Pour les ONG impliquées dans cette dynamique, « l’essor des technologies numériques au Maroc, accéléré par la pandémie de la COVID-19 et couplé à l’usage massif des réseaux sociaux, a transformé les interactions sociales tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes de violences fondées sur le genre ». Et de rappeler que l’étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP) faite en 2019, relève que pas moins de 1,5 million de femmes au Maroc ont déjà été victimes de violence numérique, soit un taux de prévalence de 14%.
En vue de mieux restituer ce combat dans l’espace public, une campagne nationale de sensibilisation, “Mamhkoumch” sera lancée sur les réseaux sociaux du 02 au 10 octobre . Cette initiative vise à créer une dynamique de plaidoyer collective, à renforcer les connaissances sur le sujet et à mobiliser le grand public comme les institutionnels contre l’impact dévastateur des VBGFT.
« Loin d’être de simples “mots en l’air”, la violence numérique fondée sur le genre a des conséquences bien réelles et souvent tragiques. Cyberharcèlement, chantage à la diffusion d’images intimes, discours haineux, ou encore manipulation de contenus (deepfakes, doxing) ne sont que quelques-unes des armes dont l’utilisation est exacerbée par la sécurité que l’anonymat en ligne offre aux agresseurs en entravant les poursuites », lit-on dans le communiqué produit par les trois ONG.
Plus, « ces violences, qui prolongent les inégalités existantes et touchent les femmes et les filles sous de multiples formes, génèrent des conséquences sociales, professionnelles et juridiques graves, poussant les survivantes à se retirer d’un espace numérique devenu central pour l’apprentissage, l’accès à l’emploi et l’engagement citoyen. Elles freinent les efforts pour atteindre l’égalité entre les sexes », génèrent aussi « un fardeau psychologique immense : anxiété, dépression, perte d’estime de soi, et, trop souvent, au suicide ». Pour ces ONG, « la violence numérique ne détruit pas seulement des réputations, elle brise des vies. L’un des principaux dangers des violences sexistes en ligne , est de “voir les auteurs passer à l’acte” ». Preuve en est que le rapport d’ONU Femmes de 2021 consacré aux violences sexistes en ligne dans la région MENA, fait ressortir que 58,1 % des femmes ont été victimes de violence et de harcèlement en ligne au Maroc et une sur trois, parmi elles, voit cette violence passer du virtuel au réel.
Aatifa Timjerdine, présidente de l’ADFM, signale dans ce cadre que « e phénomène constitue une réalité encore largement ignorée ou marginalisée dans les politiques publiques. La violence numérique est une violation des droits humains qui détruit des vies en silence. Le cadre institutionnel requiert un renforcement des capacités des organes responsables et une meilleure coordination entre les parties prenantes. La lutte contre les VBGFT nécessite une approche multisectorielle et intégrée basée sur une vision globale en plus d’une аdаptаtion continue des lois face à l’évolution rapide des technologies ». Dès lors, le cadre juridique et institutionnel appelle à être renforcé d’urgence. Car si le Maroc dispose d’un arsenal juridique contre la violence numérique (code pénal tel que complété par la loi 103-13, loi n° 05-20 sur la cybersécurité et même des dispositions constitutionnelles) et a ratifié plusieurs conventions internationales comme la Convention de Budapest sur la cybercriminalité et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), il n’en reste pas moins que l’absence de définition claire de la “violence numérique” et la persistance de lois liberticides limitent gravement l’accès des victimes à la justice.
« Ces ambiguïtés et contradictions juridiques entre les textes qui protègent et ceux qui punissent les victimes entravent les actions en justice et la protection effective des survivantes », relève le communiqué produit par les associations signataires de l’appel. « Cette situation est par ailleurs aggravée par un faible taux de signalement. L’enquête du HCP révèle que la majorité des victimes ne portent pas plainte, souvent par manque de connaissance des protections juridiques disponibles (entre 68% et 77% des femmes) ou par manque de confiance dans les mécanismes existants », rappelle-t-on.
