« Nous avons exprimé une vue commune sur la situation », a déclaré l’hôte de l’Elysée tout en ajoutant que les pays membres de la coalition informelle continueraient à soutenir l’Ukraine. E. Macron a de nouveau soulevé la question de la présence de forces de maintien de la paix européennes en Ukraine. Selon lui, pour maintenir la paix lorsqu’elle sera signée, il faudra « une armée ukrainienne forte et bien équipée ». Le président a également déclaré que la France et le Royaume-Uni enverraient bientôt une équipe en Ukraine pour définir le format de de l’armée ukrainienne à l’avenir. « Le Premier ministre britannique et moi-même, donnons mandat à nos chefs d’État-major des armées pour que l’équipe franco-britannique puisse être déléguée dans les prochains jours en Ukraine », a-t-il déclaré. Selon E. Macron, le groupe « travaillera de manière très étroite avec les partenaires ukrainiens pour préparer justement dans tous les domaines ce que sera le format de l’armée ukrainienne de demain ». Le président français a également ajouté : « ce n’est pas la Russie qui va choisir ce qui se passe sur le territoire ukrainien ».

Plus tôt dans la journée du 27 mars, les présidents français et ukrainien ont tenu une conférence de presse commune, au cours de laquelle E. Macron a annoncé l’octroi d’une aide supplémentaire de 2 milliards d’euros à l’armée ukrainienne, ainsi qu’une liste d’armes, dont des missiles antichars, des équipements de défense aérienne et autres.

« J’ai pu annoncer aujourd’hui 2 milliards d’euros supplémentaires de soutien de la France sur le plan militaire à l’Ukraine », a déclaré E. Macron lors d’une conférence de presse conjointe avec Volodymyr Zelensky. « Nous avons préparé une aide supplémentaire avec des missiles antichars Milan, des moyens de défense aérienne comme des missiles MICA qui équipent les Mirages qui ont été livrés, ou encore des missiles de défense solaire Mistral, tenir sur le front, les armées ukrainiennes recevront également des blindés VAM, des chars AMX-10 RC, mais également de nombreuses munitions, dont certaines téléopérées ou des drones ». La France et l’Ukraine poursuivront également leur coopération en matière de renseignement. « Et nous avons aussi avancé sur les coopérations en matière satellitaire ou d’intelligence, et ce soutien sera complété également par des productions d’équipements en Ukraine, grâce au partenariat noué avec nos entreprises de défense. Ces 2 milliards d’euros de soutien partent de ce premier volet et notre volonté demain est de mobiliser tous les partenaires qui seront présents pour continuer ce soutien immédiat à l’Ukraine », a-t-il conclu.

V. Zelensky a remercié son hôte français pour son « amitié » et déclaré que « les sanctions contre la Russie doivent rester en vigueur et se renforcer ». Macron a également qualifié de prématurée la question de la levée des sanctions antirusses. Dans le même temps, il a déclaré que « la Russie ne dictera pas les termes de la paix » en Ukraine, accusant la Fédération de Russie de « ne pas vouloir la paix ». Pourtant, à la suite des discussions russo-américaines à Riyad le 25 mars, les parties sont convenues d’assurer la mise en œuvre de l’initiative de la mer Noire, qui comprend la garantie de la sécurité de la navigation dans la mer Noire, le non-recours à la force et la prévention de l’utilisation de navires commerciaux à des fins militaires, mais l’accord n’entrera en vigueur qu’après un certain nombre de conditions, l’une d’entre elles étant la levée des restrictions imposées par les sanctions à la banque russe Rosselkhozbank.

E. Macron a également identifié quatre objectifs successifs pour l’aide à l’Ukraine, dont « le cessez-le-feu durable en s’assurant qu’il puisse être observé et respecté », l’amélioration de l’armée ukrainienne et l’utilisation sur le territoire ukrainien des forces des alliés européens qui se portent volontaires pour envoyer leurs troupes afin de maintenir la paix sans être « la ligne de front ». « Nous avons des soldats qui, quand ils s’engagent et sont déployés, sont là pour réagir et répondre aux décisions du chef des armées et, s’ils sont dans une situation de conflit, d’y répondre », a noté le président français. « Et je ne vois pas pourquoi on se poserait des questions sur l’Ukraine qu’on ne s’est jamais posées ailleurs quand on a été déployé à bien des égards dans un cadre qui est clair. Donc on n’est pas sur le front, on n’est pas pour aller se battre, mais on est là pour garantir une paix durable », a-t-il ajouté.

