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Protesta continue de la Gen-Z : Le départ du gouvernement en tête des préoccupations…

by Perspectives Med
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Protesta continue de la Gen-Z : Le départ du gouvernement en tête des préoccupations…

C’est dans le calme que les jeunes se sont rassemblés dans la capitale Rabat durant un peu plus de deux heures. Aucun incident avec les forces de l’ordre n’est venu assombrir le Hirak pacifique. L’élan protestataire de la « Gen Z » ne s’est pas radicalisé en dépit des violences qui ont ponctué les manifestations de ces derniers jours. Le mouvement exprime de la sorte son attachement à des modes d’expression pacifiques. Cette protesta de plus ne s’est pas limitée à la seule capitale. En effet, sur la plateforme numérique Discord, appel a été lancé pour une journée de mobilisation ce dimanche dans plusieurs villes du pays, notamment Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger et El Jadida.

Des appels pressants au départ du gouvernement d’Aziz Akhannouch, tenu pour seul comptable de la précarité socio-économique de la jeunesse, ainsi que de la dégradation persistante des secteurs de la santé et de l’éducation au sein du Royaume, ont été réitérés avec force. Idem pour la reddition des comptes, principe consacré par la loi fondamentale du pays, sans effet…

A Rabat, la foule a scandé de nombreux slogans dénonçant le Maroc des disparités de classes, le pays de la corruption endémique, le Royaume de la casse sociale et économique.

Tout cela tourne à l’antienne puisque la veille, devant le Parlement à Rabat, les manifestants réclament le droit fondamental à la santé et à l’éducation, ainsi qu’une lutte résolue contre la corruption. La persistance de ces rassemblements marque un point d’orgue, celui de démonétisation de l’Exécutif et de l’effondrement de sa crédibilité aux yeux des jeunes. Bref une réponse du berger à la bergère alors que les autorités ont invité à l’ouverture du dialogue avec la Gen-Z dans un cadre institutionnel.

Le communiqué diffusé samedi après-midi sur l’application « Discord » a indiqué que le mouvement confirme la poursuite des manifestations pacifiques dans la plage horaire comprise entre 18h et 21h dans plusieurs villes du royaume, dont Casablanca, Tanger, Salé, Tétouan, Agadir, Meknès, Marrakech, Mohammedia, Kénitra, El Jadida, Safi, Oujda et Fès…

Il y a lieu de relever que le mouvement a exprimé sa profonde solidarité avec Oussama Tibi et de son ami Amine, victimes d’un accident de la route survenu à Oujda. Comme il a réitéré son soutien indéfectible aux jeunes encore détenus depuis la semaine dernière.

Les partis en mode rattrapage

La scène partisane est marquée, lors de cette rentrée politique automnale, au fer de la contestation de la jeunesse que nul ne prévoyait. Les formations de gauche, comme de droite, réagissent face à cette dynamique qu’ils sont nombreux à croire inscrite dans le registre de l’élan vertueux.

En inaugurant l’université annuelle du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), organisée sous le thème « L’heure de l’alternative démocratique progressiste » Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général, a appelé samedi le gouvernement à « réfléchir à rendre des comptes avant qu’il ne soit trop tard et à envisager la démission, en réponse à la volonté des différentes composantes populaires ». Il a souligné l’importance de ce qu’il a qualifié de « dose de maturité indispensable pour que l’exécutif écoute » les préoccupations qui s’expriment dans la rue ainsi que dans d’autres espaces de débat public. Mettant en avant ce qu’il a décrit comme « la conscience précoce du Parti du Livre face à une transformation sociétale majeure en cours », il a insisté sur le fait « qu’il est impossible de comprendre ce changement sans écouter ceux qui l’incarnent, à savoir les générations d’aujourd’hui ». Obligation est ainsi faite de « dialoguer avec elles sur leurs attentes, leurs revendications, leur vision, et sur la manière dont elles perçoivent et réagissent aux réalités, même si leurs modes d’expression diffèrent des formes traditionnelles que nous représentons ».

Le secrétaire général du PPS n’a pas manqué de battre sa coulpe. « Nous devons également reconnaître nos manquements et nos erreurs, ainsi que la nécessité d’établir un lien solide avec cette transformation que traverse la société marocaine », a-t-il assuré tout en assurant que « des efforts ont été entrepris pour intégrer un certain nombre de jeunes talents et leur permettre d’exprimer leur potentiel dans divers domaines. Bien que cela reste insuffisant, c’est un pas vers une meilleure harmonie avec ce qui se passe dans les différents espaces territoriaux, qu’ils soient urbains, périurbains, ruraux, montagnards ou autres ».

