L’appel à cette halte de protestation avait été lancé lors d’une conférence organisée il y a quelques jours de cela par Mohamed El Ghalloussi qui préside aux destinées de l’Association. Des dizaines de militants des droits humains, syndicalistes et membres d’associations ont battu le pavé face à l’institution législative, dont plusieurs élus sont poursuivis en justice, pour brocarder la proposition de loi restrictive promue par l’actuel Exécutif. Et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une tentative de « restriction des activités de la société civile dans son rôle de dénonciation de la corruption et de la dilapidation des fonds publics ». Les manifestants ont exprimé leur rejet catégorique de l’article 3 du projet de Code de procédure pénale. Le texte contesté stipule que « les enquêtes et les poursuites publiques concernant les crimes liés aux finances publiques ne peuvent être engagées que sur demande du procureur général près la Cour de cassation, en sa qualité de chef du ministère public, à la suite d’une saisine de la Cour des comptes, ou sur demande accompagnée d’un rapport de l’Inspection générale des finances, de l’Inspection générale de l’administration territoriale, ou des inspections générales des ministères concernés, ou encore de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, ou de tout autre organe explicitement habilité par la loi ». Rien que ça !
comme annoncé précédemment, un sit-in de protestation.
Aux militants de l’AMPBP se sont joints ceux de l’Association nationale de défense des droits humains et de protection de l’argent public, de l’Organisation marocaine de protection de l’argent public et du Bureau syndical unifié des travailleurs de Samir, pour dénoncer une loi de nature à garantir l’impunité aux pilleurs des richesses du pays. Ainsi, les restrictions imposées aux associations dans leur mission de lutte contre la corruption ont été fustigées. Pour M. El Ghalloussi, toute loi qui « empêche les associations de la société civile de déposer directement des plaintes » ne fait que «garantir l’impunité aux corrompus et aux pilleurs des fonds publics ». Pour le chef de file de l’AMPBP , il y a lieu de s’opposer à « une orientation politique profitant de la corruption et du népotisme.» Trajectoire qui plus «exploite les postes de responsabilité publique, ainsi que le Parlement et le gouvernement, pour renverser les acquis constitutionnels, juridiques et en matière de droits humains, et les engagements internationaux du Maroc dans la lutte contre la corruption, notamment la Convention des Nations Unies ».
Dans une bel ensemble, les protestataires ont également rejeté toute « ingérence dans le pouvoir judiciaire et la réduction du rôle du ministère public dans l’ouverture d’enquêtes et la poursuite des crimes financiers ». Et ont dénoncé, sans ambages, « le mariage entre le pouvoir et l’argent, le conflit d’intérêts et l’exploitation des institutions pour un enrichissement illicite », tout en rappelant que « le Parlement ne devrait pas servir de bouclier aux voleurs de l’argent public ». Enfin, les manifestants ont insisté sur la nécessité de « lier la responsabilité à la reddition des comptes et d’établir un cadre législatif moderne pour lutter contre la corruption et le népotisme ». Ils ont appelé à « criminaliser l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts », tout en plaidant pour un renforcement des pouvoirs des institutions de contrôle et de gouvernance, ainsi que des sections spécialisées dans les crimes financiers. En foi de quoi, ils expriment le vœu de voir l’amorce d’un processus vertueux via une stratégie nationale dédiée à la récupération des fonds détournés.
