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Marché de l’emploi : Le CNDH alarmé sur la situation des jeunes et des femmes

by Perspectives Med
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Marché de l’emploi : Le CNDH alarmé sur la situation des jeunes et des femmes

Les femmes et les jeunes figurent parmi les premières victimes de cette dégradation, comme le détaille le rapport annuel de 2024. Sur le terrain, la situation des femmes s’est précarisée avec un taux de chômage passant de 18,3 % à 19,4 %. La tendance est tout aussi alarmante chez les jeunes : ceux de la tranche 15-24 ans ont vu leur inactivité s’aggraver de 35,8 % à 36,7 %, tandis que le chômage des 25-34 ans est passé de 20,6 % à 21 %.

Au-delà des simples statistiques, ces chiffres traduisent l’impasse des politiques économiques et des dispositifs d’insertion, qui peinent toujours à intégrer les femmes et les diplômés dans le tissu productif. Pour le CNDH, ces échecs freinent directement le développement du pays et empêchent l’autonomie financière des citoyens. Les conséquences macroéconomiques sont lourdes : perte de productivité, baisse du pouvoir d’achat des ménages, croissance atone, fuite des cerveaux, recul de l’innovation et, inexorablement, aggravation de la pauvreté et des fractures sociales.

L’éclaircie sur le front de l’inflation se révèle, quant à elle, insuffisante pour rassurer les ménages. Bien que l’inflation annuelle soit retombée à 2,4 % en 2024 (après les pics vertigineux de 6,6 % en 2022 et 6,1 % en 2023), cette baisse comptable ne garantit pas des conditions de vie dignes. L’institution prévient que le seul fait d’avoir un travail ne permet plus toujours de sécuriser ses revenus ni de préserver son pouvoir d’achat face au coût de la vie.

Sur un autre front tout aussi sensible, le travail des enfants demeure une plaie tenace, avec une forte prévalence dans les campagnes. En 2024, le Maroc compte encore près de 101 000 mineurs de 7 à 17 ans économiquement actifs. Si ce chiffre est en recul (une baisse de 8,2 % depuis 2023 et une chute remarquable de 59,1 % depuis 2017), il n’en reste pas moins que 1,3 % des enfants de cette tranche d’âge travaillent. Ce fléau frappe surtout le milieu rural avec 78 000 enfants concernés (2,5 %), contre 23 000 en milieu urbain (0,5 %).

L’instance met en lumière la dangerosité de ces situations, qui touchent majoritairement les jeunes garçons et sont intimement liées au décrochage scolaire. La réalité du terrain est brutale : près de six enfants travailleurs sur dix exécutent des tâches dangereuses. Ces activités bafouent leurs droits fondamentaux à l’éducation et à la santé, entravent leur bon développement et les livrent à des risques d’exploitation qui brisent leur dignité.

Pour veiller au respect de la législation, les ressources humaines d’encadrement font encore défaut. Bien que le corps des inspecteurs du travail ait plus que doublé en cinq ans, passant de 222 à 569 agents, le CNDH juge ce contingent largement insuffisant. Leur rôle est pourtant névralgique pour débusquer les infractions au code du travail, résoudre les conflits sociaux et protéger les catégories les plus fragiles, comme les femmes ou les travailleurs non qualifiés.

Face à ce diagnostic sévère, l’institution émet une série de recommandations urgentes. En tête de liste figure l’accélération de l’adoption de la loi organique 97.15 encadrant le droit de grève. Le Conseil plaide également pour que les investissements soient conditionnés à la création d’emplois décents. Il recommande d’adopter une véritable approche des droits de l’homme contre le chômage structurel, de revaloriser les salaires et avantages sociaux face à l’inflation, de garantir l’accès abordable aux produits de première nécessité, de renforcer la sécurité minière, et de poursuivre le recrutement d’inspecteurs du travail.

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