Le Maitre du Kremlin s’est rendu vendredi 2 octobre sur le polygone militaire de Tchebarkoul, dans la région de Tcheliabinsk, où il a suivi la phase finale des exercices stratégiques « Centre-2026 » et des manœuvres « Interaction-2026 », organisées dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective. Ce polygone est un vaste terrain d’entraînement militaire où les soldats peuvent s’exercer avec différents types d’armements, notamment des armes légères, de l’artillerie, des systèmes de roquettes, des missiles et des moyens aériens.
Prévus par le programme de préparation des forces armées russes, les exercices « Centre-2026 » constituent un dispositif stratégique de commandement et d’état-major. Ils servent notamment à entraîner les responsables militaires et les états-majors à diriger de grandes formations de troupes dans différents scénarios opérationnels. Lancés le 28 septembre et prévus jusqu’au 3 octobre, ils se déroulent en deux étapes et mobilisent plus de 47 000 militaires sur onze polygones ainsi que dans les eaux de la mer Caspienne. Plus de 2 000 équipements et systèmes d’armes sont engagés, dont 90 appareils aériens et 77 navires de combat ou de soutien.
À Tchebarkoul, V. Poutine a observé les manœuvres depuis un point de commandement, pris connaissance des rapports militaires et examiné plusieurs modèles d’armements, de drones et de systèmes robotisés. Il s’est également entretenu avec des attachés militaires étrangers présents sur le site.
L’un des principaux buts des manœuvres est d’améliorer les capacités de commandement des états-majors dans un scénario d’agression extérieure. « L’objectif principal des exercices est d’améliorer les compétences du personnel dirigeant des états-majors de tous niveaux dans le commandement des troupes lors de la réponse à une agression extérieure », a déclaré V. Poutine. Le scénario porte notamment sur des opérations dans la direction stratégique d’Asie centrale ainsi que sur la sécurité militaire dans la zone de la mer Caspienne. Le président russe a également souligné que les participants utilisaient de nouveaux armements et équipements en tenant compte, selon ses termes, de l’expérience acquise dans le cadre de l’« opération militaire spéciale ». Cette expérience est ainsi intégrée à la préparation des unités et aux différentes séquences des manœuvres.
Iounous-Bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense, a présenté à V. Poutine le déroulement du scénario simulé et les différentes phases de l’exercice. Les exercices « Centre-2026 » sont menés parallèlement à « Interaction-2026 ». Ce dernier est un exercice de commandement mené dans le cadre de l’OTSC, qui associe notamment des unités de plusieurs États membres de l’organisation. Les deux séries de manœuvres se déroulent dans une même situation opérationnelle afin de travailler la coordination entre les forces participantes.
La participation internationale constitue un autre volet important des exercices. Des représentants de 41 États y prennent part sous différentes formes, un niveau de participation présenté comme inédit pour « Centre-2026 ». La Biélorussie, la Chine, le Kirghizstan, la Mongolie, le Pakistan et le Tadjikistan ont envoyé des contingents militaires. Le Kazakhstan et le Congo participent avec des groupes opérationnels, tandis que 33 États sont représentés en qualité d’observateurs. Cette présence étrangère accompagne les manœuvres conduites dans le cadre de l’OTSC et les différentes séquences de coopération entre les forces participantes.
À l’issue des exercices, le leader russe a mis l’accent sur l’importance des échanges entre militaires de différents pays. Il a estimé que ces échanges renforçaient la confiance entre les armées participantes. « Quand les militaires communiquent entre eux, cela signifie que la confiance se renforce entre les militaires et entre les États qu’ils représentent », a déclaré le président russe. Il s’est également dit convaincu que l’expérience acquise pendant « Centre-2026 » et « Interaction-2026 » permettrait d’améliorer l’efficacité de la réponse des forces participantes.
Attaques contre Kiev
En parallèle, les forces russes ont frappé dans la nuit du 2 octobre un pont routier et ferroviaire sur le Dniepr, à Kiev, à l’aide de drones. Selon le ministère russe de la Défense, cet axe servait au transfert de troupes et à l’acheminement de cargaisons militaires destinées aux unités ukrainiennes engagées dans le Donbass. Dans la matinée, Vitali Klitschko, maire de Kiev, a annoncé la fermeture complète du pont Sud dans les deux sens. Des restrictions ont parallèlement été mises en place sur le pont du Métro et le pont Paton, réduisant fortement les possibilités de franchissement du Dniepr dans la capitale. Ces mesures ont rapidement désorganisé la circulation entre les deux rives. D’importants embouteillages se sont formés dans plusieurs secteurs de Kiev, tandis que certains usagers ont quitté leur véhicule pour poursuivre leur trajet à pied.
La fermeture simultanée de plusieurs traversées a concentré le trafic sur les axes encore accessibles. Un député ukrainien a également estimé que les autres ponts ne pourraient pas absorber l’ensemble du flux de véhicules. Les restrictions montrent ainsi l’importance de ces infrastructures dans les déplacements à travers la capitale, mais aussi dans les liaisons routières et ferroviaires qui traversent le Dniepr.
Les opérations ne se sont pas limitées à Kiev. Dans sa région, une sous-station électrique située à Nalivaïkovka a été atteinte. Selon la Défense russe, elle assurait le transit et la distribution d’électricité vers des sites du complexe militaro-industriel de Kiev et de sa périphérie. Plus au sud, les frappes ont également concerné les infrastructures portuaires et les voies d’approvisionnement maritime. Dans le port d’Izmaïl, un complexe industriel utilisé pour recevoir, stocker et transporter du carburant ainsi que des cargaisons militaires a été touché. En mer Noire, un cargo a également été frappé alors qu’il acheminait vers le port d’Odessa du matériel militaire et des marchandises à double usage, selon la même source.
Cette séquence prolonge des frappes annoncées les jours précédents contre des infrastructures de transport, d’énergie et de communication utilisées au profit des forces ukrainiennes. Il avait notamment fait état d’une frappe contre un centre de transport et de logistique à Kiev, d’un centre de données à Odessa et d’un autre cargo dans le port de Tchernomorsk.