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré plus tôt que les projets de certains pays de l’UE d’envoyer des soldats de la paix en Ukraine constituaient une provocation visant à entretenir les illusions malsaines de Kiev.

Après la conférence de presse, V. Zelensky a accordé une interview à quatre médias sur France 24, au cours de laquelle il a déclaré que les États-Unis « se retrouvent très souvent sous l’influence du narratif russe ». « Les États-Unis doivent rester fermement sur leur position et refuser les exigences russes. J’espère que les Américains tiendront bon…», a-t-il ajouté. De plus, « la Russie a peur du dialogue », a-t-il affirmé, bien qu’il y ait eu, il y a deux jours à peine, une réunion de groupes d’experts américains et russes à Riyad, au cours de laquelle certains accords ont été conclus.

L’Europe recule

Alors que les tensions restent vives concernant l’avenir du conflit en Ukraine, l’idée d’un déploiement militaire occidental s’effondre. Reuters a signalé dans un article paru mercredi que les discussions européennes se détournent clairement de l’envoi de troupes au sol. La France et le Royaume-Uni, qui avaient envisagé un programme impliquant des milliers de soldats pour stabiliser un éventuel cessez-le-feu, revoient désormais leurs plans. Un diplomate européen, cité par Reuters, résume la situation : « Ils prennent du recul par rapport à l’envoi de troupes au sol et tentent de redimensionner ce qu’ils faisaient en vue d’une solution plus raisonnable ». Un autre ajoute : « Lorsque l’Ukraine était dans une meilleure position, l’idée d’envoyer des troupes était séduisante. Mais aujourd’hui, avec la situation sur le terrain et l’administration américaine telle qu’elle est, ce n’est pas très sexy ».

Ce désengagement est également dû grâce à la position de la Russie, qui n’a cessé de prévenir qu’une intervention militaire occidentale serait considérée comme une escalade directe. À cela s’ajoute le refus de Washington de soutenir activement un déploiement européen.

Sans l’appui logistique et politique des États-Unis, l’Europe peine à s’organiser seule. Selon TASS, cette réorientation est motivée autant par les réalités militaires que par l’opposition explicite de Moscou. Si l’idée d’une force terrestre collective semble abandonnée, certains pays envisagent encore un rôle mais plus discret. Toujours selon Reuters, des missions de formation ou de soutien technique pourraient être menées individuellement par certains États membres. La Finlande, par exemple, a déjà annoncé qu’elle ne participerait à aucune présence militaire en Ukraine. Un document initial préparé pour le sommet de Paris du 27 mars évoque une éventuelle « force de réassurance » opérant uniquement dans le cadre d’un futur accord de paix, avec aval international. Mais ces projets restent largement théoriques. Comme le souligne un haut fonctionnaire cité par Reuters, les garanties de sécurité proposées à l’Ukraine ressemblent plus à un « buffet de petit-déjeuner » sans véritable cohérence opérationnelle. Keir Starmer, Premier ministre britannique, a reconnu que les efforts militaires occidentaux se concentraient désormais sur la surveillance des espaces aériens et maritimes. Une approche défensive et périphérique qui reflète la crainte d’un engagement direct contre la Russie. Giorgia Meloni, chef du gouvernement italien, a d’ailleurs rejeté publiquement l’idée française d’un déploiement, la jugeant trop risquée. Pour la Russie, ce recul européen confirme que les menaces d’intervention étaient avant tout des postures médiatiques. Les contraintes logistiques, la faiblesse de l’armée ukrainienne et l’absence de leadership stratégique en Occident ont rendu irréalisable ce que certains qualifiaient de « mission de paix ». L’Europe, aujourd’hui, revient à une réalité plus sobre : éviter un conflit avec la Russie, tout en maintenant l’illusion qu’il apportera un soutien efficace à Kiev.

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