La première réunion du comité chargé de la réforme des retraites a réservé des surprises chiffrées qui en disent long sur les défaillances de l’Etat social projeté. Si la population active s’élève à près de 11 millions de personnes (3,5 millions du secteur privé structuré, 970 000 fonctionnaires et 187 000 relevant des établissements publics, il n’en reste pas moins que 6,3 millions de personnes ne bénéficient d’aucune protection pour leurs vieux jours. Un constant qui interpelle…
En parallèle, on signale que les déséquilibres financiers s’aggravent d’année en année pour nombre de régimes. Ainsi, les réserves de la Caisse marocaine des retraites (CMR) devraient s’assécher dès 2028, tandis que le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR) pourrait tenir jusqu’en 2052, grâce à un coussin de 135 milliards de dirhams enregistré en 2021. Quant à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), couvrant les salariés du privé, elle devrait quant à elle commencer à afficher un déficit dès 2038.
Face à ce constat, les autorités accélèrent le chantier d’une réforme globale. Déjà en 2013, la Commission nationale de réforme des retraites avait recommandé un relèvement progressif de l’âge légal à 65 ans, une hausse des cotisations à 28 % contre 20 % actuellement, ainsi qu’une modification de la base de calcul des pensions, désormais fondée sur la moyenne des salaires des huit dernières années, au lieu des deux dernières. Mais ces mesures n’ont été appliquées que partiellement.
Le nouveau schéma à l’étude, rejetée par les centrales syndicales, propose une architecture articulée autour de deux pôles, public et privé, avec un régime de base unifié, un régime complémentaire obligatoire par points et une couverture optionnelle par capitalisation. Un fonds spécial devrait être créé pour financer cette réforme et en assurer la durabilité, tout en limitant son impact sur le budget de l’État et la compétitivité des entreprises.
Pour les experts, la réforme urge. Avec un endettement public en hausse, des indicateurs démographiques défavorables et un rapport actifs/retraités qui se détériore, retarder la réforme pourrait amplifier le déficit socioéconomique dès la prochaine décennie.
