. Elle a insisté sur l’importance de proposer des alternatives concertées, loin de toute approche coercitive.
Dans ce sillage, Rachid Hamouni, chef du groupe du Progrès et du Socialisme à la Chambre des représentants, a adressé une demande au président de la Commission de l’Intérieur, des collectivités territoriales, de l’Habitat et de la Politique de la ville, sollicitant la tenue d’une réunion d’urgence en présence des ministres concernés afin de discuter de la gestion des démolitions et des relogements dans le cadre du programme de réhabilitation urbaine de certains quartiers. Le député a affirmé que son groupe soutient la réhabilitation des quartiers menée par les autorités, tout en mettant en lumière l’inquiétude grandissante des résidents face au manque de clarté des procédures mises en œuvre. Il a insisté sur l’importance d’associer les habitants aux décisions qui les concernent et de veiller à la mise en place de solutions de remplacement équitables avant toute opération.
L’interpellation des responsables intervient alors que le processus des démolitions et des expropriations se poursuit dans plusieurs quartiers de Rabat, du côté de l’Océan et Sania el Gharbia, alimentant doutes et accusations d’abus et de non-respect des procédures légales. Fatiha El Moudni, présidente du conseil de la ville, a tenté d’étouffer la polémique suscitée par ce scandale sans nom vendredi dernier. En conférence de presse, elle a affirmé, sans autre forme de procès, que ces démarches étaient nécessaires à la mise en œuvre du plan d’aménagement promulgué en février dernier.
Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme, a assuré que son parti suit de près ces évolutions. Il a souligné que le nouveau plan d’aménagement de Rabat introduit des transformations majeures dans la structure urbaine, mais qu’il soulève également des problématiques liées aux droits des habitants affectés, appelant ainsi à une approche plus équilibrée et inclusive.
A rappeler aussi qu’une partie du campus universitaire de Rabat serait concernée par des destructions, en vue de travaux de réaménagement. Omar El Hyani, édile de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) au conseil de la ville, a retransmis l’annonce faite par les étudiants de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV) concernant la suppression de quatre pavillons (5, 9, 10 et 11) des résidences de l’établissement pour tracer une nouvelle route reliant les arrondissements d’Agdal-Riyad à Souissi, en prévision du Mondial 2030.
L’élu a fait savoir que la question avait été débattue au conseil municipal, fin janvier dernier. A ce moment-là, les conseillers FGD « se sont fermement opposés à l’élargissement et à la construction de certaines routes, en raison du caractère secondaire de ces ouvrages et des éventuels dommages, tandis qu’ils ont accueilli positivement cette démarche pour d’autres tronçons », a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux. Ajoutant que les élus locaux de la FGD ont été « les seuls au conseil à soutenir cette position », O. El Hyani s’est interrogé sur « les priorités » de la ville et des solutions alternatives à l’édification de cette route. Selon l’annonce aux étudiants de l’IAV, « la décision émane directement du ministère » et l’administration de l’établissement « n’a pas son mot à dire ».