N. Benabdallah a estimé « qu’il ne faut pas s’étonner de ce que nous avons observé depuis le week-end dernier : des expressions pacifiques et des revendications légitimes ». Comme il a affirmé le soutien « total et inconditionnel » de son parti à ces mouvements « dans leur forme pure et brute, traduisant une volonté d’améliorer les services publics de santé et d’éducation, ainsi qu’une aspiration profonde à voir émerger un Maroc libéré de la corruption, des conflits d’intérêts et des pratiques qui ternissent les sphères économiques, politique et sociale ». Il a insisté sur le fait que « ces revendications se résument en un seul mot : dignité ». Selon lui, « chaque citoyen marocain, et en particulier la jeunesse, doit pouvoir en jouir, à travers sa traduction en actions et en politiques publiques concrètes ».

Brocardant le gouvernement en place depuis quatre ans, le leader du PPS a relevé que certes l’Exécutif « peut revendiquer certains acquis et quelques aspects positifs, mais il lui revient seul d’en assurer la communication et l’explication auprès des Marocains. Ce n’est pas notre rôle, contrairement à ce que beaucoup exigent de nous ». A ses yeux, « l’échec du gouvernement ne se limite pas aux manifestations récentes ». « Lorsque nous disons qu’il a échoué, ce n’est pas uniquement parce que les jeunes sont descendus dans la rue pour exprimer leurs revendications, mais parce que nous l’avons déjà souligné dans nos communiqués du bureau politique, nos interventions parlementaires et les discours de nos dirigeants… Il a échoué car il n’écoute pas et se cache derrière des slogans vides », qui vont renier les principes du nouveau modèle de développement, a-t-il expliqué.

Y a-t-il une sortie en perspective ? Pour ce politique blanchi sous le harnais, insister sur le fait que le pays « a un besoin urgent d’une alternative » n’est pas une vue de l’esprit. Et de préciser que « la proposition de cette alternative par le parti ne découle pas uniquement du mouvement récent, mais repose sur une conviction profonde et antérieure ». Il a ajouté : « Nous considérons, et nous avons déjà entamé ce travail, qu’il existe un espace central sur lequel concentrer nos efforts : celui de la jeunesse, cette richesse fondamentale portée par la société marocaine, qu’il est indispensable d’écouter ».

Le Mouvement Populaire s’est lui aussi penché sur le nouveau phénomène qui agite désormais la société marocaine. Une réunion du bureau politique, dédiée à cette question, a appelé à « l’adoption d’un nouveau modèle de gouvernance pour réformer les systèmes éducatif et sanitaire ». Plus, cette formation qui occupe les travées de l’opposition assure militer pour « de véritables alternatives en matière d’emploi durable, grâce à des programmes régionaux », notamment par l’élaboration d’un « nouveau modèle de gouvernance qui fonde des plans de développement régionaux efficaces, ciblant les zones rurales et montagneuses ».

Le Mouvement Populaire a également « condamné la perturbation irresponsable » par certains groupes « du caractère pacifique et civilisé de ces manifestations ».

Quant au Parti des Verts Marocains, il a estimé, dans un communiqué, que « la situation précaire dans les secteurs sociaux tels que la santé, l’éducation et l’emploi, qui suscite des manifestations pacifiques légitimes de la jeunesse, est le fruit des politiques publiques successives mises en œuvre depuis octobre 2011, lesquelles ont vidé la nouvelle Constitution de son contenu juridique, social et démocratique ». Comme il a ajouté qu’il « condamne toutes les formes de violence, quelle qu’en soit la source, ainsi que les actes d’émeute et de vandalisme, et exige l’application de la loi à toute personne impliquée dans des actes criminels ».

Le parti considère que « les messages et la voix des jeunes ont été entendus et qu’il est temps d’établir des passerelles et d’engager un dialogue avec les autorités » afin de prendre des « mesures à court, moyen et long terme pour améliorer les conditions sociales des jeunes et de la société ».

A signaler aussi qu’après les Nations unies, l’Union européenne ne s’est pas privée de s’exprimer sur les manifestations de la génération Z au Maroc. Les Vingt-sept ont appelé « toutes les parties prenantes à maintenir le calme » dans le royaume. « Nous reconnaissons l’importance de la participation des jeunes à la vie publique et appelons toutes les parties à préserver le calme », a déclaré un porte-parole de l’UE pour les Affaires étrangères. « Nous saluons l’ouverture au dialogue affichée par les autorités marocaines. Nous déplorons les actes de violence commis lors des récentes manifestations et adressons nos condoléances aux familles des victimes. »

L’ONU, rappelle-t-on, a demandé « des enquêtes transparentes et que les responsables de violations des droits des manifestants pacifiques soient tenus pour responsables ».

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